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Élections en Israël : Nétanyahou dans l'incapacité de former un gouvernement

Benyamin Nétanyahou scrute à droite devant un drapeau israélien.

Le premier ministre israélien sortant, Benyamin Nétanyahou, est au pouvoir de façon ininterrompue depuis 2009.

Photo : Associated Press / Amir Cohen

Agence France-Presse

Le premier ministre israélien sortant Benyamin Nétanyahou se retrouvait mercredi dans l'incapacité de former un gouvernement, après être arrivé au coude à coude avec son rival Benny Gantz à l'issue des législatives, ce qui ouvre la voie à des tractations douloureuses pour tenter de former une coalition.

Preuve de l'importance de ces discussions en coulisses, M. Nétanyahou a annulé son déplacement prévu dans les prochains jours à l'Assemblée générale de l'ONU en raison du contexte politique local, selon des sources officielles.

En marge des discussions à l'ONU, M. Nétanyahou devait notamment s'entretenir avec son ami Donald Trump, président américain, d'un possible traité de défense commune.

Mais le premier ministre sortant, au pouvoir sans interruption depuis 10 ans, risque, après avoir joué son va-tout aux élections de mardi, de perdre sa mise pour une rare fois dans sa longue carrière politique.

Avec plus de 95 % des bulletins dépouillés, son parti, le Likoud, obtient 32 sièges, contre 33 pour la formation centriste Kahol Lavan (Bleu-blanc) de M. Gantz. Alors que la Knesset, le Parlement, compte 120 sièges, aucun des deux ne franchit la barre fatidique des 61 députés nécessaire pour avoir une majorité, même avec leurs alliés.

Nous allons attendre les résultats finaux [...] et souhaiter à Israël un gouvernement d'union, a commenté M. Gantz.

Si M. Gantz plaide pour un large gouvernement d'union exprimant la volonté du peuple et s'est dit disposé à parler avec tout le monde. M. Nétanyahou maintient pour sa part une ligne dure et a rencontré les dirigeants de plusieurs petits partis afin de constituer un bloc unitaire de droite.

Israël fait, selon lui, face à deux options : soit un gouvernement que je dirige, soit un gouvernement dangereux qui repose sur les partis arabes. Dans ces temps où nous faisons face à d'immenses défis sécuritaires et politiques [...], il faut tout faire pour barrer [la route à] un gouvernement dangereux, a-t-il ajouté.

Dans le système politique israélien, le président consulte les députés, qui lui recommandent un chef de gouvernement.

Or, les partis arabes, hostiles à M. Nétanyahou et qui sont en passe de s'imposer comme la troisième force politique à la Knesset, avec 12 sièges, ont déjà suggéré qu'ils allaient s'opposer à sa désignation, sans confirmer s'ils allaient soutenir celle de son rival.

L'ère Nétanyahou s'est achevée, a ainsi proclamé Ahmed Tibi, l'un des ténors de la Liste unie des partis arabes. Si Benny Gantz appelle, nous lui communiquerons nos conditions pour le soutenir, a-t-il ajouté.

Le Likoud et le parti Bleu-blanc doivent négocier entre eux et/ou avec d'autres formations, afin d'aboutir à un nouveau gouvernement et d'éviter le scénario du printemps, lorsque M. Nétanyahou avait été incapable de former une coalition à l'issue d'élections déjà âprement disputées.

Le Parlement avait alors été dissous et un nouveau scrutin convoqué mardi. M. Nétanyahou espérait réussir à faire bouger les lignes pour s'imposer à la tête d'un nouveau gouvernement de droite.

L'issue de ce second scrutin est d'autant plus cruciale pour M. Nétanyahou qu'il survient avant sa comparution devant la justice, le 3 octobre, pour des affaires de corruption, d'abus de confiance et de malversations, et qu'il cherche à obtenir une immunité du Parlement.

Trump insiste sur l'importance du lien entre les États-Unis et Israël

Selon le Washington Post, le président américain a indiqué aux journalistes américains qu'il n'avait pas parlé à Benyamin Nétanyahou depuis l'élection.

