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Le Mindhunter derrière la série télévisée

Rencontre avec John Douglas, l'inventeur du profilage criminel au FBI, dont le parcours professionnel a inspiré l'un des personnages principaux de Mindhunter.

Le reportage de Philippe Leblanc

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

Philippe Leblanc

Les meurtriers en série et autres criminels violents continuent de fasciner une grande part du public. Le nombre de téléséries, documentaires et baladodiffusions sur le sujet qui ont été diffusés ces dernières années en témoigne. L'exemple le plus récent est la série Mindhunter, diffusée sur la plateforme Netflix, qui dresse un portrait psychologique de tueurs en série et retrace la création de l'unité d'analyse comportementale au Federal Bureau of Investigation (FBI) dans les années 70. La série fait jaser sur le web et récolte de nombreux éloges.

Qu'est-ce qui explique, selon vous, cette fascination du public pour les tueurs en série?

Les meurtriers parlent comme nous et nous ressemblent. Le public est curieux et veut comprendre leurs motivations. Il y a de plus en plus de baladodiffusions sur le sujet, car c'est vendeur. La majorité des personnes qui regardent ces émissions sont des femmes. Elles veulent comprendre ces meurtriers, car elles sont les victimes de tant de crimes semblables.

Qu'est-ce qui vous a poussé vers l'analyse comportementale des criminels?

Ça m'a toujours fasciné. J'ai étudié ce sujet à l'université. Lorsque j'étais agent du FBI à Détroit et à Milwaukee à mes débuts, je posais beaucoup de questions aux criminels lorsque j'effectuais des arrestations. Lorsque j'appréhendais un voleur de banque, je voulais savoir pourquoi il avait choisi cette succursale-là et ce moment précis de la journée.

Un jour, un criminel m'a dit que c'était en lui; qu'il ne pouvait pas changer ou être compris. Ça m'a marqué. Je me suis dit que j'essaierais de les comprendre. Lorsque je me suis retrouvé à Quantico, à l'âge de 32 ans, j'écoutais nos instructeurs dans les salles de cours du FBI et je me disais qu'ils comprenaient tout de travers.

Je me suis dit que je devais leur enseigner à comprendre la psychologie des criminels violents. Si on peut déterminer comment et pourquoi un crime a été commis, on peut identifier des coupables potentiels.

Photo d'archives représentant les trois hommes.

John Douglas (à droite) et son partenaire Robert Resler (à gauche) lors de leur rencontre avec le meurtrier en série Ed Kemper (au centre) au California State Medical Facility.

Photo : FBI

C'est ce qui vous a poussé à vouloir rencontrer et interviewer les tueurs en série notoires des États-Unis?

Lorsque j'allais sur la route pour enseigner les méthodes du FBI aux corps policiers, je disais à mon partenaire qu'on devait aller cogner aux portes des prisons.

Allons voir si Charles Manson, Ed Kemper et David Berkowitz (alias le fils de Sam) sont prêts à nous parler.

John Douglas

Pourquoi pas? On pourrait apprendre beaucoup d'eux, découvrir leurs points en commun et dresser des profils psychologiques pour ensuite prévenir certains crimes. La seule chose, c'est qu'on devait le faire en secret, sans demander la permission du FBI. C'est plus facile de demander pardon si on se fait gronder par la suite!

Comment faites-vous pour amener un tueur en série à se confier?

J'affiche une fausse empathie et je suis optimiste. Je ne le contrarie pas et je ne le rabaisse pas. Je le laisse me dominer, car les crimes sont souvent commis pour une question de contrôle et de pouvoir. Vous êtes de ma grandeur, mais je m'abaisserai pour vous donner l'impression de me dominer.

Tout doit être planifié, et il ne faut pas prendre de notes, car ces types sont souvent paranoïaques. Je m'assure qu'ils ne sont pas assis devant une fenêtre, car ils doivent se concentrer sur moi. Par exemple, lorsque j'ai rencontré Charles Manson, qui mesure 5 pieds 2, je me suis assuré qu'il pouvait s'asseoir sur la table ou sur le dossier de sa chaise.

Le personnage de Holden Ford écoute un personnage qu'on voit de dos.

Dans la série Mindhunter, l'acteur Jonathan Groff joue le rôle de l'agent Holden Ford, inspiré par John Douglas.

Photo : Netflix

La naissance de l'unité du profilage criminel au FBI s'est-elle faite aisément?

Nous n'avions pas le plein appui du FBI au début, mais en 1979, on nous a assigné 50 cas. L'année suivante, nous en avions 100. Tout a déboulé par la suite, avec les crimes violents en explosion aux États-Unis. Nous avons obtenu plus de ressources et d'agents. Mais nous avons longtemps été sous-financés et méprisés par le FBI.

La surcharge de travail et le poids émotionnel des entrevues avec les assassins étaient immenses. J'ai failli y laisser ma peau.

John Douglas

En 1983, je me suis effondré dans ma chambre d'hôtel à Seattle. Je suis demeuré sur le plancher de ma chambre pendant quatre jours. J'ai subi une lésion au cerveau et je me suis retrouvé dans le coma pendant une semaine. Quand j'en suis sorti, j'étais paralysé du côté gauche. Ma famille avait même commencé les préparatifs pour mes funérailles; ça vous donne une idée!

Vous êtes retraité du FBI depuis plus de 20 ans, mais travaillez-vous encore dans le domaine?

Je viens en aide à certains corps policiers, mais je me consacre beaucoup aux personnes faussement accusées. J'ai aidé la famille de la jeune JonBenét Ramsey, que le FBI pourchassait à tort. Les agents m'en veulent encore. J'ai aussi été consultant pour le dossier d'Amanda Knox, en Italie.

Puis je viens souvent chez vous, au Canada. Je donne de la formation aux agents de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA). Vos agents enquêtent sur la cruauté animale. C'est un des gros signaux d'alarme lorsque ce type de comportements survient chez les enfants. On voit ça souvent chez les criminels violents.

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