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Un lanceur d'alerte aurait dénoncé une conversation de Trump avec un dirigeant étranger

Plan rapproché du visage de Donald Trump.

Le président Donald Trump se dit victime de harcèlement.

Photo : Getty Images / Alex Wong

Sophie-Hélène Lebeuf

Le responsable par intérim des agences de renseignements refuse de partager avec une commission de la Chambre des représentants la plainte d'un lanceur d'alerte. Selon plusieurs médias américains, la dénonciation vise le président Trump.

Le président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff, a brandi la menace d'une poursuite, jeudi, dans la foulée du refus du directeur du renseignement national (DNI) par intérim, Joseph Maguire, de lui transmettre la dénonciation faite par un des employés sous sa responsabilité.

L'existence du signalement, qui a été formulé le 12 août dernier auprès de l'inspecteur général de la communauté du renseignement, Michael Atkinson, était déjà connue, mais un article du Washington Post publié mercredi affirmait que la dénonciation ciblait le président Trump lui-même.

Le quotidien a rapporté, sur la foi de deux sources confidentielles, que la plainte portait plus précisément sur une promesse que le président aurait faite à un dirigeant étranger.

Jeudi soir, le Washington Post, le New York Times et ABC News ont précisé que la plainte impliquait l'Ukraine, sans toutefois spécifier si l'éventuelle conversation du président se serait déroulée avec un leader de ce pays.

M. Atkinson, qui a témoigné à huis clos plus tôt dans la journée devant la commission du renseignement de la Chambre, où les démocrates sont majoritaires, a refusé à répétition de donner des détails sur la dénonciation. Il a allégué qu'il n'en avait pas l'autorisation, selon les comptes rendus faits par des élus dans plusieurs médias américains.

Il aurait par exemple refusé de confirmer ou d'infirmer que le président était visé. La loi lui interdit de fournir des détails sur une plainte formulée par un lanceur d'alerte tant que celle-ci n'a pas été déposée devant le Congrès, a expliqué CNN.

Adam Schiff avait précisé dans un communiqué que le haut responsable avait accepté d'être interrogé sur la manière dont a été géré un signalement émanant d'un lanceur d'alerte.

Selon le New York Times, M. Atkinson aurait toutefois admis devant les membres de la commission que la dénonciation ne concernait pas un acte isolé, mais plusieurs actions.

Dans une lettre datée du 9 septembre, l'inspecteur général avait alerté les commissions du renseignement du Sénat et de la Chambre à propos de l'existence d'une plainte, sans toutefois fournir de précisions.

Il disait cependant la juger crédible et concluait qu'elle répondait à la définition de problème urgent, un niveau nécessitant une notification au Congrès.

Dans sa lettre subséquente, datée du 17 septembre, il disait être arrivé à la conclusion que le directeur par intérim du DNI et lui étaient dans une impasse. Les deux lettres ont été rendues publiques jeudi par la commission présidée par M. Schiff.

Selon le Washington Post, le lanceur d'alerte est un membre du renseignement qui a travaillé à la Maison-Blanche.

Bras de fer entre le DNI et la Chambre

Adam Schiff s'adressant aux reporters au Congrès.

Le démocrate Adam Schiff est engagé dans une épreuve de force avec le directeur du renseignement national.

Photo : Associated Press / J. Scott Applewhite

Alors que la loi oblige généralement son bureau à partager une plainte avec le Congrès dans les sept jours suivant le dépôt de dénonciation, Joseph Maguire a jusqu'ici refusé de se plier aux requêtes de M. Schiff, notamment celle de transmettre la plainte avant mardi dernier.

Dans deux lettres envoyées aux commissions du Congrès chargées des questions de renseignement, les 13 et 17 septembre, son bureau a contesté à la fois la nature urgente de la plainte et la nécessité de partager l'information avec les élus, invoquant notamment de l'information classifiée ou privilégiée. La dernière lettre évoquait précisément des individus au sein de la branche exécutive du gouvernement.

Le bureau du DNI a plaidé que la plainte n'était pas de son ressort, puisqu'elle ne visait pas un employé d'une des 17 agences de renseignement sous sa responsabilité.

Comme la plainte dans ce dossier ne concerne pas des allégations liées au comportement d'un membre de la communauté du renseignement ou à une activité de renseignement sous la supervision du DNI, nous avons déterminé, après avoir consulté le département de la Justice, qu'aucun statut n'exige la communication de la plainte aux commissions du renseignement.

Extrait d'une lettre transmise aux commissions du renseignement par le bureau du directeur national du renseignement

Il y a un effort pour empêcher cette information d'arriver au Congrès, a martelé M. Schiff. Depuis la création du poste de directeur du DNI, en 2004, aucun n'a jamais refusé de transmettre de dénonciations, a-t-il insisté.

Il a ajouté ne pas avoir été en mesure d'apprendre si la Maison-Blanche était elle aussi impliquée dans la décision du DNI. CNN a cependant cité des sources qui l'affirmaient.

