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Un premier bain depuis 3 semaines à la Villa du repos : « Il était vraiment content »

Les syndicats réclament plus de ressources en santé mentale.

À la Villa du repos de Moncton, la pénurie de personnel fait en sorte que les résidents doivent parfois attendre deux, voire trois semaines, avant de recevoir un bain complet.

Photo : Shutterstock / GagliardiPhotogra

Radio-Canada

Gilles Daigle, un résident de la Villa du repos, un foyer de soins de Moncton, a senti l’eau couler sur sa peau pour la première fois depuis trois semaines moins un jour, samedi dernier. Les bains complets sont devenus rares pour les résidents de ce grand foyer à cause d’une grave pénurie de personnel.

Il était vraiment content, s’exclame la mère de M. Daigle, Émilie Daigle, qui lui rend visite tous les jours au foyer. Elle est âgée de 82 ans.

Elle a placé son fils de 58 ans, paralysé depuis l’enfance, il y a deux ans dans ce foyer de 126 lits. Octogénaire, elle ne se sentait plus la force de s’occuper de lui.

Une photo de l'extérieur de la Villa du repos.

La Villa du repos est un grand foyer de soins de 126 lits, à Moncton.

Photo : Radio-Canada

Son rôle de mère s’est toutefois prolongé. Elle se sent obligée d’aller à la Villa du repos tous les jours pour s’assurer que son fils reçoive des soins de base.

Je suis fatiguée, mais je n’ai pas le temps de me reposer moi non plus parce que j’ai mon mari à la maison qui a 88 ans, faut que je fasse mon ouvrage à la maison et ensuite que je coure ici [...].

Des employées confirment

Deux employées qui ne veulent pas être identifiées confirment que la pénurie de personnel est tellement aiguë qu’il est devenu impossible de donner un bain complet par semaine aux résidents, comme le veut la norme. Les résidents doivent attendre deux, voire trois semaines, affirme l’une des employées.

Un bain dans un foyer de soins.

Les résidents de la Villa du repos doivent normalement bénéficier d'un bain complet une fois par semaine.

Photo : Radio-Canada

Les employées lavent les résidents au lit, tous les jours, avec une bassine et une éponge. Le jour prévu du bain, s'ils ne peuvent l'offrir au résident, celui-ci se fera laver au lit comme toutes les autres journées.

Ça me rend triste aussi parce que je me mets dans leur peau. Je ne peux pas faire une journée sans me laver, déplore cette employée.

Sa consoeur affirme que les conséquences de la pénurie vont au-delà des bains et concernent des besoins plus élémentaires encore. Si trois ou quatre résidents ont besoin d’aller aux toilettes en même temps, dit-elle, certains d’entre eux peuvent attendre « vraiment longtemps ».

Il faut que tu ailles aux soins de base et même, on est assez short qu’il faut même couper les soins de base.

Une employée de la Villa du repos de Moncton

Elle estime que la charge normale des employés a doublé et même triplé à certains moments.

C’est quasiment inhumain. On n’arrive presque plus à faire notre ouvrage, c’est vraiment triste pour nos résidents.

« Les résidents sont toujours propres », maintient la direction

La direction du foyer confirme qu’il lui manque des employés, mais assure que le délai entre les bains ne dépasse pas deux semaines.

On essaie de donner un bain par semaine, ça, c'est dans les plans de soins. Quand on est à court de personnel, ça peut, des fois, aller à deux semaines, indique Ronald Leblanc, directeur général de l’établissement.

La direction affirme d’autre part que de laver les résidents à l’éponge, dans leur lit, est une méthode efficace pour s’assurer que les résidents soient propres.

Les résidents ne vont jamais plus que deux semaines sans avoir de gros bain, lance Ronald LeBlanc.

Ronald LeBlanc en mars 2019.

Ronald LeBlanc, président-directeur général du Réseau de vie confort, qui administre la Villa du repos.

Photo : Radio-Canada

Lorsque le besoin s’en fait sentir, précise-t-il, les résidents peuvent même être lavés à la débarbouillette plus d’une fois par jour, et les parties sensibles du corps comme le visage, les mains, les pieds, les aisselles, le dos et les parties intimes sont ciblées.

Beaucoup d'appelés, peu d'élus

Pour tenter de régler sa pénurie de main-d’oeuvre, le foyer a institué une formation dans ses murs. De nouvelles cohortes d’une dizaine de personnes se succèdent pratiquement toutes le six semaines.

Toutefois, ce ne sont pas tous les candidats qui restent jusqu’à la fin de la formation. Dans celle qui est en cours actuellement, il ne reste plus que trois étudiants. Des gens s’aperçoivent en cours de route que ce n’est pas leur domaine, reconnaît Charline Cormier.

Émilie Daigle ne cessera pas de sitôt de se rendre quotidiennement à la Villa du repos pour veiller sur son fils.

Je reste jusqu’à 7-8 heures le soir pour faire sûr qu’il a eu des soins, puis brosser les dents [...] et là, je m’en vais en paix.

Avec les informations de Wildinette Paul et de l'Heure de pointe Acadie

Nouveau-Brunswick

Soins et traitements