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En coulisses avec Jagmeet Singh, le chef du NPD

Jagmeet Singh et une femme mangent de la poutine.

Qui dit visites politiques dit dégustation de mets locaux. Ici, une poutine au PoutineFest, à Saint-Hyacinthe.

Photo : Radio-Canada

Christian Noël

À sa première campagne électorale comme chef d'un parti fédéral, Jagmeet Singh aura fort à faire pour stabiliser, voire renverser l'impression d'une trajectoire descendante pour le Nouveau Parti démocratique. Pour triompher de ses adversaires, M. Singh dit miser sur son endurance. Reportage.

Jagmeet Singh discute avec des étudiants de l'Université McGill depuis près d’une heure. Une conseillère vient doucement lui tirer la manche pour lui indiquer qu’il faut quitter. Il continuera pendant encore 20 minutes. Le rituel se répète après chaque événement de campagne.

L’endurance a toujours été ma force, explique le chef, de retour dans l’autobus entre deux événements. Quand je faisais des combats d’arts martiaux mixtes, c’était ma stratégie : épuiser mon adversaire durant les premiers rounds et prendre le dessus par la suite.

Séance de selfie de Jagmeet Singh avec des étudiants universitaires.

De passage à l'Université McGill, Jagmeet Singh en a profité pour se faire prendre en photo avec plusieurs étudiants.

Photo : Radio-Canada

De l’endurance, le chef néo-démocrate en a besoin en début de campagne. Il part bon troisième derrière les libéraux et les conservateurs dans les sondages, et le Parti vert n’est pas loin derrière, en quatrième place. Le slogan du NPD est « On se bat pour vous », les gens ordinaires, les plus démunis, monsieur-madame Tout-le-monde.

Mais le NPD se bat aussi pour sa propre survie, au Québec (où il a perdu 43 sièges en 2015), en Ontario (où il a été rayé de la carte à Toronto) et en Colombie-Britannique (où les verts représentent une véritable menace, notamment sur l’île de Vancouver).

Défi : se faire connaître

Le défi de Jagmeet Singh est de se faire connaître de l’électorat. Son équipe saisit toutes les occasions de le mettre en contact avec les gens, « parce que c’est dans ce contexte qu’il brille le plus, qu’il peut montrer sa personnalité », selon ses conseillers.

Que ce soit au marché public de Kingston, au festival de la tarte d’Oshawa ou au PoutineFest de Saint-Hyacinthe, le chef se laisse parfois aller. Il danse au rythme de la musique, fait des blagues avec les passants et participe à des jeux de fêtes foraines, comme le jeu de la mailloche, pour montrer qu’il peut être « l’homme fort du Québec ».

Jagmeet Singh devant un jeu installé dans une fête foraine.

De passage dans divers festivals et autres événements populaires, le chef du NPD prend parfois le temps de s'amuser.

Photo : Radio-Canada

De retour dans l’autobus de campagne – qu’il partage avec les journalistes, faute d’argent pour avoir son propre véhicule –, il s’arrête fréquemment pour discuter de choses et d’autres ou s’informer d’un membre de la famille. Et à la fin de la journée, lors des longs trajets entre deux villes ou deux provinces, il participe à une séance de karaoké improvisée, afin de détendre l’atmosphère.

L’autre défi de Jagmeet Singh, c’est qu’il doit faire campagne avec peu de moyens. Les coffres du parti ne sont plus remplis à ras bord. Pour l’instant, le NPD doit même voyager sans avion de campagne. Tous les déplacements se font en autobus.

Encore une fois, Jagmeet Singh trace un parallèle avec son passé. Je ne suis pas un homme né dans la richesse, confie le chef. Quand j’étais jeune, j’ai dû commencer à travailler très jeune afin de prendre soin de mon frère, de ma sœur et de mes parents.

Les longs trajets en autobus lui permettent parfois de discuter stratégie, de faire des appels ou parfois de faire une sieste au fond de l’autobus.

Mais quand il doit faire cinq heures de route pour se rendre d’Ottawa à Verner (dans le nord de l’Ontario) afin de faire une apparition au concours international des labours, c’est cinq heures de temps perdu à ne pas faire campagne.

Alors que certains de ses adversaires ont parfois quatre ou cinq événements par jours, Jagmeet Singh se limite souvent à deux ou trois arrêts.

Jagmeet Singh lors d'une assemblée politique.

Le chef néodémocrate a multiplié les rencontres populaires pour vanter son programme et son parti.

Photo : Radio-Canada

« On aimerait voir plus de monde »

Quand Jagmeet Singh prend un bain de foule, il attire inévitablement l’attention. À l’occasion, les gens le confondent avec le ministre de la Défense nationale, Harjjit Sajjan (qui porte aussi le turban). Parfois, le premier contact se fait attendre.

