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Au-delà de la ligne d'arrivée, courir pour sauver sa vie

Des coureurs sur une route devant la baie de Gaspé.

Les événements sportifs, comme les Ultratrail et le Raid international Gaspésie, peuvent avoir un impact important sur la vie des participants.

Photo : courtoisie J DEsjarlais

Catherine Poisson

Depuis quelques années, les événements sportifs sont de plus en plus nombreux et populaires en Gaspésie. Si l'impact de ce phénomène sur la santé des Gaspésiens est difficile à mesurer, plusieurs participantes assurent que ces événements ont changé leur vie.

En 2012, Jenny Laflamme a 32 ans, une fillette de huit ans et des projets plein la tête.

C'est aussi en 2012 que Jenny Laflamme voit la mort de près.

La Gaspésienne qui vit maintenant à Québec admet d'emblée qu'elle était complètement sédentaire et s'alimentait mal. Elle pesait alors 334 livres.

Jenny Laflamme sourit lors d'un événement sportif.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

C'est une crise d'angine qui lui a fait craindre le pire qui a convaincu Jenny Laflamme de changer son mode de vie.

Photo : Gracieuseté : Jenny Laflamme

À cette époque-là, il fallait que je mette mes deux pieds sur une même marche pour monter un escalier parce que 334 livres à 5 pieds 2, c'est rendu grave, déclare-t-elle.

Bien qu'elle sait qu'elle risque de développer des problèmes de santé, Jenny Laflamme ne prend réellement conscience de la gravité de sa situation que lorsqu'elle fait une crise d'angine et qu'elle croit mourir comme sa grand-mère maternelle, décédée à 47 ans d'une crise cardiaque.

Je me souviens de mes pertes de conscience, en plus de ma mère qui était au téléphone avec le 9-1-1 et qui a mentionné la phrase elle s'en va, je me suis dit : "Jenny, t'es en train de mourir" et j'entendais mon père dire : "elle va faire comme ma mère", raconte-t-elle.

Quand tu regardes ton enfant, que t'es monoparentale et que tu réalises que tu vas la laisser orpheline, ça devient difficile.

Jenny Laflamme

Quelques mois plus tard, en octobre 2012, Jenny Laflamme se prend en main et change complètement son alimentation.

Moins d'un an plus tard, en mai 2013, elle a déjà perdu 100 livres. Elle commence alors la marche, de manière très progressive, et en février 2014, elle a perdu 100 livres supplémentaires.

Sa perte de poids terminée, elle cherche un nouvel objectif et se met à la course, d'abord sur de petites distances, puis sur de plus longues distances. De fil en aiguille, elle adopte aussi la course en sentier, le vélo et la natation.

L'énergie contagieuse de la foule

Carburant au défi, l'entraînement en solitaire ne lui suffit pas et elle devient vite accro à l'adrénaline des événements comme les Ultratrail.

Elle a d'ailleurs complété son premier triathlon à Gaspé à l'été 2019.

La première discipline c'est 1,5 km dans l'eau salée. La première fois que j'ai ouvert les yeux j'étais rendue en plein milieu de la baie, je me suis demandée ce que je faisais là, mais j'entendais mon nom partout parce que tout le monde me connaît, raconte-t-elle.

Quand mon père m'a embrassée à la ligne d'arrivée, il m'a dit mais pourquoi vous faites ça? Le sentiment de dépassement quand tu vas au bout de toi, c'est tellement bon, ça te fait sentir vivant. Il faut le vivre.

Jenny Laflamme
Jenny Laflamme lors de l'Ultratrail du Mont-Albert. Elle sourit et lève un pouce en l'air en montrant sa médaille.

Jenny Laflamme se décrit comme la plus grande adepte de sport en Gaspésie.

Photo : Gracieuseté : Jenny Laflamme

Jenny Laflamme se décrit maintenant comme la plus grande junkie de sport de la Gaspésie et est ambassadrice de plusieurs événements sportifs dont l'Ultratrail du bout du monde, qui a lieu le 21 septembre au parc national Forillon.

Ces événements là, ça a changé ma vie au complet, de A à Z, ma manière de la voir et ma manière de la vivre, assure la sportive.

Le directeur de courses pour les Événements Gaspesia, Jean-François Tapp, constate également que les événements sportifs ont souvent un impact significatif sur la vie des participants. C'est sûr que les grands événements sportifs sont des moteurs d'inspiration et de changement d'habitudes de vie, soutient-il.

