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Faire revivre les langues des signes autochtones

Des mains signent la langue des signes américaine (ASL).

La langue des signes des autochtones des plaines (LSIP) était jadis pratiquée des Territoires du Nord-Ouest jusqu'au Mexique. Aujourd'hui, la langue des signes américaine (ASL) et la langue des signes québécoise (LSQ) dominent sur le territoire nord-américain.

Photo : Radio-Canada / Alex Lamic

Geneviève Lasalle

Autrefois le moyen de communication le plus répandu du continent nord-américain, la langue des signes des Autochtones des Plaines (LSAP) a aujourd’hui presque disparu. Mais des Autochtones atteints de surdité déploient des efforts pour la revivifier au profit de générations futures.

En cette Journée internationale des langues des signes, Paula Wesley raconte qu’elle avait 2 ans lorsque ses parents ont découvert qu'elle n'entendait pas. C'est dans un centre de développement de l’enfance qu'elle a appris la langue des signes américaine (ASL). J'aurais bien sûr aimé apprendre la langue des signes autochtones si les ressources avaient alors été disponibles, précise-t-elle.

Une femme souriante pose devant une rivière en forêt, en Colombie-Britannique.

Paula Wesley, de Terrace, en Colombie-Britannique, a récemment été nommée au comité consultatif de l'Institut de la langue des signes du Canada.

Photo : Fournie par Paula Wesley

Ce sont les langues des signes les plus anciennes du monde. Je ne veux pas les perdre.

Paula Wesley, des Nations Stó:lō et Tsimshian

Un phénomène « incroyable »

Jusqu’au sommet du 19e siècle, la langue des signes des Autochtones des Plaines était employé en tant que langue auxiliaire « internationale » par des centaines de communautés qui parlaient des langues bien différentes les unes des autres, et ce, sur un vaste territoire qui s'étendait du nord du Mexique au sud des Territoires du Nord-Ouest, explique Darin Flynn, un professeur en linguistique à l’Université de Calgary.

Un résident de la tribu Blood.

La langue des signes des Autochtones des plaines était, pour les différentes communautés autochtones vivant sur le territoire nord-américain, ce qu'est l'anglais aujourd'hui : une «langue auxiliaire internationale », dit Darin Flynn.

Photo : The Canadian Press / David Rossiter

Il s’agissait d’un « phénomène incroyable » en Saskatchewan, au Manitoba, en Alberta, parmi les Cris, les Pieds-noirs, les Dakotas et les Nakodas, les sourds et les entendants, dit-il avec enthousiasme.

Cette langue autochtone signée fait partie de notre héritage et de notre patrimoine linguistique.

Darin Flynn, professeur en linguistique à l'Université de Calgary

Colonisation et disparition

La « langue des mains » comme préfère la nommer le chercheur Dávid Danos, était le « ciment » qui liait les différentes communautés autochtones à travers le continent.

Or, en 1880, la conférence de Milan adopte une résolution interdisant l’utilisation de la langue des signes à l’école. Les conséquences sont extrêmement importantes, dit M" Danos.

Des enfants autochtones sont assis à leur pupitre dans la salle de classe d'un pensionnat autochtone, à la fin des années 1930.

Les écoles pour les personnes sourdes ont été transformées en pensionnats autochtones après la Conférence de Milan de 1880, selon le chercheur Dávid Danos.

Photo : Archives Deschâtelets

L'un des objectifs de cette déclaration, raconte Dávid Danos, était de veiller à ce que la population autochtone soit démantelée de l'intérieur, puisque leur unité représentait un obstacle aux ambitions expansionnistes des Canadiens et des Américains.

Le saviez-vous? :

  • La langue autochtone signée était la langue principale utilisée pour le commerce, les voyages, la chasse, pour parler en silence en présence d’une personne décédée ou pour parler avec un aîné.
  • La « langue des mains » comprenait des dialectes distincts, au même titre de l'anglais écossais, australien, canadien ou encore américain.
  • On appelle les langues signées autochtones des « isolats » parce qu’elles n’appartiennent pas et ne sont pas associées à des familles de langues. Elles ont été inventées indépendamment.

L'importance de la préserver 

Aujourd’hui, des gens atteints de surdité comme Paula Wesley souhaitent protéger et revitaliser les langues des signes autochtones. La BC Hummingbird Society of the Deaf (BCHSD), dont elle est membre, a présenté un mémoire au comité du patrimoine canadien, demandant d'inscrire les langues signées dans la Loi concernant les langues autochtones.

Selon ce mémoire, la transmission des langues des signes autochtones est un droit autochtone et un droit inhérent reconnus internationalement.

La culture ne meurt pas. Par le contact et la révolution technologique, la culture autochtone s’adapte, observe et cherche constamment sa place dans le monde.

Paula Wesley, des Nations Stó:lō et Tsimshian

La préservation de la langue des signes traditionnelle est essentielle, dit-elle.

Un village enneigé devant une étendue d'eau et des montagnes.

La surdité congénitale est environ cinq fois plus fréquente dans les régions nordiques que dans les régions plus au sud, explique le professeur Darin Flynn.

Photo : Radio-Canada / Nick Murray

Parmi les langues des signes autochtones au Canada, on compte celles d'oneida (LSO) et la langue des signe inuite (IUR), reconnue en 2008. Il y a aujourd'hui, à travers le Nunavut, peut-être 40 Inuit sourds, et leur famille qui connaissent cette langue, affirme Darin Flynn.

Langue et identité

La perte des langues orales frappe beaucoup les Autochtones, dit Darin Flynn. Ils sentent qu'ils perdent leur identité, et les langues signées n'y font pas exception.

Prenez un Cri et un Pied-noir, par exemple, ils ne peuvent pas communiquer parce que leurs langues sont si différentes, alors ils se tournent vers l’anglais et le français, la langue coloniale, pour s'entendre, dit M. Flynn. Il constate toutefois un intérêt croissant et un fort enthousiasme à l’idée de pouvoir communiquer dans une langue commune signée.

Paula Wesley travaille dans ce sens.

Nous voulons préserver nos langues des signes autochtones au Canada afin de pouvoir les transmettre aux générations suivantes, explique-t-elle. Nous sommes des peuples autochtones et nous avons nos propres cultures.

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