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Visite de la Fonderie Horne : vers une diminution de 10 à 35 % des émissions d'arsenic

Panneau indiquant l'entrée de la Fonderie Horne avec une cheminée de la fonderie derrière.

L'entrée de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Émilie Parent Bouchard

Si la Fonderie estime qu'il est « impensable » d'atteindre la norme provinciale de 3 nanogrammes d’arsenic par mètre cube d’air d’ici 10 ans, elle travaille cependant à réduire ces émissions de manière constante. Radio-Canada a visité les installations de la Fonderie Horne pour savoir en quoi consistent ces stratégies de réduction des émissions d’arsenic. 

Parmi les quelques 80 protocoles d'attestation d'assainissement du ministère de l'Environnement qui autorisent des entreprises à dépasser les normes environnementales provinciales, celui de la Fonderie Horne est le seul à concerner l'arsenic.

On n’est pas le plus grand pollueur au Canada, on est le plus grand pollueur dans le type d’activités dans lequel on opère, relativise le directeur du développement durable de la Fonderie Horne, Pierre-Philippe Dupont lorsque confronté au fait que la Fonderie occupe depuis plusieurs années la première position de l'Inventaire national des rejets des polluants du Gouvernement du Canada dans le secteur industriel.

Un homme sourit à la caméra devant des casiers.

Pierre-Philippe Dupont est directeur du développement durable de la Fonderie Horne.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Des résultats préoccupants

Pierre-Philippe Dupont considère d’ailleurs préoccupants les effets sur la population du dévoilement des résultats de l'étude de biosurveillance chez les enfants du quartier Notre-Dame.

C’est sûr que ça a soulevé certains inquiétudes aussi à travers les gens de la fonderie et c’est pour ça qu’on s’assure de vraiment poursuivre activement et on essaie d’accélérer notre programme de réduction des émissions atmosphériques pour s’assurer de minimiser l’impact qu’on a sur la communauté, assure-t-il. 

Passerelle faite de tôle qui monte vers une tour aussi faite de tôle.

La Fonderie Horne espère diminuer de 10 à 35 % ses émissions d'arsenic d'ici 2020.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Un plan d’action accéléré

Parmi les actions mises en oeuvre, il cite la construction de dômes ainsi que le pavage d’une partie des quelques 17 kilomètres de routes pour éviter que la poussière des concentrés de cuivre, qui contiennent de l'arsenic, ne soit soulevée. On parle de 4 à 5 % [de réduction des émissions d’arsenic], évalue M. Dupont en lien avec ce projet en cours de réalisation.

Trois édifices en forme de dôme blanc.

Du concentré de cuivre et des matières recyclées sont disposés sous ces dômes.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

À l’époque, le concentré qu’on recevait était entreposé à l’extérieur. Donc, c’était vraiment important pour nous de couvrir ça pour s’assurer qu’il n’y aurait pas d’effet du vent et d’emportement éolien de ce matériel-là. Donc plusieurs dômes ont été ajoutés au système, poursuit M. Dupont, précisant que quatre de ces dômes sont dédiés au concentré de cuivre et cinq autres aux matières recyclées.

Un autre projet vise aussi à réduire les émissions à la base, c'est-à-dire lors de la coulée du cuivre.

C'est un moment où le métal en fusion peut générer divers contaminants. On a déjà de la capture de gaz qui se fait là, mais on veut optimiser ça. On pense qu'on est capables d'aller optimiser la tire de ces gaz là pour s'assurer d'émissions de nature fugitives qui ont un impact sur le quartier Notre-Dame. C'est un de nos projets significatifs, on pourrait aller chercher une réduction de 10 à 30 % de nos émissions d'arsenic avec ce projet-là, poursuit Pierre-Philippe Dupont, précisant que ce projet devrait s’achever en 2020.

Un camion élévateur circule dans la fonderie.