Se battre contre un ennemi invisible

Ces événements peuvent également soulager les maux physiques et psychologiques des gens qui vivent avec des problèmes de santé invisibles, comme les maladies auto-immunes.

C'est le cas de Rebecca Diaz, qui vit à Matane depuis bientôt deux ans.

Au début des années 2010, elle amorce la vingtaine le cœur léger. Très active, elle pratique la randonnée et travaille comme animatrice en plein air, jusqu'à ce que des symptômes inquiétants se manifestent.

J'ai commencé à avoir beaucoup de douleur et de fatigue, comme si je travaillais plus que la normale, mais je n'en faisais pas plus. Je tombais beaucoup sans rien faire de spécial, je pouvais me lever de mon lit et mes genoux lâchaient tout seuls, raconte-t-elle.

Rebecca Diaz consulte alors un médecin et après près d'un an de tests, en 2011, le diagnostic tombe : elle est atteinte d'un lupus érythémateux disséminé.

C'est comme si mon système s'attaquait à mon propre corps. Ça fait des symptômes comme beaucoup d'arthrite, de la fatigue chronique, des douleurs chroniques, ça peut atteindre mes organes aussi.

Rebecca Diaz

Elle est placée en arrêt de travail et débute de puissants traitements. L'adaptation est difficile et elle passe plusieurs années en sédentarité forcée.

Les activités quotidiennes normales, c'était lourd, je ne pouvais pas vraiment faire grand-chose, tout était vraiment difficile. Il y avait des journées où je pouvais à peine sortir du lit, explique-t-elle.

Rebecca Diaz affiche un grand sourire en montrant sa médaille de l'Ultratrail du bout du monde et une licorne en peluche.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rebecca Diaz soutient que l'activité physique permet de soulager ses douleurs physiques.

Photo : Gracieuseté : Rebecca Diaz

En 2016, ses traitements s'améliorent et elle arrive à reprendre une vie normale, mais il est évident que sa carrière en plein air est terminée. Elle retourne alors aux études en thanatologie au Cégep de Rosemont, à Montréal.

Elle complète sa toute première course en 2017, le 3 km de l'Ultratrail du bout du monde, et réalisera un nouveau défi le 21 septembre en complétant le parcours de 7 km au même événement.

Ce n'est vraiment pas dans mes cordes de faire de la course en sentier, ou de courir point, c'est quelque chose qui m'a toujours fait peur parce qu'on m'a toujours dit que c'était dur sur les articulations, sur les genoux, et j'ai beaucoup d'arthrite sur les genoux, souligne-t-elle.

Un baume pour les articulations et le moral

Malgré ces avertissements, Rebecca trouve plutôt dans le sport un soulagement physique et mental.

Il y a un côté de moi qui se disait que si je suis capable de courir, je devrais le faire parce que j'ai vu c'est quoi ne pas être capable de bouger. Ma maladie ne prend pas le dessus sur ma vie.

Rebecca Diaz

Plus je bouge, mieux je me sens, autant au niveau mental que physique. J'en ai besoin. Tant que je bouge, je n'ai pas mal. Si j'arrête de bouger, je recommence à avoir mal, constate-t-elle.

Rebecca devra vivre avec sa maladie toute sa vie, mais aujourd'hui, en plus de son travail et de la course, elle s'est remise à la randonnée et joue au ultimate frisbee de façon régulière.

L'impact des événements sportifs sur la santé de la population est difficile à mesurer. Selon les données de la Direction de santé publique, la proportion des adultes actifs a peu augmenté depuis 2003, autant en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine qu'au Québec en général.

En 2014-2015, 35 % de la population de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine est active dans ses loisirs et déplacements.

Source : Direction de santé publique Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

Le directeur de courses pour les Événements Gaspesia, Jean-François Tapp, affirme toutefois constater que de plus en plus de gens expriment la volonté de se remettre en forme et d'adopter de saines habitudes de vie.

Le porte-parole du Raid international Gaspésie, Daniel Labillois, abonde dans le même sens et estime que la popularité des événements sportifs y est pour quelque chose. Le Raid a eu beaucoup d'impact. Je n'ai pas de statistiques fermes, mais à l'œil je dirais qu'il y a eu une démocratisation de ce type d'activité physique, observe-t-il.

Quoi qu'en disent les données, sur le terrain, les histoires inspirantes sont si nombreuses que Jean-François Tapp s'est mis à les prendre en note et promet en riant qu'il en fera éventuellement un livre.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Événements sportifs