Écoutez, notre relation est avec Israël. On verra ce qui se passera, a-t-il dit, évoquant une lutte serrée. Ses propos ont semblé établir une distance avec l'un de ses plus fidèles alliés. Au cours des derniers mois, plusieurs de ses décisions politiques concernant Israël ont été perçues comme un cadeau au premier ministre israélien. Trois jours avant le scrutin, le président américain avait affirmé sur Twitter qu'il poursuivrait les discussions sur un traité de défense mutuelle avec M. Nétanyahou après les élections.

Lieberman, faiseur de rois

Avigdor Lieberman, regardant vers la droite

Avigdor Lieberman plaide pour un large gouvernement d'union nationale.

Photo : Getty Images / Pool

Outre l'ascension des partis arabes, les élections de mardi ont été marquées par la performance d'Israel Beitenou, une formation russophone dirigée par l'ancien ministre Avigdor Lieberman, devenu faiseur de rois.

Pour l'instant non aligné, M. Lieberman, crédité de 8 sièges qui pourraient faire pencher la balance, a appelé à la formation d'un gouvernement d'union nationale, mais sans les partis religieux ou arabes.

Il n'y a qu'une option pour nous et c'est la formation d'un large gouvernement d'union nationale et libéral avec Israel Beitenou, le parti Bleu-blanc et le Likoud, a-t-il affirmé.

M. Lieberman a mené sa campagne contre les partis juifs ultra-orthodoxes, alliés du Likoud, qu'il accuse de vouloir faire d'Israël un État religieux. Mais M. Lieberman a aussi tiré à boulets rouges ces dernières années sur les formations arabes.

Israël a un problème [...] Nous avons été atteints de la maladie de la haine [...] Certaines personnes veulent voir les divisions s'accentuer entre la droite et la gauche, mais c'est précisément de cette façon que la maladie croît, notait mercredi le journal Yediot Aharonot.

Mais un gouvernement étriqué, qu'il soit de droite ou de gauche, ne fera que renforcer le problème et rendre Israël plus vulnérable. Nous avons besoin d'un [...] gouvernement d'union, a plaidé le quotidien.

Les Palestiniens divisés sur le prochain gouvernement israélien

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s'est prononcé contre un nouveau gouvernement israélien conduit par Benjamin Nétanyahou.

Notre position : contre Nétanyahou, a répondu M. Abbas, interrogé lors d'une visite à Oslo sur ses préférences concernant la direction du prochain cabinet israélien.

Ses propos contrastent avec ceux, plus conciliants, du chef de la diplomatie palestinienne, Riyad Al-Maliki, également présent dans la capitale norvégienne pour une visite en amont d'une réunion la semaine prochaine à New York du groupe des donateurs pour la Palestine (AHLC), présidé par la Norvège.

Quel que soit [le responsable] capable de former un gouvernement, nous sommes prêts à nous asseoir avec lui ou elle pour relancer les négociations, au point mort depuis 2014, a déclaré M. Al-Maliki à des journalistes.

Lorsque les Israéliens se seront mis d'accord pour constituer un gouvernement, ils verront que nous sommes prêts à négocier sur les bases du droit international et des résolutions des Nations unies, a-t-il soutenu.

Le chef de la diplomatie palestinienne a par ailleurs réaffirmé l'attachement de l'Autorité palestinienne à une solution à deux États, israélien et palestinien, vivant côte à côte, une perspective menacée par les promesses de campagne de M. Nétanyahou.

Ce dernier avait en effet annoncé la semaine dernière son intention d'annexer les colonies juives de la vallée du Jourdain s'il était réélu. S'il avait précisé que cette annexion ne comprendrait pas les villes palestiniennes, par exemple Jéricho, celles-ci seraient alors en réalité encerclées.

L'ONU a mis en garde contre ce projet, qui serait dévastateur pour la possibilité de relancer les négociations, la paix régionale et l'essence même d'une solution à deux États.

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