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Le Cri de Nacera Belaza : la liberté de ne pas réfléchir

Une femme d'origine franco-algérienne est vêtue de noir, devant un fond noir, et porte un foulard fleuri.

« Soit on fait des choses qu’on maîtrise, soit on arrive à se mettre en situation où on va provoquer des choses qui nous échappent un peu. » - Nacera Belaza

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Christelle D'Amours

Deux danseuses qui répéteront le même mouvement sur scène pendant 45 minutes. Ne cherchez pas de sens, de message caché, ni d’interprétation quelconque à la pièce Le Cri. Il n’y en a pas. La chorégraphe Nacera Belaza invite plutôt le public à faire le vide, dans le cadre de Cinédanse Ottawa 2019, les 17 et 18 septembre.

C’est lors d’une représentation à l’Institut du monde arabe de Paris que Nacera Belaza a eu une révélation : un groupe d’hommes et de femmes, épaule à épaule, se sont balancés sur scène au son d’un chant traditionnel algérien en suivant le même mouvement pendant près de deux heures.

J’ai été, mais vraiment, sidérée par l’intensité et la qualité de l’écoute du public qui ne toussait pas, qui ne sortait pas son portable, qui ne se levait pas pour aller aux toilettes.Tous ces petits gestes nerveux qu’on fait dans une salle parce qu’on se sent oppressés, ça s’est complètement dissipé.

Nacera Belaza, chorégraphe

J’ai arrêté de chorégraphier à ce moment-là, raconte-t-elle. C’était en 2008.

La même année, Le Cri a permis à Nacera Belaza de remporter le prix de la révélation chorégraphique du Syndicat professionnel de la critique de théâtre, musique et danse, en France. Depuis, sa chorégraphie, dans laquelle elle partage la scène avec sa soeur, a fait le tour du monde.

Une photo en noir et blanc de deux femmes aux traits similaires.

« Le Cri » rassemble sur scène la chorégraphe franco-algériennne Nacera Belaza et sa soeur Dalila.

Photo : Avec la gracieuseté de Cinédanse

Cette semaine, le public d’Ottawa peut voir la création de l’artiste franco-algérienne à deux reprises, les 17 et 18 septembre, au LabO de la Cour des arts d’Ottawa à l’occasion de Cinédanse 2019.

Libres de ne pas penser

Quand Nacera Belaza crée une pièce, le spectateur est au coeur de sa démarche. Elle ne veut pas lui imposer une perception ou une image, mais cherche plutôt à le laisser vivre ce qui se passe sur scène en tant que partie intégrante du spectacle.

C’est la clé, selon elle, pour conserver l’attention du spectateur. Tout comme les danseurs algériens le faisaient dans leur danse traditionnelle. Ça ne tenait pas à ce qui se passait sur le plateau. Ça tenait à l’état de ces interprètes et, surtout, leur volonté d’être avec, et non pas en face du public, précise Mme Belaza.

« Pièce charnière » du répertoire de la chorégraphe, Le Cri est la première d’une série de créations qui entrent en relation avec le spectateur en faisant fi d’un « commerce d’idées ou d’échange ».

Leur conceptrice est d’avis qu’en voulant donner un sens, en collant des évidences sur un spectacle, un quatrième mur se crée.

On se met à décrypter la danse à un niveau qui n’est pas le bon. Moi, je dis toujours qu’on se met à danser quand le mental se tait.

Nacera Belaza, chorégraphe

Au moment où l’on fouille avec la tête : ''Ça va où, ça me raconte quoi, qu’est-ce que je dois en tirer?’’ [...] on a perdu tous ces liens, tous ces canaux avec lesquels on pouvait se relier au public, dit-elle. Le moment où l’on ne se pose plus de questions, pour moi, c’est l’indice d’une très grande justesse.

Ainsi, il n’y a aucune leçon sous-entendue dans Le Cri. Et c’est justement ce qui a fait sa popularité partout dans le monde, surtout en Occident, selon Nacera Belaza.

C’est comme si l'on donnait la possibilité au spectateur de ne pas utiliser le mental et il en était presque reconnaissant, conclut l’artiste.

deux femmes dansent sur une scène en enchaînent un mouvement répétitif dont on voit les relais sur l'image.

Dans « Le Cri », le mouvement est le même durant 45 minutes, mais il s'amplifie et s'accélère.

Photo : Avec la gracieuseté de Cinédanse / Agathe Poupeney

On est tellement abreuvés d’images formatées qu’il n’y a plus d’espace vide dans l’être humain, ou très peu de disponibles. Et donc l’art, aujourd’hui, puisque son rôle change au fil des époques, c’est peut-être de recréer ces espaces-là.

Nacera Belaza, chorégraphe

La Procession

Les interprètes des chorégraphies de Nacera Belaza doivent aussi faire le vide dans leur esprit pour laisser toute la place à l’expression corporelle. La créatrice n’imagine plus une succession de mouvements au son de la musique, mais écrit désormais ce qu’elle appelle une partition intérieure.

Je ne travaille que sur l’état de l’interprète, sur ce qui grandit en lui, ce qui vit en lui, explique Mme Belaza.

Tout comme Picasso disait « Je ne cherche pas, je trouve », la chorégraphe fait la rencontre de ses oeuvres à mi-chemin entre son intuition et son inconscient.

Souvent, j’ai ce sentiment en voyant une pièce : elle devait exister. Je le portais en moi, je la reconnais. C’est assez troublant.

Nacera Belaza, chorégraphe

Celle qui affirme se couper de toute influence pour créer y voit la liberté. J’irai au bout de ce que je dois produire, même si ça doit déplaire, parce que je crois en un autre type de relation avec le public, déclare Nacera Belaza.

Une femme vêtue de mauve danse sur scène dans un mouvement répété dont on voit les lignes sur l'image.

« Je remercie mes études et mes lecture de m’avoir fait comprendre que la liberté, ce n’était pas de gambader dans l’espace mais vraiment de pouvoir pouvoir toutes choses sur soi. » - Nacera Belaza

Photo : Avec la gracieuseté de Cinédanse / Gregory Lorenzutti

Elle se plaît d’ailleurs à offrir des spectacles déambulatoires une ou deux fois par année, question de rassembler et de ne pas aller voir un spectacle de façon individuelle.

Samedi, dès 17 h 30, La Procession permettra à des étudiants en théâtre de l’Université d’Ottawa de prendre part à l’oeuvre de la Franco-Algérienne. J’aime créer un moment d’écoute et de rassemblement où ça ne fait pas peur d’être dans un groupe, mentionne-t-elle.

Le public pourra suivre et même participer au spectacle qui commencera au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) et se terminera à la Cour des arts d’Ottawa.

POUR Y ALLER
Le Cri - 17 et 18 septembre au LabO de la Cour des arts d'Ottawa
La Procession - 21 septembre à la Pointe Nepean, derrière le MBAC

Ottawa-Gatineau

Danse