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Une garderie de soir et de nuit pour attirer des employés

Le reportage de Marie-Ève Cousineau.

Photo : Radio-Canada / Dominique Landry

Marie-Eve Cousineau

La petite ville de Saint-Pamphile, dans Chaudière-Appalaches, fait face à un manque criant de main-d’œuvre. Pour séduire des travailleurs, la communauté a trouvé une solution : un service de garde à horaires atypiques.

Dans cette municipalité de 2400 habitants, tout le monde vit au rythme des camions chargés de bois. Et l’industrie forestière roule. De jour, de soir et même jusqu’au milieu de la nuit dans les usines de sciage.

Saint-Pamphile vit le plein emploi. Avec la pénurie de main-d’œuvre actuelle et l’exode des jeunes vers la ville, les usines locales peinent à recruter des employés.

Avant ça, je vous dirais, les CV, ça rentrait, 10-12 CV par semaine, dit Manon Blanchet, directrice logistique et administration, division Saint-Pamphile de Matériaux Blanchet. Là, on peut être des mois [et] on n'en a pas un.

Pour attirer et retenir de jeunes familles, la communauté de Saint-Pamphile s'est mobilisée. Elle lancera au printemps 2020 un service de garde ouvert seulement le soir et la nuit, pour les enfants des travailleurs aux horaires atypiques.

« Les Noctambules » accueilleront une trentaine d’enfants de 0 à 12 ans, entre 15 h et 9 h.

Une bouffée d’air frais pour les parents comme Kevin Therrien et Mylène Chabot, qui peinent à souffler dans leur course quotidienne. La conciliation travail-famille est un véritable casse-tête.

Chaque semaine, des fois même chaque journée, on modifie notre horaire, on change nos plans pour s'adapter, pour que tout convienne, que tout le monde soit à la bonne place au bon moment.

Mylène Chabot, mère de deux enfants

La mère de deux enfants sera bientôt infirmière. Son conjoint est préposé à la pesée des camions chez Matériaux Blanchet. Pour eux, le « 9 à 5 » n’existe pas.

L’horaire de travail de Kevin Therrien varie en fonction des allées et venues des poids lourds sur la balance. Il commence souvent à 6 h et se termine entre 17 h et 20 h le soir. Bref, trop tôt pour déposer les enfants au service de garde de l’école et trop tard pour les récupérer à la fermeture.

Livia, 7 ans, et Nathan, 10 ans, doivent donc accompagner chaque semaine leur père au travail, avant ou après les classes.

Kevin Therrien, dans le local faisant face à la pesée de camions, avec sa fille et son garçon.

Kevin Therrien, préposé à la pesée des camions chez Matériaux Blanchet, est parfois forcé d'amener ses enfants au travail, avant l'ouverture du service de garde de l'école.

Photo : Radio-Canada / Dominique Landry

Dans le petit local vitré qui fait face à la balance où défilent les camions, le temps est parfois long.

On est souvent pressés [le matin]. Pis, des fois, on a encore envie de dormir, sauf qu'on ne peut pas. On amène notre déjeuner ici.

Livia Therrien, 7 ans

Livia aimerait bien côtoyer les Noctambules. On aurait peut-être plein de jeux, dit-elle. On aurait tous nos amis. Il y en a peut-être qui sont comme nous.

Une garderie semblable à une maison

Le futur service de garde aura les allures d’une maison familiale et non d’un centre de la petite enfance. On va aménager un salon cocooning, dit Francine Lessard, directrice générale du Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance, qui chapeaute le projet. L’enfant va pouvoir écouter son émission préférée avant l’heure du souper.

Chaque enfant aura aussi droit à son propre lit. On veut créer des vraies chambres, ajoute Francine Lessard. On veut des vrais lits. On ne veut pas des enfants qui dorment sur des coussins au sol.

Le presbytère de Saint-Pamphile, vu de l'extérieur.

Le presbytère de Saint-Pamphile, qui accueillera le nouveau service de garde à horaires atypiques.

Photo : Radio-Canada / Dominique Landry

Les Noctambules seront installés dans le presbytère de Saint-Pamphile. La Société de développement industriel local, la SODISPA, a acheté le bâtiment pour le projet. Elle financera aussi les rénovations et les aménagements.

Ce projet pilote de trois ans est unique au Québec.

Ce qui est très exceptionnel, c'est que c'est un partenariat entre le privé et le public.

Francine Lessard, directrice générale du Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance

Des entreprises comme Maibec et Matériaux Blanchet, la Caisse populaire, la Municipalité et la MRC financeront les dépenses courantes. Le ministère de la Famille accordera en subvention 75 000 $ par année pour les salaires.

Les parents, eux, devront payer entre 20 et 35 $ par jour pour le service.

Reste à les convaincre de laisser leurs enfants dans une garderie le soir ou la nuit.

Si on n'est vraiment pas capable, on est pris tous les deux de soir ou de nuit, ce serait une belle possibilité, dit Mylène Chabot. Ils pourraient dormir plus longtemps. Des fois, les heures de dodo sont un peu chamboulées par nos horaires.

L’entreprise Matériaux Blanchet, elle, espère que cette initiative convaincra des familles de déménager dans le village. En janvier, deux travailleurs temporaires étrangers, en provenance du Maroc, travailleront à son usine de Saint-Pamphile.

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