•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une nouvelle vidéo montrant Trudeau en « blackface » ébranle la campagne libérale

La vidéo a été tournée au début des années 1990.

Photo : Courtoisie de Global

François Messier

Le scandale provoqué par la diffusion de photos montrant le chef libéral le visage maquillé en brun avant qu'il ne se lance en politique s'amplifie après que le réseau Global a divulgué une autre vidéo, fournie par le Parti conservateur, le montrant maquillé de la même manière, au début des années 90.

Un jeune Justin Trudeau y apparaît le visage et les bras maquillés en noir, vêtu d'un t-shirt et d'un jean troué, grimaçant et levant les bras en l'air.

Le contexte dans lequel cette vidéo silencieuse a été filmée n'est pas connu pour le moment.

L'équipe de campagne du chef libéral a cependant confirmé son authenticité jeudi matin, précisant qu'elle a été filmée au début des années 1990, mais sans donner plus de détails.

Le magazine américain Time avait parti le bal mercredi soir en publiant une photo de M. Trudeau le visage maquillé en brun lors d'une fête costumée organisée en 2001 à l’école privée West Point Grey Academy, où il enseignait.

La publication de la photo, prise alors qu'il avait 29 ans, a été suivie par deux autres; l'une prise lors du même événement, et l'autre montrant M. Trudeau maquillé en brun à l'occasion d'un événement au Collège Brébeuf.

Retour sur les origines du «blackface»

Le fait de se maquiller en brun (brownface) ou en noir (blackface) est une pratique raciste qu'utilisaient des comédiens blancs pour se moquer des Afro-Américains. Ayant vu le jour au 19e siècle, elle a perduré jusqu'au début du 20e siècle.

Trudeau en gestion de crise

L’affaire a sérieusement ébranlé la campagne de M. Trudeau. Mercredi soir, son équipe n’a pas transmis le programme du jour du chef libéral pour la journée de jeudi, comme elle le fait toujours.

Elle a finalement annoncé peu avant 11 h (HNE) que le chef libéral faisait des appels à des candidats et à des leaders communautaires en matinée.

En conférence de presse à Winnipeg, jeudi après-midi, le chef libéral a dit encore une fois regretter son geste, ajoutant qu'il ne comprenait pas, à l'époque, « le privilège que j’avais de ne jamais avoir été discriminé ».

M. Trudeau n'a pas confirmé s'il existait encore ou non d’autres images de lui dans un maquillage similaire.

Mercredi soir, Justin Trudeau s'est rapidement et profusément excusé en faisant référence à la photo du magazine Time. Il avait lui-même admis s'être aussi maquillé en brun lorsqu'il était à l'école secondaire, sans plus.

Photo en noir et blanc de Justin Trudeau, maquillé, déguisé, micro à la main.

Justin Trudeau, le visage maquillé en brun, lors d'une soirée où il avait interprété « Day-O » au Collège Brébeuf.

Photo : Radio-Canada

Le chef libéral a expliqué aux journalistes suivant sa campagne qu'il ne pensait pas que c'était raciste à l'époque, mais qu'il comprenait aujourd'hui que ce l'était.

Je n'aurais pas dû le faire, j'aurais dû savoir que je n'aurais pas dû le faire, et je le regrette profondément, a-t-il dit. Je m'excuse profondément. Je me suis déçu moi-même et je suis vraiment désolé.

J'aurais dû savoir, même à cet âge-là, que je n'aurais pas dû faire ça, mais je l'ai fait et je m'en excuse profondément, a encore dit M. Trudeau.

Les conservateurs ont fourni la vidéo à Global, dit Scheer

De passage à Saint-Hyacinthe, au Québec, le chef conservateur Andrew Scheer a révélé que la vidéo diffusée par Global avait été fournie au réseau par son équipe de campagne.

Je peux dire qu’un individu inquiet qui l’avait vue l’a fournie à notre équipe de campagne, et notre équipe l’a ensuite offerte à un média responsable pour vérification.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Il n'a pas voulu préciser à quel moment son équipe a obtenu la vidéo et assure ne pas l'avoir visionnée lui-même avant que Global ne la diffuse.

