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Sayona Mining : une situation financière précaire?

Deux grandes affiches du projet minier Authier, de la compagnie Sayona Mining, plantées dans la terre sur un terrain boisé.

Sayona Mining semble faire face à une situation financière difficile.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Thomas Deshaies

L’entreprise australienne Sayona Mining qui souhaite exploiter une mine de lithium à La Motte ferait-elle face à des difficultés financières? Plusieurs indicateurs peuvent laisser croire que oui.

Le prix de l’action de Sayona Mining est passé de 0,03 $ à 0,01 $ en un an, soit une chute de près de 60 %. Selon les rapports comptables de l’entreprise, ses liquidités qui étaient de plus de 10 millions de dollars australiens en juin 2018, sont maintenant de 1,7 M $ en juin 2019.

Graphique démontrant le prix de l'action de Sayona mining, une courbe qui descend graduellement.

Le prix de l'action de Sayona Mining a chuté de près de 60% en un an.

Photo : Radio-Canada / Graphique de Zone bourse

Selon le dernier rapport de juin 2019, l’entreprise a dépensé plus de 8 M $ dans la dernière année, sans pour autant engranger de revenus.

Objectifs de financement non atteints

Au cours de l’été 2019, Sayona Mining a fait une campagne de financement auprès de ses actionnaires. L’objectif était de récolter près de 4,4 M $. Des sommes principalement dédiés au développement du Projet Authier.

Carte du projet. En orange apparaît l'esker, la formation géologique qui filtre l'eau naturellement.

Carte du projet. La zone orange représente l'esker, la formation géologique qui filtre l'eau naturellement.

Photo : Sayona mining

Or, même si l’entreprise a repoussé à trois reprises la date de fin de la campagne, elle n’a été en mesure de récolter que 700 000 $. Le conseil d’administration a toutefois contribué à la hauteur de 1,2 M $ à cette campagne, et ce, quelques jours avant la date butoir. Le total récolté demeure toutefois loin de l’objectif initial.

Le professeur de sciences économiques à l’École des sciences de gestion de l’Université du Québec à Montréal, Charles Séguin, estime que ces informations devraient allumer des lumières rouges sur le tableau de bord.

Le prix du lithium en baisse

Le contexte est difficile pour des projets de lithium en ce moment

Charles Séguin, le professeur de sciences économiques à l’École des sciences de gestion de l’Université du Québec à Montréal

Selon M. Séguin, la situation financière de Sayona Mining pourrait s’expliquer par la baisse constante du prix du lithium depuis deux ans.

À la fin de l’année 2017, le prix du lithium avait atteint 150 $, aujourd’hui on est autour de 100 $, commente-t-il. Cette diminution rend les projets potentiels comme ceux de Sayona moins profitables, ce qui fait baisser le prix de l’action, ce qui entraîne des pressions sur les liquidités de l’entreprise.

Le professeur qui s’intéresse notamment aux projets d’exploitation des ressources naturelles estime que la valeur du lithium pourrait continuer de fluctuer. En 2015, on est allé à un creux jusqu’à 70 $. J’ai l’impression qu’on n’a pas encore atteint le fond du baril, ajoute-t-il.

Sayona maintient le cap

Invité à réagir, le porte-parole de Sayona Québec, Serge Rouillier, affirme que la situation financière de l’entreprise n’est pas problématique et ne constitue pas un enjeu pour le Projet Authier. On maintient le cap et le conseil d’administration est satisfait des sommes recueillies lors de la campagne de financement, précise-t-il.

On a ce qu’il faut pour poursuivre.

Serge Rouiller, directeur du développement durable, Sayona Québec

Interrogé à propos des objectifs de la campagne qui n’ont pas été atteints et sur le financement provenant directement des membres du conseil d’administration, M. Rouillier y voit une preuve de confiance des dirigeants envers le projet.

Le conseil d’administration de Sayona est très satisfait de la campagne de fonds qui a été recueilli. Cela a permis de démontrer la confiance de la nouvelle direction ainsi que les actionnaires actuels dans les projets de la compagnie, déclare-t-il.

Et l’avenir?

Serge Rouillier concède toutefois que le prix du lithium constitue actuellement un défi. Il demeure par contre fermement convaincu que le marché sera plus favorable sous peu. La plupart s’entendent pour dire que le lithium va monter en flèche. Si on regarde aussi tous les besoins en batterie, ajoute-t-il.

Charles Séguin est toutefois moins optimiste. Il constate qu’il faut s’attendre à une augmentation de la demande de lithium pour la conception de batteries, mais que les retombées au Québec sont encore incertaines.

On n’est pas tout seul à avoir remarqué cela (accroissement de la demande pour le lithium). L’offre mondiale aussi est en croissance puis c’est sûr qu’au Québec, on va rester un petit joueur au niveau international. On va rester sujet aux fluctuations au niveau international, ajoute-t-il.

Par ailleurs, il constate que certains cherchent à développer des batteries pour véhicules électriques qui ne seraient pas conçues à partir de lithium.

Dans une communication écrite dédiée aux actionnaires, Sayona Mining annonçait le 31 juillet dernier pouvoir compter sur une subvention de 80 000 $ du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) pour un projet de caractérisation des stériles.

Interrogé sur le sujet, Serge Rouillier soutient que ce n’est pas encore officiel et qu’une annonce officielle viendra sous peu. Le MERN n’avait pas répondu favorablement à notre demande d’entrevue au moment de mettre en ligne cet article.

Abitibi–Témiscamingue

Métaux et minerais