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The Office, Friends... Les plateformes web s'arrachent les vieilles séries

Un homme en complet-cravate assis à son bureau, le regard vers l'avant.

L'acteur Steve Carell incarne le personange de Michael Scott dans la série « The Office ».

Photo : Facebook : The Office (NBC)

Agence France-Presse

Quelque 500 millions de dollars américains pour The Office, 425 millions pour Friends, et bientôt plus de 1 milliard pour The Big Bang Theory : à l'heure où les plateformes de vidéo en ligne – engagées dans une bataille sans merci – rivalisent de nouveautés, les vieilles séries valent encore de l'or.

En 2018, Netflix a produit 140 nouveaux programmes différents. La série la plus regardée cette année-là? The Office, une adaptation américaine de la série britannique du même nom, produite par la chaîne NBC et dont le dernier épisode remonte à six ans.

La série arrive très largement en tête, selon le cabinet Nielsen, suivie par Friends (1994-2004) – loin devant les séries maison de Netflix.

En 2021, le géant de la diffusion en continu devra pourtant se passer des travers drolatiques du gestionnaire Michael Scott (incarné par Steve Carell) et de son équipe, qui déménageront sur la nouvelle plateforme vidéo de NBCUniversal, moyennant 500 millions de dollars américains sur cinq ans.

Dès l'an prochain, l'ogre californien devra aussi renoncer à Friends, qui viendra alimenter l'offre de la nouvelle plateforme HBO Max, de WarnerMedia (groupe AT&T), pour 425 millions $ US, également sur cinq ans.

La contre-attaque des géants de la télévision

Depuis 2010, lorsque Netflix a basculé dans la vidéo en ligne, chaînes et studios avaient généralement pour politique d'utiliser la plateforme comme une troisième fenêtre, après la diffusion initiale et les rediffusions sur les chaînes classiques; un moyen de rentabiliser encore davantage un programme.

Mais avec près de 160 millions de personnes abonnées dans le monde, Netflix menace aujourd'hui directement les protagonistes de la télévision historique, poussés à contre-attaquer au plus vite.

Dès novembre, Apple et Disney lanceront leur propre plateforme, comme le feront WarnerMedia et NBCUniversal dans les 12 mois à venir. Et ils ont engagé des milliards de dollars pour acquérir et créer des contenus susceptibles d'attirer les abonnés et abonnées et de rivaliser avec Netflix.

Diffuser des programmes qui attirent les gens n'est pas un bon modèle, déclarait en février Kevin Reilly, responsable de la nouvelle plateforme de diffusion en continu de WarnerMedia, HBO Max, en réponse au transfert de Friends. Ils doivent être exclusifs.

Six jeunes personnes blanches boivent des laits frappés en regardant la caméra.

La série « Friends » sera retirée de la plateforme d'écoute en ligne Netflix dès le printemps 2020.

Photo : La chaîne NBC

Disney a adopté la même stratégie pour sa future plateforme Disney+, où elle diffusera en exclusivité tous les films de Marvel, Pixar et Star Wars, alors que certains étaient jusqu'ici visibles ailleurs.

C'est un changement fondamental pour ces séries historiques, dont les rediffusions en boucle sur certaines chaînes du câble en avaient un peu dilué la valeur.

Netflix va le sentir passer, annonce Dominic Caristi, professeur de communication à l'université d'État de Ball, dans l'Indiana. Ils seront toujours numéro un pour un moment encore, mais ils perdront des parts de marché.

Et la plateforme Hulu devra faire sans la série culte Seinfeld, dont elle perdra les droits en 2021.

L'attrait irrésistible des comédies

Personne ne voit les séries emblématiques des années 1990 et 2000 comme susceptibles d'attirer à elles seules un public abonné, mais, pour les plateformes, il s'agit de s'assurer qu'il y a suffisamment de contenu qui vous intéresse, souligne cet expert.

Dans ce catalogue, rien ne vaut une comédie, pas même les immenses succès qu'ont été X-Files, Breaking Bad ou Mad Men.

Il n'y a pas besoin de les regarder dans l'ordre, souligne Dominic Caristi. Vous pouvez regarder un épisode au hasard et l'apprécier, dit-il.

Les quatre personnages principaux de la série « The Big Bang Theory » sont assis autour d'une table, mangent et discutent. D'autres personnes sont assises à d'autres tables.

Une scène de la série « The Big Bang Theory », une comédie très populaire qui a pris fin au printemps 2019.

Photo : Warner Bros. Television.

Paradoxalement, les plateformes sont prêtes à débourser des centaines de millions de dollars pour ces séries, mais elles n'en produisent quasiment pas elles-mêmes.

En 2020, aucun service de diffusion en continu ne devrait produire de comédies de situation (sitcoms) à l'ancienne.

Personne ne semble plus savoir comment faire des comédies, observe Michael Lembeck, qui a réalisé des dizaines d'épisodes de comédies de situation célèbres, notamment pour la série Friends.

Je pense que les plateformes n'ont pas repris ce format parce que la diffusion en continu, par nature, est faite pour présenter aux gens des histoires qui se déroulent de manière linéaire, comme un film, analyse Dana Coen, scénariste et professeur à l'Université de Caroline du Nord.

Tout le monde est néanmoins d'accord sur un point : la comédie de situation ne mourra jamais.

C'est comme pour tout dans cette industrie, abonde Dana Coen. Il suffira qu'une [nouvelle] comédie de situation marche sur une plateforme pour que les autres suivent.

Les gens ont envie de rire, insiste James Michael Tyler, qui jouait Gunther dans Friends. Plus encore aujourd'hui.

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