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Des observateurs inexpérimentés surveillent l'impact de la prospection pétrolière sur la vie marine

Une baleine bleue dans l'océan.

Les observateurs de mammifères et d'oiseaux marins sont engagés pour reconnaître et documenter la présence d'espèces menacées, comme la baleine bleue, lors des relevés sismiques.

Photo : iStock

Patrick Butler

Des scientifiques sonnent l’alarme sur le déploiement d’observateurs inexpérimentés pour surveiller l’incidence environnementale de la prospection pétrolière au large de Terre-Neuve.

Plusieurs observateurs chevronnés notent qu’ils ont récemment travaillé avec des effectifs n'ayant aucune expérience professionnelle hormis une ou deux formations de quatre jours.

Ces cours, offerts par l'entreprise Edgewise Environmental, comprennent une seule journée de formation sur le terrain. Il n’y a aucune condition préalable pour s’y inscrire.

Les règlements fédéraux exigent qu’un observateur qualifié et formé à l’identification des espèces de mammifères et d’oiseaux marins soit à bord des navires sismiques lorsque ceux-ci utilisent des canons à air pour cartographier le fond marin.

Mais l’expérience professionnelle et la formation nécessaire pour agir à titre d’observateur de la vie marine ne sont aucunement définies par ces mêmes directives.

L’expérience professionnelle est tellement importante pour n’importe quel autre poste sur le bateau. On ne peut pas travailler comme ingénieur sans être ingénieur, lance Stephanie Leger, observatrice de mammifères et d'oiseaux marins.

Tous les observateurs contactés par Radio-Canada notent que les espèces menacées sont régulièrement mal identifiées par les effectifs novices. Certains animaux passent inaperçus. Les données recueillies sur les répercussions des essais sismiques risquent donc d’être compromises.

Des responsabilités de taille

Selon les directives du ministère des Pêches et des Océans, les observateurs marins doivent être présents sur un bateau sismique lors de l’utilisation des canons à air, appelés « bulleurs ». Ces bulleurs déchargent brusquement de l’air comprimé qui pénètre le fond marin.

Les observateurs sont chargés d’assurer qu’une zone de sécurité autour des bulleurs soit libre de tout mammifère et de toute tortue avant que le début des essais sismiques.

Si, par la suite, l’observateur repère une espèce menacée ou en voie de disparition aux environs de la zone d’exclusion, toute activité sismique doit être suspendue.

Des offres d’emploi de l’agence de recrutement Dovre, affichées plus tôt cette année sur la plateforme LinkedIn, indiquent que les observateurs de la vie marine disposent de l’autorité de reporter ou d’annuler des activités sismiques de plusieurs millions de dollars.

Plusieurs offres d’emploi de Dovre notent qu’un diplôme en biologie n’est pas nécessaire pour devenir observateur de vie marine, mais que les candidats devraient avoir de l’expérience en matière d’identification des mammifères et des oiseaux marins.

Dovre n’a pas répondu aux courriels de Radio-Canada.

C’est une base de départ

Un biologiste de l'Université Memorial, Ian Jones, explique que des années d’expérience sont nécessaires avant qu'un observateur soit en mesure de recueillir des données d’une manière rigoureuse et quantitative.

Les observations se font sur un navire ballotté de tous bords par un environnement extrêmement hostile. Ce que l’on observe est extrêmement difficile à voir, interpréter et identifier.

Ian Jones, biologiste à l'Université Memorial

Ashley Noseworthy, la fondatrice d’Edgewise, affirme que ses cours n’ont pas été conçus pour certifier des experts de l’observation, mais afin d'établir une norme minimale pour les observateurs à Terre-Neuve.

C’est une base de départ, explique-t-elle, rappelant également qu’elle n’exerce aucun contrôle sur la formation en milieu de travail, offerte aux nouveaux observateurs par les entreprises qui les embauchent.

Avant la création du cours d'Edgewise, il y a un an, il n’existait aucune formation destinée spécifiquement aux observateurs qui travaillent au large de Terre-Neuve. Les seuls cours du genre étaient donnés à l'étranger. Les entreprises peuvent également donner des formations en interne.

Flou dans les règlements

L’Office Canada–Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers (OCTNLHE), l’agence indépendante qui réglemente les activités de l’industrie pétrolière de la province, exige que les observateurs formés dans l’observation des mammifères et des oiseaux marins suivent des protocoles créés par le ministère des Pêches et des Océans et par le Service canadien de la faune.

Enseigne de l'Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers.

En ce qui concerne les qualifications des observateurs, l'Office Canada–Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers se fie sur des protocoles créés par le ministère des Pêches et des Océans ainsi que par le Service canadien de la faune.

Photo : Radio-Canada / CBC

Les directives de Pêches et Océans n’obligent pas les observateurs à recevoir une formation spécifique. Nous ne supervisons pas la formation et l'expérience des observateurs des mammifères marins, indique une porte-parole du ministère.

Une porte-parole du Service canadien de la faune, une agence fédérale, indique que son protocole sur les observateurs d’oiseaux recommande que ces derniers suivent une formation théorique et pratique, et qu’ils soient formés par des observateurs expérimentés.

Cependant, elle a précisé que l’agence ne supervise pas l’approbation des observateurs pour les navires sismiques ou les plateformes pétrolières réglementées par l'OCTNLHE.

Besoin de renforcer les règlements?

Le gouvernement fédéral devrait renforcer les règles et éliminer le flou qui permet aux observateurs inexpérimentés de travailler sur les navires sismiques, soutient Ashley Noseworthy.

Il n’y a personne qui enfreint les règles parce que tout le monde suit l’énoncé des pratiques canadiennes [de Pêches et Océans]. Par exemple, l’OCTNLHE s’assure qu’elles [les entreprises sismiques] embauchent des observateurs de mammifères et d’oiseaux. Pour les qualifications et le reste, “qualifié” n’a toujours pas été défini, explique-t-elle.

Si on n’établit pas les normes, l’industrie va tout simplement dire : “OK, voici les règles et les règlements qu’il faut suivre”. [...] L’énoncé des pratiques canadiennes doit être plus clair.

Ashley Noseworthy, observatrice et fondatrice d'Edgewise Environmental

Comparaisons internationales

Depuis 2012, le Marine Mammal Observer Association (MMOA), un groupe international, indique qu’un simple certificat de formation n’était pas suffisant pour travailler comme observateur de vie marine (Nouvelle fenêtre).

Le MMOA soutient que tout observateur devrait avoir de l’expérience professionnelle en matière d’identification et d'observation des mammifères marins, et dans la collecte et le traitement des données.

D’autres pays, notamment la Nouvelle-Zélande et l’Australie, ont des politiques beaucoup plus strictes sur les qualifications des observateurs de vie marine. En Nouvelle-Zélande, par exemple, les observateurs marins doivent recevoir une formation certifiée par le ministère de la Conservation. Par la suite, ils doivent être jumelés à un observateur expérimenté pendant au moins 12 semaines.

Chaque semaine, les données recueillies par les observateurs de la vie marine au large de Terre-Neuve sont communiquées à l’OCTNLHE par les entreprises exploitant les bateaux sismiques. Ces rapports comprennent un sommaire des observations effectuées.

Un rapport sommaire définitif est soumis à l’agence à la fin de chaque projet de prospection sismique. Ces rapports indiquent combien de fois les essais sismiques auraient été arrêtés ou reportés lors du projet. Selon l’OCTNLHE, les arrêts ont lieu quelques fois pour de très courtes durées.

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Politique fédérale