•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les partis se prononcent sur une éventuelle coalition

Montage photo montrant une version altérée de la Chambre des communes du Canada.

Deux partis fédéraux, soit le Bloc québécois et le Parti conservateur du Canada, s'opposent à la formation éventuelle d'un gouvernement de coalition.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Brigitte Bureau

Durant la campagne électorale, la journaliste d'enquête Brigitte Bureau répond à vos questions.

Face à ce qui semble être un coude-à-coude entre libéraux et conservateurs jumelé à la présence de quatre autres partis qui pourraient changer la donne le 21 octobre, plusieurs se posent des questions quant à un éventuel gouvernement minoritaire.

Par exemple, un internaute de Val-d'Or a soumis la question suivante :

En 2011, Stephen Harper suggérait qu'un gouvernement de coalition est illégitime. Comme ce scénario demeure dans le domaine du possible si on devait élire un gouvernement minoritaire, j'aimerais savoir ce qu'en pensent aujourd'hui les différents chefs de partis.

Deux non et quatre oui, mais...

Nous avons soumis la question de notre internaute à six partis politiques, y compris certaines plus petites formations, puisque celles-ci pourraient détenir la balance du pouvoir le 21 octobre prochain, advenant l'élection d'un gouvernement minoritaire.

Les deux non

Le Bloc québécois et le Parti conservateur se montrent défavorables à une quelconque alliance.

La réponse du Bloc est sans équivoque : Au Bloc québécois, nous n'avons pas l'intention d'être partie prenante d'une coalition gouvernementale. Que ce soit un gouvernement majoritaire, minoritaire ou de coalition, le Bloc québécois ne votera et ne travaillera que pour les intérêts du Québec.

De son côté, le Parti conservateur ne répond pas directement à la question, mais semble écarter l'idée de collaborer avec d'autres partis pour former un gouvernement. Notre objectif est clair : remplacer Justin Trudeau et former un gouvernement conservateur majoritaire le 21 octobre », écrit-il.

Dans sa réponse, le Parti rappelle les paroles de son chef, Andrew Scheer : Ce n'est pas le Bloc qui va remplacer Justin Trudeau, car ils seront toujours des spectateurs impuissants, qui jouent aux gérants d'estrade. Et le Parti conservateur ajoute que ce n'est pas non plus le Parti vert ni le Nouveau Parti démocratique qui peuvent remplacer, selon lui, les libéraux.

Les quatre oui, mais...

Le NPD répond clairement à la question de l'internaute : Les coalitions et les accords de confiance et d'appui budgétaire sont des outils légitimes au sein de notre système parlementaire.

Le NPD ferme toutefois la porte à une entente avec le Parti conservateur. Il dit vouloir travailler avec des partis qui reconnaissent et militent pour le droit des femmes d'avoir accès à l'avortement et les droits des gens LGBTQ2S. Par conséquent, ceci exclut les conservateurs des possibilités.

Les coalitions sont légitimes dans le parlement de Westminster, comme au Canada, a répondu également le Parti vert. Il note qu'en Colombie-Britannique, notamment, le Parti vert a conclu une entente avec le gouvernement minoritaire néo-démocrate.

Lors d'entrevues, la chef du Parti vert fédéral, Elizabeth May, a répété que son parti était prêt à collaborer avec n'importe quel gouvernement, à la condition que celui-ci s'engage à adopter des changements radicaux pour limiter le réchauffement climatique.

La réponse du Parti populaire est aussi très claire : M. Bernier considère qu'un gouvernement de coalition est tout à fait légitime dans un régime parlementaire comme le nôtre, fondé sur la confiance de la Chambre, a-t-il affirmé. Mais le Parti populaire n'a pas indiqué s'il avait une préférence quant à la couleur du gouvernement.

Le Parti libéral ne répond pas directement à la question, mettant plutôt de l'avant la façon dont il dit avoir gouverné durant son mandat. Nous avons toujours essayé de trouver un consensus avec les partis d'opposition pour faire avancer les choses et apporter le changement que nous avions promis aux Canadiens, écrit-il.

Le Parti affirme avoir confiance et croire que les Canadiens feront le choix d'avancer, ajoute-t-il en référence à son slogan de campagne.

Image montrant Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh, Yves-François Blanchet, Elizabeth May et Maxime Bernier.

Les chefs des six formations interrogées sur leur position concernant une coalition : Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh, Yves-François Blanchet, Elizabeth May et Maxime Bernier.

Photo : La Presse canadienne

Retour dans le temps

Dans sa question, notre internaute—qui a une très bonne mémoire—rappelait les propos de Stephen Harper, en 2011, selon lesquels un gouvernement de coalition est illégitime.

En effet, durant la campagne électorale de 2011, le premier ministre conservateur, Stephen Harper, avait accusé le Parti libéral, le NPD et le Bloc québécois de vouloir former un gouvernement de coalition, ce qu'il avait qualifié à l'époque d'illégitime.

Les pendules à l'heure

Un expert en institutions politiques et professeur de sciences politiques retraité de l'Université Laval, Louis Massicotte, remet les pendules à l'heure. Selon lui, un gouvernement de coalition est tout à fait légitime et constitutionnel dans notre régime parlementaire britannique.

Il rappelle que le Royaume-Uni a lui-même connu des gouvernements de coalition, dont celui du premier ministre conservateur David Cameron avec les libéraux démocrates, de 2010 à 2015.

M. Massicotte explique qu'il existe différents types de collaboration possibles, à commencer par le gouvernement de coalition à proprement parler.

Sa marque distinctive, c'est qu'il inclut en son sein des ministres venant de partis politiques différents, précise M. Massicotte. Il ajoute que ce type de gouvernement est rare au Canada, mais qu'il y en a déjà eu, en Saskatchewan notamment.

Photo portrait de Louis Massicotte.

Louis Massicotte est expert en institutions politiques et professeur retraité de sciences politiques à l'Université Laval.

Photo : Université Laval

Ce qu'on a vu le plus souvent au Canada, c'est ce qu'on appelle le gouvernement minoritaire. M. Massicotte explique qu'il s'agit d'un gouvernement qui est formé de ministres d'un seul parti et qui essaie de se maintenir au pouvoir de deux façons possibles.

La première : Il est prudent, il essaie de ne pas trop contrarier le Parlement et il attend le moment propice pour déclencher des élections.

La deuxième : Il négocie une sorte de pacte avec un autre parti. Le tiers parti s'engage à appuyer le gouvernement sur telle et telle politique essentielle. Le gouvernement, en retour, s'astreint à un certain programme politique, incluant des mesures sur lesquelles évidemment il est moins enthousiaste que son partenaire.

Ottawa-Gatineau

Politique fédérale