Déplorant une dérogation sans précédent, l'élu démocrate a du même souffle réclamé tous les documents du DNI liés à ce dossier, y compris les communications avec la Maison-Blanche.

Après avoir refusé de comparaître cette semaine, Joseph Maguire a accepté de témoigner jeudi prochain lors d'une session conjointe des commissions du Sénat et de la Chambre sur le renseignement.

M. Maguire assure l'intérim du DNI depuis le départ, le mois dernier, de Daniel Coats, en désaccord avec le président sur plusieurs dossiers, notamment ceux de la Russie et de la Corée du Nord.

Trump se dit victime de harcèlement

Le président Trump a réagi aux révélations du Washington Post en dénonçant sur Twitter un harcèlement présidentiel et une fausse nouvelle.

Pratiquement chaque fois que je parle au téléphone à un dirigeant étranger, je suis conscient qu'il y a de nombreuses personnes de différentes agences américaines qui peuvent être à l'écoute, sans mentionner celles de l'autre pays en question. Pas de problème!, a-t-il écrit.

Sachant cela, y a-t-il quelqu'un d'assez stupide pour croire que je dirais quelque chose d'inapproprié à un dirigeant étranger au cours d'un appel “potentiellement densément peuplé”?

Donald Trump

Le président américain a assuré qu'il ne ferait que ce qui est correct et bon pour les États-Unis.

Depuis son élection, Donald Trump a souvent affiché des désaccords avec les responsables du renseignement, notamment sur la question de l'ingérence de la Russie pendant la campagne présidentielle de 2016, qu'il a souvent mise en doute.

Les médias américains ont fait valoir qu'une conversation entre le président, qui dispose de larges pouvoirs pour déclassifier de l'information, et un dirigeant étranger n'est pas automatiquement considérée comme un acte lié au renseignement, mais la plainte, si elle le vise, soulève des questions sur la façon dont il gère de l'information classifiée.

En mai 2017, les médias américains avaient rapporté que le président Trump avait partagé avec Moscou des informations classifiées transmises par Israël.

En juin dernier, le président avait indiqué son opposition à certaines opérations d'espionnage de la CIA en Corée du Nord. Il avait réagi à un article du Wall Street Journal selon lequel la CIA avait recruté le demi-frère de Kim Jong-un, en soulignant qu'il s'y opposerait.

L'identité du dirigeant étranger n'a pas été révélée, mais plusieurs médias, se basant sur les registres de la Maison-Blanche, ont rappelé que le président avait notamment eu au cours des dernières semaines des interactions avec le président russe Vladimir Poutine, le leader nord-coréen Kim Jong-un, le premier ministre du Pakistan Imran Khan, celui des Pays-Bas Mark Rutte et l'émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

L'Ukraine au centre d'une controverse

Volodymyr Zelensky devant un drapeau de l'Ukraine

Volodymyr Zelensky et Donald Trump se sont entretenus au téléphone le 25 juillet dernier.

Photo : Getty Images / SERGEI SUPINSKY

Les médias américains, qui ont évoqué l'Ukraine, n'établissent pas que la plainte vise une conversation entre le président Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, élu en mai dernier. Ils rappellent toutefois que les deux hommes se sont entretenus au téléphone en juillet, deux semaines avant que le lanceur d'alerte ne sonne l'alarme.

Selon un compte rendu du bureau du président ukrainien, Donald Trump s'était dit convaincu que le nouveau gouvernement ukrainien sera en mesure d'améliorer rapidement l'image de l'Ukraine, compléter l'enquête sur des cas de corruption, qui ont entravé les interactions entre l'Ukraine et les États-Unis.

L'appel fait déjà l'objet d'enquêtes de plusieurs commissions de la Chambre pour déterminer si le président et son avocat personnel Rudolph Giuliani ont cherché à manipuler le gouvernement ukrainien pour aider le républicain dans sa campagne de réélection.

Les démocrates estiment que le président et son avocat pourraient avoir cherché à convaincre les autorités ukrainiennes de mener deux enquêtes sous couvert d'activités anticorruption. Le Washington Post a rappelé que l'une aurait pour but d'aider l'ex-directeur de campagne de Donald Trump Paul Manafort, emprisonné aux États-Unis pour fraude fiscale et bancaire, et une deuxième ciblerait Hunter Biden, un des fils de l'ancien vice-président Joe Biden qui brigue l'investiture démocrate. Hunter Biden a déjà siégé au conseil d'administration de la société gazière ukrainienne, Burisma.

Il y a quelques semaines, des médias américains ont rapporté que le président Trump envisageait sérieusement de bloquer une aide militaire de 250 millions de dollars, qui avait été approuvée par le Congrès et qui était destinée à aider l'Ukraine dans sa lutte contre les séparatistes prorusses soutenus par Moscou. La Russie a annexé la région de Crimée, qui appartenait à l'Ukraine, en mars 2014.

Selon Reuters, des sénateurs ont annoncé pendant la journée que la Maison-Blanche avait débloqué ces fonds.

Avec les informations de Washington Post, New York Times, CNN, et AFP

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