Andrew Scheer parle derrière un lutrin.

Le chef conservateur Andrew Scheer accuse son homologue libéral d'avoir menti en ne révélant pas l'existence de la vidéo.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il a par ailleurs rejeté les excuses offertes mercredi soir par son adversaire libéral, qu'il accuse d'avoir menti en n'évoquant pas ce nouvel épisode de « brownface » révélé par la vidéo.

J’aurais pu accepter les excuses de Justin Trudeau si elles avaient été honnêtes et transparentes. Mais il a basé ses excuses sur un mensonge.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Le Parti conservateur a par ailleurs reconnu jeudi que sa candidate dans la circonscription britanno-colombienne de Cloverdale - Langley City, Tamara Jansen, a participé en 2016 à un événement où plusieurs personnes s'étaient maquillées en noir.

À ma connaissance, ma candidate n’a pas porté de blackface personnellement, a commenté M. Scheer, après avoir assimilé cette pratique à un comportement offensant qui est inacceptable.

Elle n’a certainement pas fait cela et ce n’est pas du tout la même chose que Justin Trudeau, qui s’est adonné à ce comportement et qui a ensuite été incapable de dire la vérité aux Canadiens, a-t-il ajouté.

Le leader conservateur a assuré que son parti avait mis en place un processus de vérification pour [s']assurer que [ses] candidats ne se sont pas adonnés à de tels comportements dans le passé.

Notre dossier Élections Canada 2019

« Une journée difficile pour beaucoup de Canadiens », dit Singh

Depuis Toronto, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a continué jeudi matin de marteler le message qu’il faisait valoir avant même le début de cette controverse : Justin Trudeau n’est pas celui qu’il prétend être.

Le politicien de confession sikhe, qui a souvent évoqué le racisme dont il a été victime par le passé, n’a pas voulu adhérer à la thèse de l’erreur de jeunesse.

Après trois fois, c’est quelque chose qui montre des valeurs. Une fois, on peut peut-être dire que c’est une exception, mais que ce soit arrivé trois fois, ça crée un message.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Le message que les Canadiens vont voir, c’est un message où on a le premier ministre du Canada qui se moque des gens. [...] On va avoir plusieurs Canadiens aujourd’hui qui vont penser à des moments dans leur vie où ils ont été insultés, ridiculisés, et ça va faire du mal, a-t-il prédit.

Jagmeet Singh, devant un micro, et une pancarte sur laquelle on peut lire, en anglais, « l'endroit où les gens apprennent ».

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a commenté l'affaire en entrevue à une radio de Toronto jeudi matin.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

C’est clair en ce moment que tous ses propos par rapport au multiculturalisme, la diversité, c’est [remis] en question, a-t-il poursuivi. Ça montre un manque de sincérité. C’est une journée difficile pour beaucoup de Canadiens.

Lors d’une entrevue accordée à une radio torontoise en matinée, le leader néo-démocrate avait également laissé tomber qu’il aurait de la difficulté à serrer la main de M. Trudeau au moment des débats à venir.

Ce sera difficile. Je ne sais pas vraiment comment réagir face à quelqu’un qui se moque avec légèreté de la réalité de tant de gens, avait-il dit. Je vais lui demander des comptes, lui demander des comptes pour son bilan.

Andrew Scheer a plus tard salué la réaction de M. Singh dans cette affaire. En tant que personne qui a pu être victime d’actes racistes par le passé, il a répondu avec beaucoup d’authenticité et de compassion, a-t-il dit.

Blanchet en appelle au sérieux du premier ministre

En point de presse à Montréal, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a réitéré qu’il ne pensait pas de Justin Trudeau soit raciste, même s’il a manqué de jugement et de sérieux « même pendant son mandat ».

Il est grand temps que Justin Trudeau sorte un habit et une cravate et qu’il se donne l’apparence, l’attitude et le comportement d’un premier ministre d’un pays du G7.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

C’est en train de plomber sa campagne […] Je ne veux pas qu’il se sauve parce qu’il a des scandales à gérer, a ajouté le chef du Bloc québécois.

Avec la collaboration de Joëlle Girard et Marc-Antoine Ménard

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique fédérale

Politique