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L'environnement dans la mire des jeunes électeurs

Des jeunes qui manifestent, brandissant des pancartes.

En mai 2019, des dizaines de jeunes avaient manifesté à Toronto pour dénoncer l'inaction des gouvernements en matière d'environnement. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Fanny Geoffrion

Camille Feireisen

Alors que débute une semaine d'action mondiale pour le climat, ponctuée de rassemblements organisés par des groupes environnementalistes aux quatre coins du globe, de jeunes Canadiens espèrent faire entendre leurs préoccupations à un mois du scrutin fédéral en rappelant que leur poids pèse dans la balance électorale.

Levi Marshall et Neave Wright prennent une pause avant leur prochain cours sur le campus de l'Université Ryerson, à Toronto. Les discussions sur les élections commencent à devenir une routine dans leurs conversations.

À 21 ans, ils voteront pour la première fois le 21 octobre pour des élections fédérales. Ils font partie d'une tranche d'âge importante des électeurs : les 18-34 ans, qui représentent plus de 7,2 millions d'électeurs, soit 26,5 % de l'électorat canadien cette année, selon Élections Canada.

L'idée qu'ils représentent un poids démographique capable d'influencer la politique canadienne les réjouit, à condition toutefois que les partis politiques se penchent sur l'une de leurs préoccupations principales : l'environnement et les changements climatiques.

Nous sommes tout un bloc à voter. C'est dans le plus grand intérêt du Canada de faire appel à nous, car nous pourrions devenir un sérieux problème pour les partis qui ne se soucient pas de l'environnement dans leurs propositions.

Neave Wright, 21 ans
Leva Marshall et Neave Wright.

Neave Wright (à gauche) et Levi Marshall (à droite)

Photo : Radio-Canada

Levi Marshall, qui vient de la Première Nation de Membertou, en Nouvelle-Écosse, cite en exemple le problème d'accès à l'eau potable dans certaines communautés autochtones ainsi que celui de la mobilité durable.

Je suis né dans une réserve, il n'y a quasiment rien comme transport, pas de tramway, pas de train, cela prend des heures pour se rendre d'un point A à un point B, déplore-t-il.

Je vais regarder de près les propositions de transports des partis, ainsi que ce qu'ils prévoient faire pour lutter contre les changements climatiques.

Levi Marshall, 21 ans

Neave Wright, elle, exige du prochain premier ministre de faire payer les gros pollueurs, comme les entreprises. J'aimerais aussi qu'il y ait plus d'incitatifs pour l'énergie verte, ajoute-t-elle.

Les deux jeunes pensent que le Parti vert et le Nouveau Parti démocratique (NPD) sont des leaders sur la question de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le NPD s'est engagé à réduire les GES de 38 % par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2030, tandis que les verts veulent les réduire de 60 % d’ici 2030, soit le double des cibles actuelles de 30 % fixées par l’Accord de Paris.

Les libéraux et les conservateurs se sont quant à eux engagés à atteindre les objectifs de l'Accord de Paris.

Les libéraux vont dans la bonne direction, mais sont trop modérés dans leur approche, par exemple pour l'interdiction du plastique à usage unique, pourquoi attendre 2021 et pas le faire tout de suite? demande Neave.

Yasmine Hadid étudie en économie et politique publique de l'environnement à l'Université d'Ottawa. À 18 ans, elle fait partie des 663 159 Canadiens ajoutés au Registre national des électeurs depuis le dernier scrutin, en 2015, selon Élections Canada.

Je porterai une attention particulière aux propositions pour contrer les GES, la taxe carbone et plus d'investissements dans le développement durable, indique-t-elle.

Pour elle, aucun doute que le Parti vert se différencie des autres.

Yasmine Hadid, finissante du Collège français de Toronto.

Yasmine Hadid, étudiante en première année à l'Université d'Ottawa, pourra voter pour la première fois cette année.

Photo : Radio-Canada

[Le Parti vert] reconnaît le sentiment d'urgence. Leur proposition d'éliminer 60 % des GES d'ici 2030 est plus efficace que ce qui est proposé par les autres partis. Il faut planifier et reconnaître que cela presse.

Yasmine Hadid, 18 ans

Un consensus revient au fil de ces discussions : la taxe carbone imposée par le gouvernement Trudeau.

C'est une bonne chose. Il faut que ce soit national et même aller de l'avant et aller plus loin, en faisant payer plus les gros pollueurs, estime Neave Wright.

Notre dossier Élections Canada 2019

De 16 à 28 ans, des optimismes différents

Pour Wes Pilkington, ce ne sera pas un premier vote. À 28 ans, le jeune homme estime aussi que la priorité, c'est l'environnement.

Si ce n'est pas notre planète la chose la plus importante, alors qu'est-ce que cela peut-être?