Mais quand une première personne l’arrête pour discuter ou prendre une photo, cela entraîne un petit mouvement de foule. Jagmeet Singh semble adorer ces moments de la campagne, et répond aux badauds avec plaisir.

Mardi soir, à Sudbury, c’est une foule de 150 personnes qui accueille Jagmeet Singh pour une série de questions-réponses avec le public. De nombreuses questions touchent les compressions faites par le gouvernement Ford : les services aux enfants autistes, l’aide sociale et l’aide juridique.

Bien souvent, toutefois, la taille de certains rassemblements partisans laisse à désirer. C’est sûr qu’on aimerait voir plus de monde, confiait une militante venue rencontrer son chef à Saint-Hyacinthe.

Jagmeet Singh a passé deux jours au Québec cette semaine. Lors de la deuxième journée, il a passé quatre heures de temps à se préparer pour les débats des chefs en français et pour ses entrevues avec la radio et la télé de Radio-Canada.

Je pense qu’on a beaucoup d’appuis ici au Québec, des candidats recrutés qui sont tellement forts, et on a un plan, le plus complet et le plus cohérent, répète le chef, même si les récents sondages placent son parti sous la barre des 8 % au Québec.

Jagmeet Singh semble particulièrement fier de ses deux nouvelles recrues, le cinéaste Hugo Latulippe et l’ex-chef du Parti vert du Québec, Éric Ferland, des écologistes convaincus qui pensent que le NPD est le meilleur parti pour l’environnement, aime-t-il répéter.

Une façon pour le parti d’essayer de repousser les avancées des verts, qui menacent certains acquis néo-démocrates, notamment en Colombie-Britannique.

Jagmeet Singh pose une main sur un tracteur.

Le chef néodémocrate est allé jusqu'à conduire un tracteur lors d'une foire agricole.

Photo : Radio-Canada

Mardi après-midi, Jagmeet Singh, en jeans et bras de chemise, conduisait un tracteur de fermier au Concours international des labours, à Verner, près de Sudbury. C’est un rituel politique important en Ontario. Chaque année, en septembre, l’Assemblée législative suspend même ses travaux pour permettre aux députés d’y assister.

Un bébé s'accroche à la barbe de Jagmeet Singh.

La prise de bébés dans ses bras est un incontournable dans toute campagne électorale.

Photo : Radio-Canada

Autre bain de foule, autres photos. Cette fois avec un bébé d’à peine un an, qui s’accroche à sa barbe avec son petit poing fermé.

La mère s’excuse, mais Jagmeet Singh sourit. Ça va dit-il, il faut que je m’habitue, mon épouse et moi espérons avoir des enfants bientôt.

Hey, Monsieur Singh, bonjour!, lancent plusieurs agriculteurs et agricultrices à son passage, avant de lui serrer la main.

Mais quelques-uns, une minorité, sont un peu plus réservés. Voulez-vous le rencontrer?, se fait demander une dame. Non, ça va, répond-elle.

On est encore indécis, confie une autre agricultrice. Je trouve que le NPD a pas mal descendu en popularité. Les libéraux et les conservateurs sont pas mal à égalité, puis les verts se rapprochent.

C’est une hésitation qu’on ressent parfois en discutant avec les gens, une fois que le chef s’éloigne. Il est chaleureux, j’aime bien cet homme, mais c’est dommage que son parti n'aille nulle part, indique un homme qui vient de lui serrer la main.

Il a quand même de bonnes chances, lance une femme à ses côtés. Il y en a des divers de tous les coins du monde, il a autant de chances que n’importe qui d’autre.

Un peu plus loin, une autre personne est même allée jusqu’à dire j’aime son parti, j’aime son programme, mais je ne suis pas prêt à voter pour quelqu’un qui porte un turban au poste de premier ministre.

Questionné plus tard à ce sujet lors d’un rassemblement à Sudbury, le chef néo-démocrate avait une réponse toute prête. Toute ma vie, des gens m’ont dit "je n’aime pas votre turban", répond Jagmeet Singh. Ma mère m’a enseigné que contre les préjugés et la négativité, il faut toujours essayer d’utiliser l’amour, proclame-t-il sous les applaudissements de la foule.

À la sortie, les gens l’attendent pour des égoportraits. Une dame dit à une autre : J’ai bien aimé sa réponse sur le racisme.

L’endurance et l’amour aident peut-être Jagmeet Singh à gagner des cœurs. Le chef néo-démocrate espère aussi que ce sera suffisant pour lui faire gagner des votes.

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