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analyse

Faut-il revenir au déficit zéro? 

Le ministres des Finances Bill Morneau en compagnie de son patron, le premier ministre Justin Trudeau.

Le ministres des Finances, Bill Morneau, en compagnie de son patron, le premier ministre Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Gérald Fillion

Quand Paul Martin et Lucien Bouchard parlaient d’équilibre budgétaire, ils le faisaient à une époque où le redressement des finances publiques – à Ottawa pour l’un et à Québec pour l’autre – était considéré comme urgent. Aujourd’hui, les perceptions ont changé. 

D’un côté, on va vous dire, durant la campagne, que l’économie va bien, que les finances publiques sont en ordre et qu’il faut investir dans l’économie. Et, donc, qu'il n’est pas urgent de revenir à l’équilibre. Le faire rapidement, vous dira-t-on, nécessitera de nouvelles mesures d’austérité, semblables à celles adoptées à l’époque du premier ministre Stephen Harper. 

De l’autre, on vous rappellera que le Parti libéral avait promis un retour au déficit zéro avant la fin de son mandat, que le gouvernement Trudeau a engendré 70 milliards de dollars de déficit et qu’une telle approche est irresponsable. Les conservateurs promettent un retour à l’équilibre budgétaire, alors que les libéraux refusent pour l’instant d’établir une cible pour le déficit zéro.

Mais, fait nouveau, même les conservateurs ont choisi de repousser dans le temps leur promesse de revenir à l’équilibre budgétaire. Le chef Andrew Scheer a fait passer sa projection de deux à cinq ans. S'ils prennent le pouvoir le 21 octobre, ce n’est qu’en 2024 que le déficit zéro sera atteint. 

Ce report, les conservateurs l’expliquent par la mauvaise gestion du gouvernement Trudeau et le dur labeur qu’ils devront accomplir pour redresser la barre. Toutefois, on pourrait croire qu'ils veulent s’éloigner de l’austérité, qui fait mal et qui n’est pas nécessairement très appréciée chez une bonne partie de la population. 

Retournement de situation

Ce fait est relativement nouveau. Depuis au moins 2015, on assiste à un retournement de situation sur la question de la rigueur budgétaire. Si les gens ont pu croire – à une certaine époque – qu’il fallait, d’urgence, mieux gérer les finances publiques, le contexte a changé aujourd’hui. 

Un parti, comme le Parti libéral, peut promettre des déficits, bâtir sa plateforme sans parler d’équilibre budgétaire et espérer séduire les électeurs. Il est plus difficile, en retour, de promettre un déficit zéro comme étant une priorité rapide à atteindre, comme le Nouveau Parti démocratique (NPD) l’a fait en 2015 et comme pensaient le faire les conservateurs cette année. 

Pourquoi la perception populaire a-t-elle changé? Probablement parce que les mesures d’austérité du passé ont eu des répercussions trop fortes et trop larges. Les conservateurs de Stephen Harper ont réduit les taxes à la consommation, menant à une réduction importante des revenus de l’État. Pour combler le manque à gagner, et dans l’objectif de revenir à l’équilibre budgétaire après de lourds déficits durant la crise financière, le gouvernement a procédé à des compressions et à des réductions de croissance des dépenses dans plusieurs secteurs. 

Pendant ce temps, à Québec, le gouvernement Couillard a mené une politique de rigueur budgétaire qui a conduit à des compressions importantes dans la croissance des dépenses en santé et en éducation. Partout au Québec, des travailleurs et des bénéficiaires des réseaux publics ont senti les répercussions de ces compressions, détaillées avec soin dans les rapports du protecteur du citoyen.

Il faut savoir aussi que les exigences du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne et de l’Allemagne à l’endroit non seulement de la Grèce, mais aussi du Portugal et de l’Espagne, ont fait la manchette pendant des années. Les mesures d’austérité qui ont été adoptées par certains gouvernements européens sont venues amplifier les difficultés économiques, et les conséquences de la crise se font encore sentir aujourd’hui.

La rigueur, les compressions et l’austérité, à Québec, à Ottawa ou à Athènes, ce sont des mesures qui ont eu de réelles conséquences sur la vie des citoyens et sur l’économie. Et il est, dans le contexte actuel, bien plus difficile pour un parti politique ou un gouvernement de faire valoir la pertinence, à ses yeux, de mener une politique budgétaire restrictive. 

Durant cette élection, les différents partis présenteront leur cadre financier et leurs objectifs budgétaires. Les promesses, vous le savez, ça coûte cher! Et donc, si vous baissez des impôts ou augmentez des dépenses, vous devez nécessairement trouver de nouveaux revenus pour tenter de réduire l’effet budgétaire de vos mesures.

C’est une question, à ce point-ci, de bonne gestion des finances publiques. Dépensez-vous sans compter? Où sont les nouveaux revenus que vous croyez pouvoir toucher? Quelles sont vos cibles budgétaires?

L’état de santé budgétaire du Canada

Maintenant, quel est l’état réel de la situation budgétaire du Canada? Le ministère des Finances a rendu publiques les données pour le dernier exercice. Ainsi, le déficit budgétaire s’est établi, en 2018-2019, à 14 milliards de dollars. C’est l’exercice qui s’est terminé le 31 mars dernier. Et la dette fédérale était rendue à 685,5 milliards.

En milliards, tout est gros. Il faut relativiser les données pour mieux les comprendre; c’est pourquoi le solde budgétaire et la dette sont toujours exprimés relativement à la taille de l’économie. Tous les pays du monde, toutes les organisations s’intéressent aux données relatives à l’économie pour expliquer et comprendre les chiffres, pour faire des comparaisons qui se tiennent.

Ainsi, la dette augmente en milliards de dollars, mais elle baisse par rapport au produit intérieur brut (PIB). À 685,5 milliards de dollars, elle représente 30,9 % du PIB, en baisse par rapport à l’année précédente, à 31,3 %. Il y a 25 ans, la dette représentait environ 70 % du PIB. Par ailleurs, le déficit frôlait les 5 % du PIB en 1994-95. Au cours du dernier exercice, le déficit valait 0,6 % du PIB. 

De plus, les frais de la dette sont passés de près de 30 % des dépenses au milieu des années 90 à 6,7 % en 2018-19. Le Canada affiche la plus faible dette nette par rapport au PIB de tous les pays du G7 et fait partie du club sélect des pays (environ une dizaine) qui ont une note de crédit parfaite de AAA.

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