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Inquiétude autour des changements dans la surveillance des sables bitumineux en Alberta 

Vue aérienne de boues noires déversées dans un grand bassin de décantation.

La structure chargée de surveiller la pollution des sables bitumineux albertains est revue pour la troisième fois en cinq ans.

Photo : Reuters / Todd Korol

Radio-Canada

Un scientifique qui a assuré la surveillance des émissions polluantes en Alberta, Bill Donahue, quitte la province inquiet d’une possible baisse de la qualité des données environnementales en raison d’un nouveau changement dans l’organisation de l’administration provinciale.

La semaine dernière, les employés du ministère de l'Environnement albertain ont été informés que la division de la science et de la surveillance de l’environnement, que M. Donahue a dirigée dans le passé, allait disparaître. Elle sera intégrée dans une nouvelle structure.

Le service chargé des changements climatiques va disparaître aussi.

Si j’en crois mon expérience, cela va déboucher sur des programmes perturbés. Peut-être des coupes supplémentaires dans les budgets, un manque de direction claire, pas de leadership scientifique précis, ce genre de choses, affirme Bill Donahue, qui a été responsable de la surveillance de l’environnement au sein du ministère albertain, avant de quitter ses fonctions en 2019.

En entrevue, il explique qu’il craint de voir la qualité de la surveillance environnementale baisser encore, ce qui pourrait empêcher le grand public de comprendre l’effet de la pollution des sables bitumineux et des activités industrielles du secteur.

Si nous n'avons pas la surveillance adéquate ou appropriée, nous ne serons jamais capables de dire que les décisions sont efficaces ou que les politiques permettent d’atteindre les buts fixés.

Bill Donahue, ancien responsable de la surveillance de l’environnement au sein du ministère de l'Environnement
Portrait de Bill Donahue, photographié de face dans un jardin.

Bill Donahue a dirigé le programme de surveillance environnementale de la province entre 2015 et 2019.

Photo : Radio-Canada / Terry Reith

Trois changements en cinq ans

Il estime que la surveillance avait déjà été affaiblie quand l’ancien gouvernement NPD avait intégré au sein du ministère l’ancienne agence indépendante Alberta Environmental Monitoring, Evaluation and Reporting Agency (AEMERA), chargée de la surveillance et de l’évaluation de l’environnement. Il a été un des vice-présidents de l’AEMERA et le responsable de la surveillance environnementale.

L’agence environnementale avait été créée en 2014 après qu’une équipe de scientifiques dirigée par le chercheur David Schindler, aujourd’hui retraité, eut prouvé que la pollution des sables bitumineux n’était pas bien détectée et que les politiques avaient influé sur les informations diffusées.

Dans le passé, le problème, c’était que le politique se mêlait de la science et s’assurait que rien de vraiment scientifique ne se faisait.

David Schindler, chercheur en écologie à la retraite

L’ancien chercheur craint un retour à la case départ pour la surveillance scientifique. Tout ce qui peut déraper dans les sables bitumineux est maintenant soumis à la censure politique. Cela fait en sorte que le grand public ne saura pas si ce qu’on entend est de la propagande ou la vérité, dit-il.

Changement de ton

Les deux hommes soulignent que ces changements se produisent alors que le nouveau gouvernement Kenney s’est lancé dans une croisade pour défendre la réputation des sables bitumineux en Alberta.

Une des premières décisions a été la création d’une équipe de communication dotée de 30 millions de dollars pour diffuser un point de vue positif sur l’industrie pétrolière et pour remettre en cause certaines des critiques formulées contre le secteur.

L’Alberta a aussi lancé une enquête publique sur le financement étranger d’un groupe d’organisations critiques à l’endroit des sables bitumineux.

Bill Donahue relève que le gouvernement a attribué à cet effet un budget supérieur à celui consacré à la surveillance environnementale des sables bitumineux. J’imagine que ça nous dit où sont les priorités en matière de surveillance et de science, dit-il.

Le budget sera maintenu

Dans un communiqué, le ministère de l’Environnement affirme que la réorganisation annoncée va renforcer la surveillance des sables bitumineux.

La nouvelle division va permettre une collaboration accrue entre les scientifiques qui travaillent sur les poissons, la faune et la flore, la science et la surveillance environnementale, la prédiction des inondations et les modèles d’effets cumulatifs, affirme le communiqué.

Le gouvernement albertain assure aussi qu’il n’a aucunement l’intention de réduire les sommes consacrées à la surveillance environnementale. La division qui vient d’être dissoute a reçu 20,4 millions de dollars l’an dernier.

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