La Fonderie Horne est en activité depuis 1927.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Des éléments de traitement des gaz, on en a de toutes les époques. On a une fonderie qui opère depuis 90 ans, donc on a différents éléments épurateurs. Le plus récent qu’on vient de mettre en oeuvre, c’est ce qu’on appelle le ESP-7, c’est un précipitateur électrostatique [dans lequel les gaz de traitement passent à travers des champs électriques et les particules ionisées sont collées et précipitées] qui a été mis en fonction en mars de cette année, soutient Pierre-Philippe Dupont, directeur du développement durable de la Fonderie Horne.

Des intrants qui contiennent de l’arsenic

Parce que les concentrés de cuivre traités par la Fonderie Horne contiennent déjà des particules d’arsenic, d’ailleurs indispensables, explique-t-on, au procédé métallurgique. Le directeur du développement durable en distingue deux catégories : le concentré dit vert qui ne contient que du cuivre et de la roche, aussi appelée la gangue, ainsi que le concentré complexe, qui contient en plus du cuivre divers autres métaux, dont de l’arsenic.

Des pancartes indiquent le port obligatoire du casque, des lunettes, des chaussures, de protecteurs auditifs et du masque.

Les employés doivent suivre les mesures de sécurité dans les différents secteurs de la fonderie.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

On a besoin d’avoir un minimum d’arsenic dans les anodes qu’on génère pour le procédé métallurgique, explique-t-il. On ne pourrait pas opérer avec zéro arsenic, ça c’est sûr. Et au niveau du plan d’affaires et de la façon dont on fonctionne, on est une fonderie qui est très éloignée des marchés, on doit absolument avoir ces concentrés complexes-là parce qu’avec du concentré vert, au niveau de la viabilité d’entreprise, ça ne serait pas viable ici.

Malgré ce qui est véhiculé par certains, les appareils électroniques recyclés à la Fonderie Horne ne contiennent peu ou pas d’arsenic. C’est une partie négligeable de l’arsenic qu’on reçoit, c’est vraiment pas un contributeur au niveau des enjeux qu’on a au niveau de l’arsenic, pas du tout, poursuit M. Dupont.

3 ng/m3, une norme impensable à atteindre

Et lorsqu’on lui demande s’il serait envisageable d’atteindre un jour la norme de trois nanogrammes d’arsenic par mètre cube d’air, le directeur du développement durable fait valoir que c’est impensable à court terme, admettons d’ici une dizaine d’années, que c’est tout simplement technologiquement irréalisable étant données les infrastructures qu’on a en place actuellement et notre procédé.

Cependant, il faut mentionner que oui on est à 98 à proximité de la fonderie, mais on a des stations de suivi partout au niveau de la ville, on en a une sur l’aréna Dave Keon qui est dans le milieu du quartier ici où on a des teneurs autour d’une dizaine de nanogrammes par mètre cube, ajoute-t-il. Donc, c’est quand même beaucoup plus acceptable que ce qu’on voit à la station qui est près de la fonderie. Donc plus on s’éloigne, plus on voit que les données sont bonnes finalement.

Vue des tuyaux surplombant la fonderie.

Les installations de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Il note d’ailleurs que l’étude de biosurveillance concernait aussi le plomb et le cadmium. On parle beaucoup de l’arsenic, mais au niveau du plomb, ce qui ressort de l’étude, c’est que la teneur en plomb est comparable à la moyenne nationale. Au niveau du cadmium, on était sous les moyennes nationales, donc on a eu beaucoup d’avancées, on a vraiment eu des bénéfices qu’on a vus des choses qu’on a mise en place à la fonderie, qualifiant par exemple d’avancée majeure la mise sur pied de l’usine d’acide sulfurique dans les années 1980, une initiative qui a permis la fixation de 96 % du dioxyde de soufre produit par la Fonderie.

C'est important de comprendre que plus on réduit, plus les projets sont complexes. Donc, les projets les plus faciles ont déjà été faits et tranquillement pas vite on va dans des projets où il y a une complexité technologique plus élevée.

Pierre-Philippe Dupont, directeur du développement durable de la Fonderie Horne

Il conclut que l’équipe du département d'environnement planche déjà sur le prochain plan de réduction des émissions d’arsenic et autres métaux lourds.

Abitibi–Témiscamingue

Environnement