•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Fusillade de Moncton : quatre policiers poursuivent le gouvernement du Canada

Monument commémoratif en mémoire des 3 gendarmes abattus.

Monument commémoratif en mémoire des 3 gendarmes abattus lors de la fusillade de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Louis Mills

Quatre agents de la GRC qui ont participé à la traque du tireur Justin Bourque lors de la fusillade de Moncton, en juin 2014, ont déposé des poursuites contre le gouvernement fédéral, en Cour du Banc de la Reine, au Nouveau-Brunswick.

Martine Benoit, Mathieu Daigle, Shelly Mitchell et Robert Nickerson affirment qu’ils étaient mal équipés et formés, le soir de la fusillade, pour neutraliser le tireur qui lui, avait une arme semi-automatique de forte puissance en sa possession.

Ils disent d’autre part souffrir du trouble de stress post-traumatique et de dépression à la suite de ces événements, au cours desquels trois de leurs confrères ont été abattus.

Les premiers policiers arrivés sur les lieux

Les quatre policiers étaient parmi les premiers arrivés dans le quartier nord de Moncton, le 4 juin 2014, lorsque la présence d’un homme lourdement armé y a été signalée.

Des policiers armés gardent une rue

Les policiers étaient équipés de simples pistolets 9 mm lors de la traque de Justin Bourque.

Photo : La Presse canadienne / Marc Grandmaison

L’agent Mathieu Daigle, par exemple, est le premier policier à avoir pu établir un contact visuel avec le tireur, au moment où il entrait dans un bois. Des collègues l’ont rejoint et ils ont convenu de se séparer pour tenter de cerner le tireur.

Apercevant le tireur de nouveau, Mathieu Daigle a crié son nom et aussitôt, des balles ont sifflé aux oreilles de lui et de deux de ses collègues, Robert Nickerson et Fabrice Gevaudan qui lui, a été atteint mortellement en essayant de fuir.

Mathieu Daigle affirme qu’encore aujourd’hui, il se réveille en sueur la nuit en pensant à la fusillade et en revoyant des images mentales de ses collègues morts ce soir-là. Il précise qu’il ne cherche plus à avancer au sein de la GRC, une organisation pour laquelle il dit ne plus avoir de respect.

Une policière s'est sentie comme une cible sans défense

Sa collègue Martine Benoit, pour sa part, n’a pas été en mesure de reprendre le travail durablement depuis la fusillade. Dans la description des événements qui accompagne sa poursuite, elle raconte avoir été accueillie par une volée de balles avant même d’avoir pu sortir de son véhicule, le soir du 4 juin 2014.

Un policier à côté d'une voiture

Trois agents de la GRC ont été tués et deux autres ont été blessés lors de la fusillade de juin 2014.

Photo : La Presse canadienne

Le policier Éric Dubois, blessé lors de la fusillade, est venu à sa rescousse en plaçant son véhicule entre le sien et le tireur. Ils ont réussi à se mettre à l’abri pendant que le tireur rechargeait son arme, mais Martine Benoit a dû plus tard se poster seule à un endroit du périmètre établi la GRC dans le quartier. Elle dit ne pas avoir reçu d’instructions claires à cette occasion et s’est sentie comme une cible qui « n’attendait que de recevoir des tirs sans avoir de moyen sérieux de se défendre ».

Des vies bouleversées

Les deux autres policiers, Robert Nickerson et Shelly Mitchell, affirment aussi que la fusillade a eu un impact dommageable à long terme sur leur vie et leur carrière. Shelly Mitchell a été déclarée inapte à revenir à ses fonctions après un long congé de maladie. Elle a été exclue de la GRC pour raisons médicales en mars 2018, après 15 ans de service, même si elle estimait pouvoir reprendre le travail.

En ce qui concerne Robert Nickerson, le stress et l’anxiété causés par la fusillade ont fini par faire éclater sa famille, expose-t-il. Il affirme s’être tourné vers l’alcool pour tenter d’oublier les événements traumatisants du 4 juin 2014 et avoir dû subir une cure de désintoxication. Encore aujourd’hui, ces événements ont un impact sur sa vie professionnelle et personnelle, peut-on lire dans l’exposé de sa poursuite.

Allégations de négligence

Les quatre demandeurs allèguent que la GRC a été négligente en prenant trop de temps à déployer des carabines qui auraient permis à ses policiers de mieux se défendre lors de la fusillade de Moncton, même si elle savait que les incidents impliquant des tireurs lourdement armés étaient en croissance au pays.

Les policiers qui ont fait face à Justin Bourque, le soir du 4 juin 2014, n'étaient pas, comme lui, équipés de carabines.

Les policiers qui ont fait face à Justin Bourque, le soir du 4 juin 2014, n'étaient pas, comme lui, équipés de carabines.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Des rapports d'enquête découlant notamment de la fusillade de Mayerthorpe, en Alberta, lors de laquelle quatre gendarmes avaient été tués, en 2005, avaient d’ailleurs recommandé que la GRC fournisse à tous ses agents de première ligne des armes à canon long et la formation pour les utiliser.

Vingt-deux carabines ont été livrées à la division J de la GRC au Nouveau-Brunswick, en septembre 2013, mais lors de la fusillade de Moncton, elles se trouvaient encore toutes à un centre de formation de Gagetown.

La GRC déjà condamnée

En septembre 2017, la GRC a été déclarée coupable d’avoir enfreint le Code canadien du travail en lien avec la fusillade de Moncton, après un procès de six semaines. Un tribunal l’a jugée coupable de ne pas avoir fourni à ses policiers à cette occasion l’équipement et la formation appropriés à ses agents.

Le président de l'Association professionnelle de la police montée du Canada, Louis-Philippe Thériault, espère que les nouvelles actions en justice permettront cette fois de rendre des gradés de la GRC imputables de leurs actions ou omissions.

En nommant des individus responsables ou en attribuant une faute à certains individus, on va éviter que ces événements-là ou ces fautes-là se reproduisent dans le futur.

Louis-Philippe Thériault, président de l'Association professionnelle de la police montée du Canada.

Louis-Philippe Thériault, président de l'Association professionnelle de la police montée du Canada, espère que les poursuites des quatre policiers jetteront un éclairage additionnel sur la tuerie du 4 juin 2014.

Photo : Radio-Canada

Dans leur poursuite au civil, les policiers Martine Benoit, Mathieu Daigle, Shelly Mitchell et Robert Nickerson réclament des dommages et intérêts dont le montant n’est pas précisé pour les traumatismes subis lors de la fusillade de Moncton, pour la perte de revenus et de possibilités de carrière.

Nouveau-Brunswick

Procès et poursuites