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Mort de baleines noires : une interdiction du crabe canadien est réclamée aux États-Unis

La baleine sur le dos. On voit ses fanons.

La baleine noire surnommée « Wolverine » a été la première trouvée morte dans les eaux canadiennes cette année. Elle était âgée de 9 ans.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Fahmy

Radio-Canada

Des groupes environnementaux américains demandent à leur gouvernement d’interdire l’importation du crabe des neiges canadien lorsque la nouvelle loi sur la protection des mammifères marins aux États-Unis entrera en vigueur, en 2022.

Ces groupes se basent sur cette loi pour réclamer des mesures supplémentaires de protection de la baleine noire de l’Atlantique Nord au Canada.

Les États-Unis, en vertu de leur nouvelle loi, pourront interdire l’importation de produits marins provenant de pays qui n’ont pas de mesures comparables aux leurs pour protéger les mammifères marins.

Une vingtaine de baleines noires ont été trouvées mortes dans les eaux du Canada atlantique au cours des trois dernières années. L’empêtrement des baleines dans de l’équipement de pêche au crabe et des collisions avec des navires ont été mis en cause dans certains cas.

Le crabe des neiges doit être interdit, selon des organismes américains

Nous croyons en ce moment qu’au moins le crabe des neiges du Canada doit être interdit aux États-Unis, affirme la directrice du Center for Biological Diversity, Sarah Uhlemann.

Ce groupe basé à Seattle est l’un des neuf signataires d'une lettre envoyée mardi à la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA) pour lui demander de faire pression sur le Canada. Les auteurs de la lettre veulent que le Canada resserre ses mesures de protection de la baleine noire s’il veut éviter que certaines exportations soient interdites aux États-Unis et s’il veut appuyer la conservation d’une espèce menacée.

Un casier de crabe des neiges a été retiré de la carcasse remorquée à Miscou.

Un casier de crabe des neiges a été retiré d'une carcasse de baleine noire remorquée à Miscou en 2017.

Photo : CBC/Shane Fowler

Le Canada a mis en oeuvre plusieurs nouvelles mesures de conservation depuis 2017, l’année durant laquelle 12 baleines noires ont été trouvées mortes dans ses eaux. Ces mesures comprennent la fermeture de la pêche dans une partie du golfe du Saint-Laurent, la fermeture temporaire d’autres secteurs de pêche quand des baleines noires s’y trouvent, une limite de vitesse imposée aux navires, le marquage de l'équipement de pêche au crabe, une réduction du nombre de cordages flottants employés dans les pêches, etc.

Le Canada accusé de ne pas protéger suffisamment la baleine noire

Dans leur lettre, les groupes environnementaux demandent au gouvernement des États-Unis de reconnaître «l’échec» du Canada quant à l'adoption de mesures de protection similaires à celles imposées aux pêcheurs américains, dont le marquage presque universel des engins de pêche, l’utilisation de cordages qui ne flottent pas et une réduction plus sévère des prises accessoires dans les secteurs que fréquentent les baleines noires.

Les groupes accusent aussi le Canada de ne pas être à la hauteur d’une norme américaine sur le nombre de baleines noires qui peuvent mourir sans entraîner l’extinction de l’espèce.

Il faut que moins d’une baleine noire meure par année, explique Mme Uhlemann. Elle dit qu’au Canada, en moyenne ces trois dernières années, plus de deux baleines noires sont mortes par année empêtrées dans de l’équipement de pêche au crabe des neiges.

L’industrie canadienne du homard est aussi montrée du doigt

Les environnementalistes américains soutiennent aussi que le Canada ne protège pas suffisamment les baleines noires des risques associés aux pêches à engins fixes à l’extérieur du golfe du Saint-Laurent, ce qui comprend la pêche au homard au sud de la Nouvelle-Écosse et dans la baie de Fundy.

La fermeture de zones de pêche a déjà été imposée dans deux secteurs, l’un au large de la Nouvelle-Écosse, l’autre dans la baie de Fundy. Les plus grandes zones de pêche au homard de la Nouvelle-Écosse sont fermées lorsque des baleines noires s’y trouvent.

Le bateau vogue sur l'eau alors que le soleil se lève.

Un bateau de pêche quitte West Dover, en Nouvelle-Écosse, lors de l’ouverture de la pêche dans les zones 33 et 34.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Les groupes environnementaux américains estiment pour leur part que la fermeture de zones ne doit pas dépendre uniquement des activités de surveillance et des décisions du ministère des Pêches et des Océans.

Des mesures de protection et de réduction des prises accessoires sont nécessaires dans tout le couloir migratoire des baleines dans les eaux canadiennes, selon Sarah Uhlemann.

Elle dit que des baleines noires sont mortes empêtrées dans de l’équipement de pêche au homard en 2004 et en 2008 dans les eaux canadiennes. Elle ajoute que les pêcheurs de homard canadiens n’ont pas à marquer leur équipement.

Le Conseil canadien du homard réplique que l’industrie a pris des mesures pour protéger la baleine noire. Le directeur de l’organisme, Geoff Irvine, affirme que la fermeture systématique que réclament les groupes américains nuirait trop à l’économie de nombreuses collectivités côtières sans réduire les risques pour les mammifères marins.

L’industrie du homard souhaite comme tous les Canadiens que le rétablissement de la baleine noire de l’Atlantique Nord demeure une priorité, ajoute M. Irvine.

Le Canada répond aux critiques

Le ministère des Pêches et des Océans rappelle qu’il a réduit les risques pour la baleine noire associés aux engins de pêche et aux navires.

Les mesures prises par le Canada tiennent compte des meilleurs avis de scientifiques et d’autres partenaires, dont la NOAA, des experts, des universitaires, des organismes non gouvernementaux et des communautés autochtones, souligne un porte-parole du ministère, Robin Jahn.

Sur une plage, une dizaine de scientifiques s'affairent sur la carcasse échouée et autour de celle-ci.

Des biologistes et des techniciens ont étudié la carcasse de plusieurs baleines noires dans l'espoir de déterminer les causes de leur mort.

Photo : CBC/Gabrielle Fahmy

L’environnementaliste Sean Brilliant, de la Fédération canadienne de la faune, ne croit pas que les normes soient moins élevées au Canada. Par exemple, dit-il, les pêcheurs de homard du Maine n’ont pas à marquer leur équipement déposé dans les eaux près de la côte.

Mais étant donné la découverte de huit baleines noires mortes dans les eaux canadiennes cette année, M. Brillant juge que les demandes des groupes environnementalistes américains ne sont pas étonnantes.

Il est possible que le gouvernement américain fasse quelque chose en ce sens, selon lui. Il croit que le gouvernement du Canada, l’industrie des pêches et les organismes non gouvernementaux doivent continuer de chercher des solutions pour éviter la mort prématurée de baleines noires.

D’après un reportage de Paul Withers, de CBC

Nouvelle-Écosse

Protection des espèces