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L’enjeu des orignaux contaminés au cadmium persiste

Un orignal avance face à nous.

Il est recommandé de ne pas consommer les abats, mais la consommation de la viande peut se faire sans problème, selon la DSPu.

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

La Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue (DSPu) considère toujours que les orignaux de l'Abitibi-Témiscamingue, et particulièrement ceux du secteur de Rouyn-Noranda, sont potentiellement contaminés au cadmium, un métal toxique pour les animaux et l’être humain. La viande peut toutefois être consommée sans danger, à l’exception des abats.

Il est recommandé de ne pas consommer les abats, mais la consommation de la viande peut se faire sans problème, selon la DSPu. Il s’agit d’une recommandation qui est basée sur des échantillonnages qui ont été effectués en 2013-2014 et qui avaient permis de démontrer que la concentration moyenne de cadmium chez l’animal était élevée.

Consommer un seul abat pourrait équivaloir à une ingestion de 1,7 fois la dose limite annuelle de cadmium, toujours selon la DSPu. L’organisme gouvernemental avait d’ailleurs déjà recommandé la plus grande prudence, en 2001.

Selon le biologiste à la retraite du ministère de la Faune, Marcel Paré, qui a participé aux différentes collectes de données depuis les années 1980, la contamination s’explique par les activités industrielles. Ce qui est reconnu, c’est vraiment l’apport humain par l’activité industrielle, c’est ce qui explique des valeurs beaucoup plus élevées que la normale, explique-t-il. Le cadmium est absorbé par les plantes, qui sont consommées par l’orignal. C’est de cette manière que le métal lourd se retrouve chez l’orignal.

M. Paré explique cependant que certains métaux lourds sont présents aussi dans le sol naturellement, mais que leur présence se trouve amplifiée par les activités industrielles importantes.

La Direction de la santé publique n’a pas voulu se prononcer sur les sources de contamination. Ce que nous pouvons affirmer, c’est que les orignaux autour de Rouyn-Noranda présentent des concentrations beaucoup plus élevées de cadmium dans leurs reins que les orignaux des autres [régions] du Québec ou ailleurs dans le monde, a-t-on précisé par courriel.

La Santé publique n'a pas constaté d'amélioration dans les données sur la concentration de cadmium chez les orignaux recueillies en 1986, en 1995 et en 2013-2014.

Inquiétudes chez les Anichinabés

Du côté du Conseil tribal de la nation algonquine anishinabeg, on estime que les recommandations de la Santé publique ne sont pas connues des membres des communautés.

Lucien Wabanonik, membre du conseil de Lac-Simon depuis plusieurs années, souhaiterait que le gouvernement interpelle directement les élus sur ces enjeux. Je n’étais pas informé de cette situation, qui est quand même préoccupante, affirme-t-il.

Moi je n’ai rien vu de cela passer. Ce sont des choses qu’il y a à améliorer en termes de communication.

Lucien Wabanonik

Le biologiste Marcel Paré estime aussi que l’enjeu semble être occulté par les ministères. On dirait que ça s’est dissipé totalement et j’aimerais qu’on puisse remettre à jour ou aviser adéquatement les gens sur la situation, commente M. Paré.

M. Wabanonik rappelle d’ailleurs qu’aucune partie de l’orignal n’est laissée à l’abandon. Nous, on ne laisse rien traîner sur le terrain, on amène tout ce qui est possible, souligne-t-il.

Lorsqu'on a demandé à la DSPu si elle compte faire des communications directement avec les autorités anichinabées, l’organisme a répondu par courriel qu’il n’y a pas eu de communication spécifique aux communautés autochtones. La DSPu a précisé qu’elle effectuera une autre campagne de sensibilisation à la fin du mois de septembre par voie de communiqué de presse, de mentions sur le site web et la page Facebook de l’organisation.

Des risques pour l’animal?

Selon la DSPu, le cadmium s’accumule principalement dans les reins des humains. Aux concentrations retrouvées (2012-2013), on ne s’attend pas à observer d’effet immédiat sur la santé, mais plutôt des problèmes de santé à long terme, notamment des troubles rénaux, mentionne-t-on dans un communiqué de l’organisation envoyé en 2016.

Invités à commenter les risques pour les animaux, les représentants du ministère de la Faune nous ont fait savoir par courriel qu’ils ne sont au fait d’aucune étude rapportant des effets néfastes du cadmium pour la santé des cervidés sauvages. Des études sur des animaux de laboratoire ont toutefois démontré qu’une exposition chronique au cadmium peut entraîner des conséquences sur la santé, comme une perte de poids et une perte de densité osseuse.

La Direction de la santé publique et le ministère de la Faune nous ont affirmé qu’ils ne comptent pas mener prochainement un nouveau projet de surveillance ou des études concernant le cadmium chez les orignaux de la région.

Abitibi–Témiscamingue

Faune et flore