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Les États-Unis réclament en justice les recettes des mémoires d'Edward Snowden

Edward Snowden, portant des lunettes, regardant vers le bas, au cours d'une allocution prononcée par vidéoconférence.

Edward Snowden a publié ses mémoires mardi.

Photo : Reuters / Brendan McDermid

Radio-Canada

Le gouvernement américain allègue que l'ancien sous-traitant des renseignements américains Edward Snowden a violé des accords de confidentialité en publiant ses mémoires sans lui donner au préalable la possibilité de les réviser.

Le département de la Justice a déposé mardi une plainte au civil devant un tribunal fédéral d'Alexandria, près de Washington, contre Edward Snowden, ancien employé de l'Agence centrale de renseignement (CIA) et ancien sous-traitant de l'Agence nationale de la sécurité (NSA) qui, en 2013, a révélé au grand jour l'existence d'un programme massif de surveillance hautement confidentiel mené par les services secrets américains.

Il reproche au lanceur d'alerte le plus connu de la planète de ne pas avoir soumis à la NSA et à la CIA pour révision son livre Permanent Record (traduit en français par Mémoires vives), publié mardi dans une vingtaine de pays, contrairement à ce que prévoyaient des ententes conclues avec les deux agences.

La capacité des États-Unis à protéger les informations sensibles relatives à la sécurité nationale dépend du respect de leurs obligations par les employés et les sous-traitants, a soutenu le procureur général adjoint, Jody Hunt, dans un communiqué.

Nous ne permettrons pas aux individus de s'enrichir aux dépens des États-Unis, sans se conformer à leurs obligations d'examen avant publication.

Jody Hunt, procureur général adjoint des États-Unis

Dans sa poursuite, le département de la Justice indique qu'il n'entend pas limiter la distribution du livre, mais cherche, en guise de dédommagement, à récupérer tous les produits de sa vente, les revenus d'éventuelles adaptations cinématographiques de même que les sommes touchées pour les interventions publiques du lanceur d'alerte.

Le département affirme que les discours rémunérés prononcés par Edward Snowden au cours des dernières années, faits sans l'aval de ses anciens employeurs, violent eux aussi ses engagements.

Le livre et les discours de Snowden ont causé du tort aux États-Unis en érodant la confiance envers la CIA et la NSA alors que celui-ci s'est injustement enrichi dans le processus, peut-on lire dans la plainte.

Le gouvernement américain réclame aussi une injonction d'urgence pour empêcher l'éditeur américain de verser des fonds à l'auteur avant que la cause ne soit entendue.

Un bon coup de publicité

L'éditeur devrait imprimer des extraits de la poursuite sur la couverture de tous les exemplaires, a ironisé sur Twitter M. Snowden.

C'est difficile d'imaginer une meilleure preuve d'authenticité qu'une poursuite du gouvernement américain affirmant que votre livre dit tellement la vérité qu'il était littéralement illégal de l'écrire.

Edward Snowden

Son avocat Ben Wizner, de l'American Civil Liberties Union (ACLU), une organisation américaine de défense des droits et libertés, allègue que le livre ne contient pas de secrets qui n'ont pas encore été rapportés par les médias.

Si M. Snowden avait cru que le gouvernement réviserait son livre en toute bonne foi, il l'aurait soumis à son examen. Mais le gouvernement continue de répéter que les faits qui sont connus et qui ont fait l'objet de discussion dans le monde entier sont encore classifiés d'une manière ou d'une autre, a-t-il fait valoir dans un communiqué.

L'ACLU et le Knight First Amendment Institute, qui défend la liberté d'expression et de la presse, ont intenté plus tôt cette année une action en justice contestant la constitutionnalité du processus de révision exigé par le gouvernement. Une telle obligation donne au gouvernement le droit de supprimer la liberté d'expression, soutiennent les deux organisations.

Risquer sa liberté

Dans ses mémoires, Edward Snowden, qui a finalement trouvé refuge en Russie après avoir été accusé d'espionnage et de vols de secrets d'État par le gouvernement américain, raconte pour la première fois sa vie en détail et explique pourquoi il a choisi de risquer sa liberté pour sonner l'alerte.

L'homme de 36 ans, qui a levé le voile sur son identité quelques jours après avoir fourni ses informations au Guardian et au Washington Post, précise notamment comment il en est venu à révéler des détails secrets sur la collecte massive, au nom de la sécurité nationale, de courriels, d'appels téléphoniques et d'activités numériques par le gouvernement américain.

Ses six années au service de la CIA et de la NSA l'ont conduit à conclure que le secteur du renseignement américain avait « piraté la Constitution » et mis en péril la liberté de chacun, affirme-t-il.

Edward Snowden, qui avait d'abord trouvé refuge à Hong Kong, tente dans son ouvrage de situer ses préoccupations dans un contexte contemporain : il sonne l'alarme au sujet de ce qu'il considère comme « des efforts déployés par les gouvernements du monde entier pour délégitimer le journalisme, supprimer les droits de la personne et soutenir des mouvements autoritaires ».

Moscou lui a accordé l'asile politique jusqu'en 2020.

Plus tôt cette année, Ottawa a accordé l'asile à deux des sept sans-papiers qui avaient caché le célèbre lanceur d'alerte américain lors de sa cavale à Hong Kong.

Avec les informations de Associated Press, et AFP

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