Wes Pilkington, 28 ans
Wes Pilkington

Wes Pilkington

Photo : Radio-Canada

Il se dit toutefois pessimiste et déçu du manque de décisions politiques fortes au cours des dernières années.

À l'opposé, Linden Thomas, 16 ans, a intégré le mouvement de jeunes Fridays for Future à Toronto pour agir. Bien qu'elle ne pourra pas voter cette année, elle estime que les jeunes de son âge sont très informés sur la politique et les questions climatiques.

C'est une responsabilité que nous avons tous, l'environnement. On est nés avec, ce n'est pas une question d'être intéressés ou non.

Linden Thomas, activiste de l’environnement, Fridays for Future Toronto
Linden Thomas, 16 ans.

Linden Thomas, 16 ans

Photo : Radio-Canada

L'adolescente se dit inquiète, mais tente de penser positivement et de trouver des solutions. Elle aimerait par exemple qu'il y ait plus d'incitatifs pour encourager l'utilisation des énergies renouvelables.

Même si Linden Thomas ne fait pas entièrement confiance au vote des personnes plus âgées, qui se sentent moins dans l'urgence, elle garde espoir.

J'espère que ceux qui iront voter vont penser à la mobilisation sur les changements climatiques et seront informés. Il y a beaucoup de jeunes de 18-25 ans donc j'espère qu'ils voteront en faveur de l'environnement, dit-elle.

Le poids de l'influence des jeunes

Pour le sociologue Jacques Hamel, le sentiment défaitiste de Wes Pilkington n'a rien d'étonnant. Peut-être que les gens qui ont la trentaine sont plus sceptiques et pessimistes, indique-t-il.

À l'inverse, l'entrain de la jeune Linden Thomas n'est pas non plus surprenant. Selon lui, les adolescents de 14-18 ans sont sensibilisés aux changements climatiques depuis plus jeunes, et ils sont aussi inspirés par la figure de proue du mouvement environnementaliste, Greta Thunberg.

Leur engagement dans le mouvement environnementaliste pourrait d'ailleurs influencer les générations qui les précèdent, selon lui.

Jacques Hamel.

Jacques Hamel

Photo : Gracieuseté

Ces adolescents de 14-15 ans ont le pouvoir d'influencer durant les élections et ont un rôle à jouer, parce qu'ils engagent des conversations avec leurs parents, les questionnent sur leur avenir. Ils veulent aussi interpeller les partis en se mobilisant.

Jacques Hamel, sociologue

M. Hamel considère que les partis ne devront pas négliger cette tranche de la population, qu'elle soit en âge de voter ou à l'aube de son premier vote. Ils sont informés, ils remettent en cause les programmes des partis politiques et ne veulent pas être les victimes de l'insouciance des générations précédentes, souligne-t-il.

Des partis à l'écoute?

Ils [les partis] commencent peut-être à prendre conscience de notre poids électoral, mais ça manque encore de discussion estime Yasmine.

Je ne pense pas qu'ils [les partis] s'adressent à notre génération en priorité, surtout quand ils mettent l'accent sur l'économie et la baisse d'impôt.

Yasmine Hadid, 18 ans

De son côté, Leva Marshall pense que les gens réalisent que le changement climatique est réel.

En Nouvelle-Écosse, on a planté des palmiers l'an dernier, cette année on a eu l'ouragan Dorian. On les remarque, les changements climatiques, et on ne sait pas comment réagir pour y faire face, dit-il, pointant le fait que selon lui, les chefs des principaux grands partis proposent quand même tous des mesures pour l'environnement.

Dans l'attente de mesures plus ambitieuses, ces jeunes disent tous faire des efforts pour tenter d'agir, à leur échelle. Je vais au magasin en vrac, je ne prends plus de plastique à usage unique, rapporte Neave Wright. Je fais du vélo, je réutilise tout ce que je peux, renchérit Linden Thomas.

Les jeunes se rendront-ils aux urnes?

Mais s'ils disent avoir hâte d'exercer leur droit de vote, le taux de participation des jeunes de 18-24 ans demeure généralement plus bas que celui des autres groupes d'âge.

En 2015 toutefois, ils avaient été 57 % des 18-24 ans à être allés voter, soit une augmentation de 18,3 points de pourcentage par rapport à 2011.

Il reste à savoir si ce record établi depuis 2004 pourrait être reconduit cette année.

En attendant, en pleine campagne fédérale, les candidats devront sans doute répondre aux jeunes qui prévoient se rendre dans les rues à partir du vendredi 20 septembre, à l'appel de la jeune environnementaliste Greta Thunberg, qui sera quant à elle à Montréal le 27 septembre.

Partout au Canada, des étudiants et des écoliers se sont d'ailleurs déjà dits en faveur d'une grève pour le climat les vendredis 20 et 27 septembre, y compris à Toronto.

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