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Prix du pétrole : les chefs évoquent des solutions contradictoires

L’attaque contre un géant pétrolier en Arabie saoudite a fait bondir les prix du brut d’environ 10 %.

Le reportage de Louis Blouin

Photo : Reuters / Candace Elliott

Joëlle Girard

Le chef libéral Justin Trudeau s’est dit « préoccupé » par la flambée des prix du pétrole qu’a provoquée une attaque sur des sites de raffinerie saoudiens, samedi. Une crise à laquelle il répond entre autres en insistant sur l’importance de poursuivre la transition énergétique du Canada.

L’attaque de drone survenue samedi contre un géant pétrolier de l’Arabie saoudite, premier pays exportateur de pétrole dans le monde, a fait bondir les prix du brut d’environ 10 % sur les marchés internationaux, lundi.

« On est très préoccupés par ce qui se passe au Moyen-Orient et on est en train de regarder attentivement ce qui va se passer sur le prix du pétrole ici, au Canada », a affirmé le premier ministre sortant en mêlée de presse, lundi, à Waterloo, en Ontario.

« Nous allons continuer de travailler avec nos partenaires à l’international et avec les partenaires domestiques pour nous assurer que les Canadiens peuvent toujours payer leur transport », a-t-il affirmé, sans toutefois détailler le plan à court terme du gouvernement.

Les installations des raffineries d’Abkaïk et de Khouraïs, appartenant à l'entreprise saoudienne Aramco, ont été lourdement endommagées samedi. Il faudra compter des semaines avant que la production, qui est présentement amputée de près de 6 % au niveau mondial, reprenne normalement.

En pleine campagne électorale fédérale, cette crise ramène à l’avant-plan la question de la dépendance au pétrole de même que celle de la nécessité d'amorcer une transition énergétique.

« Nous savons que la transition va être à moyen ou à long terme », a simplement expliqué Justin Trudeau. « Nous devons continuer d’investir dans les [solutions de rechange] », a-t-il ajouté, mentionnant la taxe sur le carbone, les mesures incitatives à l’achat de voitures électriques et l’installation de bornes de recharge partout au pays.

Notre dossier Élections Canada 2019

Pour en finir avec les subventions à l'industrie pétrolière

Les adversaires de Justin Trudeau n'ont toutefois pas tardé à souligner le manque de cohérence entre le discours et les actions du gouvernement libéral, Yves-François Blanchet le premier. Pour le chef du Bloc québécois, « il va falloir, éventuellement, que les proverbiales bottines suivent les proverbiales babines ».

« Le Canada est devenu, dans les récentes années, un État pétrolier. […] Le total des subventions et avantages fiscaux accordés aux industries pétrolières au cours du mandat libéral est de l’ordre de 19 milliards de dollars », a-t-il dit, comparant le bilan du gouvernement Trudeau en la matière à celui du conservateur Stephen Harper, à l'occasion d'une conférence de presse à la centrale hydroélectrique de Mont-Laurier.

Le Bloc en arrive à un total de 19 milliards en additionnant les sommes versées pour l'achat du pipeline Trans Mountain (4,7 milliards) et pour son agrandissement (9,7 milliards), en plus de l'argent allongé pour favoriser l'investissement dans les secteurs pétrolier et gazier (2,7 milliards) et les lignes de crédit offertes aux producteurs pétroliers (1,7 milliard).

Il va falloir qu’un prochain gouvernement du Canada cesse clairement, nettement, rapidement —immédiatement, dirais-je même — toute forme de soutien économique à une industrie qui, de toute façon, n’en a pas besoin et qui devrait commencer à résorber progressivement ses propres activités pour que la planète puisse passer au travers.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

La solution passe par les pipelines, dit Scheer

M. Scheer regarde de côté.

Andrew Scheer, chef du Parti Conservateur du Canada, en mai dernier, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le chef des conservateurs a une vision toute différente de celle de ses adversaires quand vient le temps de proposer des solutions à l'instabilité des prix du pétrole.

La situation en Arabie saoudite démontre l'importance d'être indépendant au niveau énergétique, et la solution est d'avoir un corridor énergétique pour pouvoir déplacer le pétrole de l'ouest du Canada vers l'est du Canada.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

M. Scheer a fait ces commentaires en conférence de presse à Kelowna, en Colombie-Britannique, une province qui s'oppose au passage du pipeline Trans Mountain sur son territoire.

« On va avoir un plan d'action à court terme pour s'assurer que les oléoducs peuvent être construits. [...] On va être moins dépendants du pétrole de l'Arabie saoudite », a renchéri le chef conservateur.

Selon Ressources naturelles Canada, en 2017, les importations canadiennes de pétrole brut et leurs équivalents provenaient des pays suivants : États-Unis (65 %), Arabie saoudite (18 %), Azerbaïdjan (5 %), Norvège (3 %), Nigeria (2 %).

Questionné sur le manque de raffineries pour transformer le pétrole brut dans l'est du Canada, M. Scheer a répondu qu'il existe actuellement des plans d'expansion. « Oui, ça prend du temps, mais si on ne commence pas maintenant, on sera dépendant de l'Arabie saoudite pour encore plusieurs années. »

Andrew Scheer a précisé que son projet de corridor énergétique devrait également permettre au Québec de partager son hydroélectricité avec les autres provinces canadiennes.

Du côté du Parti vert, la cheffe Elizabeth May présentait la plateforme de sa formation lundi. La vision des verts inclut notamment le refus de tout projet d'extraction de pétrole, de gaz ou de charbon, l'annulation du projet de pipeline Trans Mountain et l'élimination de toutes les subventions à l'industrie des combustibles fossiles.

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