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Une baleine noire qui n'en n'était pas une

La queue d'une baleine sort de l'eau. En arrière-plan, le parc industriel de Matane et des éoliennes.

Un citoyen croyait avoir aperçu une baleine noire au large de Matane et de Grosses-Roches.

Photo : collaboration Benny Caron

Joane Bérubé

Un citoyen rapportait avoir aperçu une baleine noire de l’Atlantique Nord à environ 5 km au large de Matane. L’observation était documentée par une photographie. L'animal était en fait une baleine à bosse.

C’est au mois d’août, en revenant d’une expédition en bateau, que Benny Caron et des amis ont observé le souffle de deux baleines au large de Matane. Visiblement, l'une de ces deux baleines était un grand rorqual bleu.

M. Caron, qui navigue sur le fleuve, particulièrement au large de Matane, depuis plus de 20 ans, croyait que l'autre baleine était une baleine noire de l'Atlantique Nord.

Les photographies de l'animal ont jeté un doute auprès de spécialistes notamment ceux du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins et par l'observateur, Réné Roy.

C'était finalement une baleine à bosse.

C'est ce que confirme le Canadian Whale Institute. «  Autrement dit, la forme de la partie arrière de la nageoire caudale permet de distinguer les espèces [Traduction libre]  », écrit la scientifique Moira Brown à qui Radio-Canada a soumis des photos. .

Cet article a été modifié à la suite de nouveaux faits. Le texte précédent indiquait qu'il s'agissait d'une baleine noire.

Une présence possible

Pour le directeur des espèces en périls et mammifères à Pêches et Océans Canada, Simon Nadeau, la présence de cette espèce de baleine dans l'estuaire ne serait toutefois ni surprenante ni exceptionnelle.

Même chose au Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins où on rappelle que des observations de baleines franches ont déjà été rapportées dans le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent.

Ce serait la répétition et la multiplication d’observations qui permettraient aux chercheurs de tirer d’autres conclusions.

La queue qui dépasse de l'eau

La queue de la baleine photographiée par M. Caron

Photo : collaboration Benny Caron

Surveillance accrue

Simon Nadeau met d’ailleurs en garde contre les conclusions trop hâtives.

Il rappelle que les observations sont aussi dépendantes de l’effort de surveillance. Quand on analyse les données, il faut aussi voir l’effort d’échantillonnage, rappelle-t-il.

Autrement dit, plus l’effort d’observation est important, plus les chances d’observer des baleines noires sont grandes.

Des observations mieux documentées comme celles réalisées à l’ouest de l’île d’Anticosti sont donc en partie attribuables à la présence de la Station d’observation des îles Mingan.

La présence des baleines noires y est rapportée depuis plusieurs années, mais le secteur est aussi surveillé par des équipes à la recherche de l'espèce.

L’année dernière, six individus différents ont pu être repérés et identifiés.

Des baleines noires y sont encore présentes, cette année, selon la carte des observations diffusée en ligne par Pêches et Océans Canada. Cette carte permet aussi de voir que des baleines noires ont été vues au large de Mont-Louis, de Gaspé, de Chandler, de Port-Daniel.

Simon Nadeau souligne que seulement la moitié des quelque 400 baleines noires qui sont actuellement dénombrées sur la planète ont été observées ce printemps dans le golfe du Saint-Laurent et le long de la côte américaine. Donc, il y a un groupe qu’on n’a pas trouvé, qui n’est justement peut-être pas groupé, ce sont peut-être des individus isolés, ici et là, explique M. Nadeau. Pour l’instant, on documente la répartition d’environ la moitié de la population.

Même chose que l'an dernier

Et cette répartition est similaire selon lui à celle de l’an dernier. La revue par les pairs a tout de même permis de constater, l’an dernier, que les baleines demeuraient environ un mois dans le golfe. Il y a un roulement, il y en a qui rentrent, d’autres qui sortent note Simon Nadeau. On en voit sur une zone qui est assez longue. On parle du nord-ouest d’Anticosti jusqu’à Cap Cod. Ça, c’est celles qu’on voit. Il y en a qui ont été observées au cours des dernières années au large du Groenland, en Islande, en France.

Sur cette photo d'avril 2008, une baleine noire plonge dans les eaux au large de Cape Cod, au Massachusetts.

La baleine noire de l'Atlantique Nord est une espèce en voie de disparition. Il ne reste qu'environ 400 individus dans le monde.

Photo : Associated Press / Stephan Savoia

À la fin de l’été, des baleines ont été observées dans la baie de Fundy et au sud de Cape Cod, ce qui est inhabituel pour la période. Il y a beaucoup de variabilité environnementale et ça va prendre plus que deux ou trois ans pour comprendre ce qui explique la présence des baleines à un endroit plus qu’à un autre, relève Simon Nadeau.

Cette année, les scientifiques ont étendu leurs observations au sud et à l’est de Terre-Neuve. Les avions devraient se rendre aussi au sud du Labrador.

Des données à enrichir

La présence des baleines noires dans le golfe est relativement peu documentée puisqu’il y a peu d’années de données, souligne M. Nadeau.

Les scientifiques savent seulement que la baleine est visiblement à la recherche de nourriture, des copépodes. Une des raisons pour lesquelles on pense que les baleines se sont déplacées dans nos eaux au cours des dernières années, explique Simon Nadeau, ce n’est pas tant que la nourriture est meilleure ou plus abondante dans les eaux canadiennes, mais c’est qu’aux États-Unis, dans les eaux du Maine et même dans la baie de Fundy, les eaux se sont réchauffées. Les espèces de copépodes qui sont les plus riches en lipides, en gras, qui sont les meilleurs pour la baleine noire sont en déclin parce que ce sont des espèces d’eaux froides. Il y a eu aussi une baisse au Canada, mais pas autant.

La répartition des baleines est donc tributaire de la nourriture dont la distribution d’une année à l’autre est variable, tant en qualité qu’en quantité. On essaie de voir si ça peut être prévisible, mais pour le moment on n’a pas cette prévisibilité, ajoute-t-il.

De plus, les baleines ont de grandes capacités de déplacements rapides, ajoute le porte-parole de Pêches et Océans Canada. Quand elles ont trouvé de bonnes sources de nourriture, en général, elles vont rester là un bout de temps. À ce moment-ci de l’année, le but est d’engranger le plus de nourriture possible pour construire leur couche de graisse.

Si les données d’observations demandent à être enrichies, certains comportements sont déjà mieux compris.

Les scientifiques savent maintenant que les copépodes que recherche la baleine noire sont plus hauts dans la colonne d’eau au printemps qu’à l’automne. La nourriture des baleines, au printemps, est plus près de la surface, ce qui rend le mammifère plus vulnérable aux collisions avec des navires.

Les baleines, à cette période-ci, de l’année, se nourrissent plus en profondeur.

La carcasse de la baleine et une pelle mécanique à l'arrière.

La nécropsie de la sixième baleine noire retrouvée morte au large de la Gaspésie un peu plus tôt cet été. (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Huit baleines noires de l’Atlantique ont été retrouvées mortes cette année dans les eaux du golfe Saint-Laurent. Ces mortalités ont toutes été rapportées au printemps et au début de l’été. La nécropsie de trois de ces huit baleines a révélé qu’elles étaient entrées en collision avec des bateaux. Les résultats de deux autres nécropsies sont attendus à l’automne.

Les scientifiques se pencheront à la mi-octobre pendant deux jours sur la répartition de la baleine noire.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Faune marine