•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Que pensent les Albertains du brownface de Justin Trudeau?

Plan moyen de Justin Trudeau derrière un micro en point de presse dans un parc.

Le chef libéral, Justin Trudeau, s'est excusé jeudi pour avoir arboré des « brownfaces » dans le passé.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Danielle Kadjo

Accorde-t-on plus d’importance qu’il ne faut au brownface du premier ministre Justin Trudeau? C’est l’opinion de représentants de certains organismes franco-albertains, qui croient que le geste déplacé d'il y a 18 ans ne signifie pas que Justin Trudeau soit raciste aujourd'hui. Ils estiment qu’il est important de tenir compte du contexte dans lequel les choses se sont passées en 2001.

« De prime abord, on est un peu choqué » explique la directrice du Portail de l'immigrant francophone (PIA), Evelyne Kemajou, « mais lorsqu'on prend un peu de recul, la première question qu’on se pose, c’est de savoir dans quel contexte ces photos ont été prises. »

Je ne parlerai pas de racisme. 

Evelyne Kemajou, directrice, PIA

Le directeur général du Centre d'accueil des nouveaux arrivants francophones (CANAF), Esdras Ngenzi, dit qu’il faut faire une nuance entre l’homme d’avant et celui d’aujourd’hui.

« Ce qu’il faisait dans le temps et ce qu'il fait aujourd’hui, ce sont deux choses différentes », a-t-il fait remarquer, précisant que plusieurs variables entrent en ligne de compte.

Ça fait presque 20 ans. Est-ce qu’il s’est éduqué, est-ce qu’il a changé, est-ce qu’on voit ça aujourd’hui?

Esdras Ngenzi, directeur général, CANAF
Justin Trudeau en « brownface » et avec un costume entouré de 4 femmes, dont certaines sont également costumées.

Justin Trudeau se serait maquillé le visage dans le cadre d'une soirée costumée à thématique « mille et une nuits », en 2001, dans l'école privée West Point Grey, de Vancouver, où il enseignait.

Photo : TIME Magazine

Du travail à faire sur le racisme

Selon Esdras Ngenzi, le geste en soi n’est pas à banaliser dans la mesure où il faut continuer d'informer la population sur cette réalité. « Quand on doit prévenir les histoires de discrimination, de racisme ou autres, il ne faut pas jouer avec des choses pareilles », dit-il.

Le maire de Calgary, Naheed Nenshi, dit avoir été surpris de l'attitude de Justin Trudeau. Il affirme qu’il est temps d’avoir une discussion plus approfondie sur le problème du racisme au Canada. Selon lui, il ne s’agit pas de s’attarder à « des choses stupides » que le premier ministre aurait faites, il y a près de 20 ans, mais plutôt sur les questions de racisme systématique.

C’était vraiment difficile pour moi de voir toutes ces images.

Naheed Nenshi, maire de Calgary

Voter selon la plateforme et non la situation

La directrice du PIA et le directeur général du CANAF sont d'avis que les fantômes qui ont rattrapé Justin Trudeau ne devraient avoir un impact sur la campagne électorale.

M. Ngenzi estime qu'il serait injuste de coller une étiquette de raciste au premier ministre. « Ce serait tirer des conclusions hâtives », ajoute-t-il.

Evelyne Kamejou, pour sa part, affirme qu'il s'agit peut-être d'une manoeuvre politique pour susciter la colère des communautés immigrantes envers M. Trudeau. Selon elle, il faut rester concentré sur les élections et sur ce que chaque parti a à offrir.

Il faut regarder les choses de façon globale et décider de la raison pour laquelle on vote pour tel candidat et pas un autre.

Evelyne Kemajou, directrice du Portail de l'immigrant francophone (PIA)

Une campagne en péril?

Le politologue Frédéric Boily estime que cette situation pourrait avantager le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui jusqu’ici semble s’en sortir mieux que prévu dans la campagne électorale.

Selon lui, le NPD pourrait être capable de tirer profit de ces électeurs [les minorités visibles] qui pourraient être déçus.

Il avance que ceci ne représente pas une bonne nouvelle pour les libéraux, qui espèrent faire des gains dans certaines circonscriptions urbaines plus diversifiées. Il ajoute néanmoins que l'effet de ce nouveau scandale se manifestera de différentes façons d'une province à l'autre.

Il y a une possibilité que ça lui coûte les élections.

Frédéric Boily, politologue

Selon le recensement de l'Alberta de 2016, un quart des Albertains appartiennent à des minorités visibles.

Le premier ministre a présenté ses excuses pour son geste, qu'il a qualifié d'inacceptable et de non représentatif de sa personne.

Alberta

Élections fédérales