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Avenir incertain pour des commerces de Bonaventure

Pancarte à vendre avec l'enseigne de La Pétrie

La mise en vente récente de la boulangerie La Pétrie suscite beaucoup d'inquiétudes à Bonaventure.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Isabelle Larose

Les commerçants de l'avenue Grand-Pré, l'artère commerciale historique de Bonaventure, lancent un cri d'alarme. Sur un tronçon de 240 mètres, on retrouve deux restaurants fermés, une boulangerie à vendre, une épicerie fine en recherche de relève et un bâtiment abritant un atelier-boutique en vente.

La propriétaire de l’épicerie Le Vert Pistache, Marie-Pier Thibault, compare la situation actuelle à un raz-de-marée. C’est parti de la mer, illustre-telle, et, tranquillement, la vague monte et commence à faire des ravages dans chacun des commerces sur Grand-Pré. C’est inquiétant.

Premier commerce touché : le restaurant Le Rendez-vous qui a fermé ses portes il y plus d’un an. Le commerce, mis en vente, est vacant.

Restaurant avec deux pancartes d'agent d'immeuble

Le restaurant Le Rendez-vous demeure inoccupé depuis plusieurs mois.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La vague a ensuite frappé le restaurant La Chope à Soupe, situé 150 mètres plus loin. Après un été sans activités, la propriétaire a annoncé en août que l’établissement fermait définitivement ses portes.

J’ai été foudroyée par l’épuisement professionnel, raconte la propriétaire Mme Léveillé. Elle estime que la pénurie de main-d’oeuvre a grandement contribué à ce surmenage.

À plusieurs reprises, j’ai eu à travailler des 12-15 heures en ligne, sans pause, à la chaleur, pour combler le manque de personnel en cuisine!

Geneviève Léveillé, propriétaire de La Chope à soupe
Façade du restaurant la Chose à soupe

Le restaurant La Chope à soupe est fermé depuis le printemps dernier et ne rouvrira pas ses portes.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le commerce voisin, la boulangerie La Pétrie, est à vendre depuis quelques semaines, malgré la rentabilité de l'entreprise.

Le propriétaire Marco Bourque évoque, lui aussi, le recrutement difficile et la fatigue, mais aussi le manque de reconnaissance des métiers de la restauration, la lourdeur administrative et les défis de la saisonnalité.

Après 10 ans de travail acharné, il est prêt à passer à autre chose, mais assure que son commerce demeurera ouvert jusqu’en septembre 2020, même sans acheteur.

La façade de La Pétrie

Le propriétaire de La Pétrie raconte avoir travaillé durant quatre mois pour recruter un employé en France, mais il a abandonné puisque le processus administratif était très complexe.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Sa voisine, Marie-Pier Thibault, propriétaire de l’épicerie fine Le Vert Pistache depuis 12 ans, veut, elle aussi, passer le flambeau. L’entreprise est actuellement en démarche pour trouver un repreneur et assure qu’une fermeture n’est pas envisagée.

Je serai au magasin tant que le transfert d’entreprise ne se fera pas, assure Mme Thibault, et tant qu’on n’aura pas mis la main sur la perle qui va continuer l’entreprise.

Marie-Pier Thibault devant ses étalages.

Au-delà de raisons personnelles, Marie-Pier Thibault soutient que la conciliation travail-famille, les difficultés de recrutement et le manque de soutien financier pour les petites entreprises contribuent à son désir de céder son entreprise.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le raz-de-marée se fait aussi sentir à la porte suivante, à l’Atelier-Boutique Zunik. Le bâtiment dans lequel s’est installée la jeune entreprise a été mis en vente récemment.

La propriétaire espère pouvoir garder son local : elle envisage à contrecœur un déménagement. J’aimerais vraiment rester ici, dit Gabrielle Breton. On est vraiment au cœur du village.

Y’a beaucoup de mouvements, c’est insécurisant. Les gens posent beaucoup de questions à savoir si on va rester.

Gabrielle Breton, propriétaire Atelier-Boutique Zunik
Façade d'un bâtiment à vendre

Le bâtiment mis en vente abrite l'Atelier-Boutique Zunik, les bureaux du Théâtre de la Petite Marée et des espaces résidentiels.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Manque de soutien moral et financier

Plusieurs entrepreneurs rencontrés par Radio-Canada soulèvent l’absence de soutien financier pour les commerçants au détail. Selon eux, les organismes de développement économique en place ne leur sont d’aucun secours.

C’est triste à dire, admet Marie-Pier Thibault, mais je ne me sens pas appuyée comme commerçante.

La propriétaire du Vert Pistache montre aussi du doigt la Ville de Bonaventure qui n’a pas donné suite à une demande conjointe des commerçants de la rue Grand-Pré d’installer des affiches sur la route 132 pour inciter les visiteurs à entrer dans le centre-ville.

Selon elle, la situation qui prévaut mérite une attention urgente: Je pense que nos élus devraient se pencher sur ce sujet-là pour voir comment ils pourraient aider les commerçants.

Une clientèle paie ses items à la caisse du Vert Pistache

La cliente Diane Arbour estime que les commerces de l'avenue Grand-Pré constituent «l'âme du village».

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le maire rétorque

Le maire de Bonaventure Roch Audet estime, de son côté, que la situation n’est pas alarmante.

Il y a une vie économique qui est présente, affirme-t-il, c’est seulement qu’en ce moment il y a des pancartes à vendre sur les bâtiments.

M. Audet ajoute qu’il est normal que certains commerces arrivent à la fin d’un cycle.

Le maire de Bonaventure, Roch Audet, répond aux questions lors d'une entrevue

Le maire de Bonaventure, Roch Audet

Photo : Radio-Canada/Pierre Cotton

Il prévoit tout de même organiser une rencontre avec les commerçants durant le mois d’octobre pour trouver des solutions potentielles.

Il y a des gens d’affaires qui ont déjà des idées pour remédier à la situation, les gens vont se prendre en charge, j’en suis convaincu.

Roch Audet, maire de Bonaventure

Roch Audet ajoute que le dossier de l’affichage chemine et qu’un écran électronique devrait être installé à l’intersection de l’avenue Grand-Pré et de la route 132.

La chambre de commerce préoccupée

Le directeur de la Chambre de commerce Baie-des-Chaleurs, dont les bureaux se trouvent sur l’avenue Grand-Pré, se dit « très inquiet » par la situation.

Maurice Quesnel entend rencontrer le maire de Bonaventure à ce sujet et organiser des rencontres entre les gens d’affaires.

Faut-il former des groupes d’investisseurs?, demande M. Quesnel. Il faut qu’on regarde tout le monde ensemble qu’est-ce qu’on fait.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Entrepreneuriat