•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La Liberté va cesser d’appartenir à la communauté

Plan serré de paquets du journal « La Liberté ».

Des exemplaires du journal « La Liberté ».

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Pierre Verrière

La Société de la francophonie manitobaine (SFM) s’apprête à transférer la propriété de Presse-Ouest Limitée, et donc du journal La Liberté, à une entreprise sociale qui pourrait voir le jour dès le printemps prochain.

La SFM avise les francophones intéressés qu’ils ont jusqu’au 18 octobre pour signaler leur intention de devenir membres de cette corporation. Les 7 à 9 personnes sélectionnées composeront le conseil d’administration. Elles devront toutes verser 10 000 $ à la corporation.

La communauté n’aura plus son mot à dire dans la gouvernance de l’entité, qui va désormais posséder le journal, puisqu’il n’y aura pas de mécanisme de reddition de comptes envers elle, comme Presse-Ouest le faisait jusqu’ici dans le cadre des assemblées générales annuelles de la SFM.

Lors de la dernière assemblée annuelle, les membres de la SFM ont tranché en faveur de la mise sur pied d’une entreprise sociale pour gérer La Liberté à l’avenir. La SFM et Presse-Ouest ont ensuite mis sur pied un comité pour la mise en oeuvre de cette résolution. Le comité a déposé son rapport au conseil d’administration de la SFM, qui fera état des avancées du dossier lors de la prochaine l'assemblée générale annuelle du 17 octobre.

Le comité a mis sur pied une entreprise sociale qui se porterait acquéreuse des actions de Presse-Ouest présentement détenues par la SFM, explique Jean-Paul Gobeil, membre du conseil d’administration de la SFM.

La Liberté sera transférée à une entreprise sociale

Cette entreprise sociale sera une société sans capital action qui aura les caractères d’une entreprise à but lucratif, mais dont les profits seront réinvestis dans la société et non distribués aux membres, précise Jean-Paul Gobeil. En quelque sorte, cette entreprise sociale sera à mi-chemin entre l’entreprise à but lucratif et l’entreprise à but non lucratif. Cette nouvelle société, baptisée pour l’instant NouCo n’est pas encore incorporée.

Contribution financière de 10 000 $

Jean-Paul Gobeil précise que l’idée d’une coopérative a été rejetée, car elle ne permet pas l’injection de fonds dans la nouvelle société.

Les critères de sélection des membres du conseil d'administration de la nouvelle entité visent surtout les expériences et les compétences nécessaires pour assurer une bonne gestion du journal, souligne Jean-Paul Gobeil.

Une des obligations des gens qui se présentent sera d’accepter de devenir des membres actifs. Il y a une contribution de temps et de talent en plus de la contribution financière de 10 000 $, souligne M. Gobeil. Les 70 000 $ à 90 000 $ ainsi obtenus serviront à assurer un fonds de roulement pour le journal.

Cette somme prendra la forme d’un prêt à la nouvelle société, et les membres pourront la retirer au bout de trois ans, si le journal reste profitable et qu’ils sont remplacés au sein du conseil d’administration.

L'auvent au-dessus de la porte des bureaux de la Société de la francophonie manitobaine

Un rapport d’étapes sera présenté aux membres de la SFM lors de l’assemblée générale annuelle.

Photo : Radio-Canada

Avec cette nouvelle formule, le journal La Liberté ne fera plus de présentation ni d’explication de ses états financiers à la réunion annuelle de la SFM. La communauté n’aura pas de contrôle sur le journal. En contrepartie, Jean-Paul Gobeil explique que les gestionnaires chercheront par les moyens habituels des entreprises à s’assurer de la satisfaction de leur clientèle, par exemple par le biais de questionnaires et de sondages.

Le rôle des sept à neuf membres, c’est de gérer les affaires de Presse Ouest et non son contenu rédactionnel, précise Jean-Paul Gobeil.

Le contenu rédactionnel demeure la responsabilité du rédacteur ou de la rédactrice en chef. Le contenu et le reflet de la communauté sont la besogne de la rédaction. Les moyens techniques relèvent, eux, du conseil.

Les employés de Presse Ouest ne pourront pas être membres de la corporation et n’auront pas droit de regard quant à la sélection de ses membres.

Intérêts reversés à des organismes de la communauté

Au total, la valeur nette des actions de Presse Ouest se situe autour de 325 000 $, estime Jean-Paul Gobeil. La SFM va céder ces actions selon leur valeur comptable et recevra en contrepartie une note à recevoir de la nouvelle corporation. Cette note à recevoir reconnaîtra la cession, et précisera que la nouvelle corporation devra rembourser, chaque année, des intérêts dont le taux, qui sera assez bas, doit encore être déterminé.

Lorsque la situation financière de la corporation le permettra, la SFM remettra cette note à recevoir à un autre organisme de bienfaisance, Francofonds par exemple, qui pourra investir ces revenus annuels dans un fonds. Ce fonds générera à son tour des intérêts qui seront versés à des organismes de la communauté pour les aider à acheter de la publicité dans La Liberté, explique Jean-Paul Gobeil.

Par ailleurs, la nouvelle corporation n’aura pas un statut d’organisme de bienfaisance. Selon Jean-Paul Gobeil, une future étape du processus, qui prévoit la fusion de cette corporation et de Presse Ouest Limitée, pourrait permettre de créer une société de bienfaisance si les gestionnaires le souhaitent.

Jean-Paul Gobeil indique que le comité conjoint Presse-Ouest-SFM a tenu compte de la nécessité pour La Liberté de remplir les conditions d’admissibilité qui permettent aux journaux d’obtenir du gouvernement fédéral un crédit d’impôt sur la masse salariale des journalistes.

Un rapport d’étapes sera présenté aux membres de la SFM lors de l’assemblée générale annuelle, mais il n’est pas prévu que la création de la corporation soit soumise à un vote, puisque l’assemblée a déjà statué sur le sujet l’an dernier.

Selon Jean-Paul Gobeil, la cessation de la participation de Presse-Ouest à la nouvelle entité devrait être finalisée avant le 31 mars 2020.

Manitoba

Francophonie