•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des médecins dénoncent la fermeture de l’urgence au Centre Cloutier-du Rivage

Le Centre Cloutier-du-Rivage dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, à Trois-Rivières.

Le Centre Cloutier-du-Rivage dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, à Trois-Rivières.

Photo : Radio-Canada

Marie-Pier Bouchard

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) fait fausse route avec sa « clinique de l’avenir » pour remplacer l’urgence au Centre Cloutier-du Rivage, estiment certains médecins qui craignent même pour la sécurité de la population de Cap-de-la-Madeleine. Alors qu’ils peinent à obtenir des réponses à leurs questions, ils demandent l’intervention de la ministre de la Santé.

En quoi diminuer les services, c’est un plus pour une population, se demandent Dre Janique Dion et Dr Michel Gauthier, qui travaillent tous deux à l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage.

Ils font partie d’un groupe de quelques médecins et d’employés qui dénoncent la fermeture de l’urgence, dont la transformation en clinique multidisciplinaire est prévue pour octobre. Ce ne sera plus un sans rendez-vous, s’inquiète la Dre Dion.

Dès octobre, les patients qui vont se présenter à Cloutier-du Rivage seront pris en charge, sur rendez-vous, par des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) ou seront dirigés vers un professionnel ou un organisme communautaire. Certains verront le médecin de famille de garde, mais seulement en cas de besoin.

L’équipe de la clinique sera aussi formée de différents professionnels tels que des physiothérapeutes, des inhalothérapeutes, des nutritionnistes et des travailleurs sociaux.

Le succès de ce modèle, inspiré du projet Archimède implanté il y a quelques années à la clinique Saint-Vallier de Québec, est loin d’être assuré à Trois-Rivières, selon la Dre Dion.

À Québec, il y a sept autres cliniques sans rendez-vous si Saint-Vallier ne suffit pas à la tâche. À Trois-Rivières, Cloutier-du-Rivage est le seul sans rendez-vous véritable, ouvert à tous, fait-elle valoir dans une lettre envoyée à la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

La clinique qu’ils offrent, c’est une très bonne idée, mais n’enlevez pas ce qui offre présentement le seul service de sans rendez-vous de toute la région de Trois-Rivières.

Dre Janique Dion

Des conséquences sur la santé publique à prévoir

Dre Janique Dion et Dr Michel Gauthier craignent qu’on assiste à une hausse des complications et à la détérioration de l’état de plusieurs patients qui ne seront pas vus dans des délais raisonnables.

Pour y travailler comme médecin d’urgence depuis 18 ans, Dre Janique Dion connaît bien la clientèle de l’urgence au Centre Cloutier-du Rivage. Elle est persuadée que ce fonctionnement va décourager plusieurs patients, qui vont retourner à la maison.

Les gens ne comprendront pas le degré de leur maladie, (...) il y a plein de cas qui vont se détériorer. Il va probablement y avoir de graves conséquences sur la santé de la population autour.

Dre Janique Dion

[L’urgence de Cloutier-du Rivage], c’était la bouée de sauvetage des gens quand ils n’ont pas d’autre place à aller sans rendez-vous, quand ils ont besoin de voir quelqu’un, opine son collègue, Dr Michel Gauthier.

Considérant les heures d’ouverture de la nouvelle clinique et les pouvoirs limités des IPS, beaucoup moins de patients seraient vus à Cloutier-du Rivage avec cette nouvelle formule. Selon la Dre Dion, l'urgence enregistrait quelque 26 000 visites annuelles avant que l'on commence, il y a quelques années, une modification des heures de services.

D’après les calculs de la Dre Dion, le nombre de visites par jour passerait à 16 000 si la nouvelle clinique fermait à 20 h ou à 3600 si elle fermait à 16 h.

Je trouve ça absolument méprisant pour la population. Ce n’est pas vrai que ce n’est pas une fermeture. C’est un changement de vocation, c’est une baisse de services dramatique.

Dr Michel Gauthier

L'intervention de la ministre demandée

Dre Janique Dion et Dr Michel Gauthier disent, comme d’autres employés de l’urgence au Centre Cloutier-du Rivage, s’être retrouvés devant le fait accompli. Ils affirment que le projet leur a été présenté, mais qu’on ne les a pas consultés pour l’élaborer.

« Pourquoi ne pas avoir impliqué activement l’équipe médicale et infirmière qui soigne actuellement cette population? », demande Dre Janique Dion dans une lettre à la ministre de la Santé, Danielle McCann, à qui elle demande d'intervenir dans le dossier.

Médecins et membres du personnel disent avoir été rabroués quand ils ont fait part de leurs inquiétudes lors de la présentation du projet. « Des lettres ont circulé pour le personnel, pour bien rappeler la loyauté face à l’employeur », relate Dr Gauthier.

Dre Janique Dion tente depuis plusieurs semaines d’obtenir des réponses à ses nombreuses questions, mais sans succès, dit-elle. On lui a offert un entretien téléphonique avec le chef de l’urgence, Dr Olivier Roy, qui sans répondre clairement à ses questions, assure « que le projet est bien ficelé, qu’il n’y aura pas de diminution de services », rapporte Dre Dion.

Ce n’est rien pour convaincre la médecin, qui espère maintenant une intervention de la ministre de la Santé dans le dossier.

Un préposé aux bénéficiaires et une infirmière à la retraite dénoncent aussi

Rosaire Hamelin est préposé aux bénéficiaires au Centre Cloutier-du-Rivage. Il affirme que la fermeture de l’urgence du secteur Cap-de-la-Madeleine provoque bien des appréhensions chez ses collègues du Centre hospitalier affilié universitaire régionales (CHAUR) de Trois-Rivières.

C’est la jungle, le personnel qui est là est à bout de souffle bien souvent, raconte Rosaire Hamelin. Imaginez avec la fermeture de Cloutier. On a de la misère à le concevoir.

Andrée Lanneville vient de prendre sa retraite comme infirmière au Centre Cloutier-du Rivage. Elle se dit très inquiète du fait que cette clinique va fonctionner par prise de rendez-vous.

Je ne connais personne qui se blesse et qui prend rendez-vous pour le lendemain, dit-elle. Vous allez vous brûler, vous couper avec du verre, votre mari va échapper sa scie, il va se blesser, votre enfant va se blesser à la trampoline ou au soccer, vous avez un éclat de métal dans l’oeil? Ça ne prend pas un rendez-vous pour ça, c’est une urgence mineure. Mais il n’y en aura plus d’urgence mineure. Vous allez juste vous rendre au CHAUR pour augmenter encore le nombre d’heures d’attente.

Mauricie et Centre du Québec

Établissement de santé