•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Financement des universités selon la performance en Ontario : des critiques

Des étudiants dans une salle d'informatique

Actuellement, le financement provincial des universités est presque entièrement basé sur le nombre d'étudiants inscrits. Des changements majeurs sont à prévoir.

Photo : Getty Images/iStock/Michael Jung

Radio-Canada

Le taux de diplomation, le taux de placement et le salaire des diplômés pourraient devenir les nouvelles obsessions des directions des collèges et des universités en Ontario. Il s'agit de quelques-uns des nouveaux indicateurs de performance évoqués par le gouvernement Ford pour déterminer le financement public que recevra chaque établissement postsecondaire dans la province.

Le nouveau modèle est une « bonne idée », selon un rapport indépendant, qui affirme toutefois que le gouvernement devrait privilégier la carotte plutôt que le bâton pour motiver les milieux universitaire et collégial.

Le rapport commandé par l'Institut C.D. Howe est sans équivoque : le plan du ministre de la Formation et des Collèges et Universités comporte des lacunes majeures. Des clarifications sont nécessaires afin de limiter les bouleversements dans les établissements d'enseignement postsecondaire.

Depuis le dépôt de son premier budget, le gouvernement Ford n'a dévoilé que très peu de détails sur son modèle de financement des universités et des collèges qui mettra l'accent sur le rendement. D'ici l'année scolaire 2024-2025, 60 pour cent de l'enveloppe budgétaire accordée aux collèges et universités sera lié à des indicateurs de performance. À l'heure actuelle, la presque totalité du financement provincial est établie en fonction du nombre d'inscriptions. Seuls 2 % du financement est basé sur les résultats.

D'entrée de jeu, le rapport précise que d'autres modèles de financement basés sur la performance existent déjà aux États-Unis et dans plusieurs pays européens, comme le Danemark, la France et le Royaume-Uni. Le Canada rattrape son retard, selon l'auteur Alex Usher, de Higher Education Strategy Associates.

C'est une idée assez moderne, il y a beaucoup de pays en Europe qui le font. C'est mieux que de rester uniquement concentré sur le nombre d'étudiants.

Alex Usher, auteur de l'étude

Si la nouvelle approche des progressistes-conservateurs est appropriée, l'échéancier proposé est peut-être trop rapide, selon l'auteur. Une mise en oeuvre dès l'année scolaire 2020-2021 pourrait bousculer les choses. Surtout que le gouvernement tarde à définir certains critères d'évaluation du rendement, comme la mesure des aptitudes et des compétences des étudiants. Alex Usher déplore d'ailleurs l'absence d'indicateurs plus solides et fiables.

Alex Usher répond au micro de Radio-Canada dans les locaux de Radio-Canada Toronto.

Alex Usher, président de Higher Education Strategy Associates

Photo : Radio-Canada / Paul-André St-Onge

Le modèle manque aussi d'incitatifs pour augmenter la participation de groupes sous-représentés, comme les Autochtones, dans les collèges et universités. Ça manque complètement du plan présentement, lance-t-il.

Le bâton plutôt que la carotte

Alex Usher anticipe déjà la controverse quant à la méthode de distribution des fonds publics. Selon lui, une partie de l'argent du ministère pourrait ne jamais être distribuée si un établissement n'atteint pas ses objectifs de rendement. Il est naturel de croire qu'il y a une grande possibilité de perdre beaucoup d'argent dans le système, que le Trésor va le réclamer sur la base du manque de performance, croit Alex Usher.

Selon son analyse, les collèges et universités auraient seulement la possibilité de perdre du financement et non d'en gagner. L'argent ne serait pas non plus redistribué ailleurs dans le réseau.

J'ai l'impression que ce qu'ils veulent faire, c'est d'avoir un incitatif, tout à fait négatif, on peut juste perdre, on ne peut jamais gagner.

Alex Usher, auteur du rapport

D'ailleurs, le rapport dénonce cette approche seulement punitive.

Une refonte derrière des portes closes

Un élément qui est bien présent dans le rapport, c'est le caractère secret de cette nouvelle méthode de financement. Les changements se préparent en cache-cache, tout en secret, ce qui alimente les craintes dans le milieu de l'éducation. Ils font de la politique publique à huis clos présentement. Un peu de discussions publiques, ça peut toujours améliorer la proposition, lance Alex Usher.

Il nous manque des données, des informations pour vraiment bien évaluer [le système]. Mais c'est certain qu'il y a deux ou trois indicateurs qui alimentent des craintes.

Alex Usher, auteur du rapport

La province a besoin de fournir des précisions sur de nombreux aspects de la réforme, soutient l'auteur.

Toronto

Éducation