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Retrouver 60 yacks en cavale : cauchemar estival à la Ferme Bos G

Les propriétaires cherchent encore quelques yacks plus de deux mois après que les animaux ont pris la clé des champs.

Des yacks dans un champ bordé par la forêt.

Les 60 yacks qui composent le troupeau de la Ferme Bos G se sont enfuis le 1er juillet.

Photo : Avec l'autorisation de la ferme Bos G

Isabelle Larose

Depuis le 1er juillet, les propriétaires de la Ferme Bos G, à Saint-Elzéar, remuent ciel et terre pour retrouver leurs 60 yacks qui ont pris la fuite. Après des semaines de recherches, la majorité des bêtes ont été retrouvées, mais quatre courent toujours dans la nature.

On vit sur l’adrénaline depuis deux mois et demi, lance Jean-Guy Duchesne, propriétaire de la Ferme Bos G avec sa conjointe, Guylaine Babin.

Le 29 juin dernier, le couple, prêt pour la retraite, met officiellement en vente son troupeau de yacks après 16 ans d'élevage. Mais le processus de vente sera rapidement complexifié.

Le lendemain, au réveil, les agriculteurs s’aperçoivent que tous leurs animaux ont disparu des pâturages.

Alarmés, les propriétaires repèrent un trou dans leurs cinq kilomètres de clôture. Les yacks ont arraché la clôture, explique Jean-Guy Duchesne, les poteaux ont été cassés et, à partir de ce moment-là, ils sont partis en cavale, les soixante!

Jean-Guy Duchesne est photographié devant son troupeau de yacks.

Jean-Guy Duchesne élève des yacks avec sa conjointe, Guylaine Babin, depuis 2003, à Saint-Elzéar.

Photo : Avec l'autorisation de la ferme Bos G

Jean-Guy Duchesne estime que l’état de ses clôtures n’est pas en cause : C’est moi qui fais les clôtures et elles sont terriblement bien faites. Il croit plutôt à un effet d’entraînement causé par un jeune yack qui aurait pu se faufiler de l’autre côté de la clôture.

C’est une malchance, ça n’est jamais arrivé en 16 ans!

Jean-Guy Duchesne, copropriétaire de la Ferme Bos G

Comme les assurances agricoles ne couvrent pas ce type de perte, les éleveurs se sont rapidement lancés dans une course folle à la recherche de leurs yacks.

Au bas mot, 120 000 $ venaient de disparaître dans la forêt gaspésienne.

Une cavale tenue secrète du grand public

Les éleveurs ont alerté la Sûreté du Québec ainsi que les ministères de la Faune et de l’Agriculture de la fuite de leurs animaux. Toutefois, ils n’ont pas voulu diffuser l’information dans les médias pour éviter que des badauds envahissent Saint-Elzéar ou que certains s’improvisent cowboys.

Si on avait publicisé, explique M. Duchesne, c’est certain qu’on aurait eu plus de circulation autour de Saint-Elzéar et ce n’est pas ça qu’on voulait. On voulait rester tranquille pour ne pas apeurer les animaux.

La nouvelle a quand même circulé sur les médias sociaux. Les résidents du secteur étaient invités à contacter les propriétaires lorsqu'ils apercevaient des animaux.

Des yacks sur une route asphaltée.

Cette photo a été publiée sur la page Facebook de la Ferme Bos G par un citoyen qui a croisé des yacks sur la route.

Photo : Facebook Ferme Bos G

Les yacks sont originaires du Tibet et du Népal, explique Jean-Guy Duchesne. Ils sont habitués à voyager beaucoup. La première chose qu’ils ont faite, c’est de prendre les hauteurs. Ils ont monté au 21e kilomètre du chemin des Grottes et au 15e kilomètre de la rivière Bonaventure.

Lundi soir, plus de deux mois après le début de la cavale, les propriétaires ont retrouvé leur 56e yack. La bête fugueuse se trouvait à Saint-Alphonse, à 45 kilomètres de la ferme.

Vue aérienne de la Ferme Bos G.

La Ferme Bos G est située dans un milieu forestier, dans l'arrière-pays de Bonaventure, ce qui complique les recherches.

