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L'Arabie saoudite touchée droit au cœur, trois questions pour comprendre

Un panache de fumée noire.

Une image satellite montre ce qui semble être le résultat d'une attaque au drone sur des installations d'Aramco.

Photo : Reuters / Planet Labs Inc

Ximena Sampson

Y a-t-il un risque d’escalade au Moyen-Orient après l’attaque contre des installations pétrolières en Arabie saoudite qui a forcé la réduction de 6 % de la production mondiale de pétrole?

Nous en avons discuté avec Pierre Pahlavi, professeur au Collège des forces canadiennes, à Toronto, et Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris.

1. Il y avait déjà eu des attaques contre des installations pétrolières saoudiennes plus tôt cette année, pourquoi celle-ci est-elle différente?

Thierry Coville : Ce qui est différent, c'est l'impact sur le marché pétrolier mondial. À partir du moment où l'Arabie saoudite annonce que, suite à cette attaque, sa production pétrolière diminue de 50 %, cela crée une énorme inquiétude dans le monde.

L’attaque contre l’usine de traitement de pétrole d’Abqaiq et le gisement de Khurais ont contraint l’Arabie saoudite à réduire sa production de 5,7 millions de barils par jour, soit plus de la moitié des exportations saoudiennes quotidiennes et près de 6 % de la production de pétrole brut mondiale. (Reuters)

Pierre Pahlavi : L'attaque est importante par son ampleur et parce qu’elle se situe à l'intérieur du territoire saoudien. À un niveau symbolique, c'est très grave puisque ça touche à la souveraineté saoudienne. Mais il y a aussi, à mon avis, une volonté de rendre l'incident plus important encore. Sans minimiser l'opération elle-même, l’ampleur qui lui a été donnée au niveau médiatique s'intègre à une volonté saoudienne de tracer une ligne rouge et de bien expliquer aux partenaires occidentaux des Saoudiens qu’ils n'accepteront aucune atténuation de la position anti-iranienne.

2. Les Saoudiens et la Maison-Blanche accusent les Iraniens, mais qu’auraient ces derniers à gagner d’une telle attaque?

Les deux hommes sont devant un drapeau de l'Iran.

Le ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Mohammad Javad Zarif (gauche), et le président iranien, Hassan Rohani.

Photo : Reuters / Danish Siddiqui

Pierre Pahlavi : Pour le moment, rien. À l'exception d'une bravade pour dire : « Vous, les Saoudiens, et vos alliés régionaux, vous êtes actifs à l'intérieur des frontières iraniennes en soutenant la rébellion baloutche, en soutenant la rébellion arabe, mais nous aussi on est capables d'aller chez vous ».

C'est beaucoup plus les Saoudiens, voire les Israéliens, qui ont à gagner quelque chose, puisqu'ils ont senti qu'il y avait quelques hésitations à Washington et au sein des chancelleries européennes à vouloir isoler l'Iran. Les Occidentaux craignent que l'Iran bascule complètement du côté russe ou du côté chinois. C’est pourquoi ils ont essayé de reprendre le dialogue à Biarritz [lors du sommet du G7].

3. Y a-t-il vraiment un risque de riposte et d’escalade?

Pierre Pahlavi : On se permet de faire monter la fièvre, qui était en train de baisser un tout petit peu. Mais on n'est pas au bord d'une guerre régionale, parce que personne n'a rien à y gagner, ni les Saoudiens ni les Israéliens, même pas les puissances du Conseil de coopération du Golfe. Ça se ferait au détriment des intérêts de tout le monde. Maintenir la fièvre au maximum, mais sans aller jusqu'au coma, c'est ce qui est recherché.

Thierry Coville : Donald Trump a évoqué une réponse militaire, ce qui renforce l'inquiétude de tout le monde. D'un autre côté, les signaux qui viennent des États-Unis sont très confus.

Par ailleurs, c'est l'Arabie saoudite qui a commencé ce conflit [au Yémen]. Et l'Arabie saoudite est formidablement armée par les États-Unis, la France et les pays européens.

Les pays occidentaux ont les moyens de mettre la pression sur les Saoudiens. Donc, est-ce qu'il ne serait pas temps, au lieu d'avoir des réactions émotionnelles et d’accuser l’Iran, de mettre l’accent sur la diplomatie?

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