Photo : Avec l'autorisation de la ferme Bos G

Bien qu’un mâle adulte pèse 680 kilos (1500 lb) et soit pourvu de longues cornes, Jean-Guy Duchesne soutient que ces animaux, considérés comme domestiques par le ministère de la Faune, ne constituent pas un danger pour la sécurité.

L'éleveur déconseille toutefois de s’en approcher pour éviter que les animaux ne se sentent menacés. Le mot d’ordre en cas d’observation : situer l’endroit précis où se trouve l’animal et contacter aussitôt la Ferme Bos G.

Des opérations complexes

Trouver un yack dans la forêt ou les montagnes gaspésiennes et réussir à le contenir dans un endroit accessible à une remorque afin de le rapatrier à la ferme : voilà le défi qui se présente quotidiennement depuis le 1er juillet.

Un yack mange dans une remorque.

Certains yacks ont été appâtés avec de la nourriture placée dans une remorque.

Photo : Avec l'autorisation de la ferme Bos G

Même si les quatre derniers yacks toujours en fuite ont été repérés dans un périmètre de cinq kilomètres de la ferme, les ramener au bercail n’est pas chose simple.

Heureusement, les copropriétaires de la Ferme Bos G peuvent compter sur une trentaine de bénévoles qui participent aux opérations de recherche. Grâce aux réseaux sociaux, ils sont en constante communication depuis le 1er juillet.

Chaque jour, explique Jean-Guy Duchesne, il y a des gens qui rapportent des observations. Lorsqu’on a plus de 60 % de chance d’attraper l’animal, on pèse sur le bouton panique et, en 10 minutes, on a une vingtaine de personnes mobilisées.

Un yack tiré par une corde devant une remorque.

Certains yacks ont été récupérés grâce à une prise au lasso.

Photo : Avec l'autorisation de la ferme Bos G

Chaque tentative de récupérer un animal est unique et peut nécessiter plusieurs jours de traque : prise au lasso, encerclement d’un yack avec un enclos temporaire ou appâtage des bêtes avec de la nourriture laissée dans une remorque font partie des scénarios.

Dans notre équipe de bénévoles, on a un sous-groupe qu’on appelle "les cowboys". Ils ont vraiment une expérience de vie qui leur permet de manier le lasso.

Jean-Guy Duchesne, copropriétaire de la Ferme Bos G

Il y a une très belle entraide, admet M. Duchesne, résident de Saint-Elzéar depuis 2003. Nous autres, on ne connaissait pas vraiment les gens de Saint-Elzéar. On travaille toujours et on est dans nos affaires. Mais je peux te dire que, maintenant, on a beaucoup plus d’amis qu’on avait.

La chasse et l’arrivée de l’hiver

C’est l’ouverture prochaine de la période de chasse qui a convaincu Jean-Guy Duchesne de faire une sortie médiatique pour récupérer ses quatre derniers yacks évadés. ll va y avoir beaucoup plus d’yeux qui vont être capables de nous aider, croit-il.

Il demande aux chasseurs qui fréquentent les environs de Saint-Elzéar d’être particulièrement vigilants avant d'abattre un animal afin de s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un de ses yacks et de signaler toute observation.

Un chasseur.

Jean-Guy Duchesne demande aux chasseurs de signaler toute information liée à ses yacks, même un abattage accidentel.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Jean-Guy Duchesne a bon espoir de rapatrier tous ses animaux avant l’arrivée de l’hiver.

Ce n’est qu’une question de temps, les animaux vont se tanner. Il n’y aura plus de foin ni de blé dans les champs.

Jean-Guy Duchesne, copropriétaire de la Ferme Bos G

De la neige au sol tôt cet automne pourrait aussi permettre de pister plus facilement les animaux et de mieux comprendre leurs allées et venues.

Processus de vente du troupeau

Malgré tout, la Ferme Bos G a maintenu ses démarches de vente durant les recherches. Trente bêtes prendront bientôt la route vers une ferme de Bolton, en Estrie.

Deux autres acheteurs potentiels pour le reste du troupeau se sont désistés en raison de la cavale des animaux.

Jean-Guy Duchesne est convaincu que d’autres intéressés vont se manifester, sans quoi les bêtes restantes devraient prendre la route de l’abattoir dans les prochains mois pour servir de viande de boucherie.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Agriculture