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Attaque en Arabie saoudite : Téhéran nie, Washington persiste dans ses accusations

L'Arabie saoudite s'est empressée aujourd'hui de redémarrer ses activités dans les usines pétrolières touchées par les attaques de drones qui ont réduit sa production de moitié, l'Iran ayant rejeté les allégations américaines.

Photo : Getty Images / FAYEZ NURELDINE

Radio-Canada

Alors que les rebelles yéménites houthis – soutenus par l'Iran – ont revendiqué les attaques contre des installations pétrolières saoudiennes, les États-Unis, eux, accusent Téhéran d'en être responsable en fournissant de nouveaux éléments qui démontreraient que l'attaque proviendrait d'Iran, et non du Yémen.

L'Iran a de son côté rejeté les accusations du secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, qui déclarait samedi sur Twitter que les États-Unis œuvreront avec leurs partenaires et alliés pour assurer l'approvisionnement des marchés énergétiques et pour que l'Iran rende des comptes pour son agression.

Le président Donald Trump a élevé le ton dimanche soir sur Twitter. «  Il y a des raisons de croire que nous connaissons le coupable », a-t-il écrit sur le réseau social. « Nous sommes prêts à ouvrir le feu [locked and loaded], mais nous attendons des nouvelles de l'Arabie saoudite pour savoir qui, à leur avis, est à l'origine de cette attaque et comment nous pouvons procéder. »

Par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, Téhéran a répliqué dimanche, jugeant ces accusations « insensées » et « incompréhensibles » et laissant entendre qu'elles permettraient la justification « d'actions futures » contre l'Iran.

Des responsables américains et saoudiens enquêteraient, selon le Wall Street Journal, sur la possibilité que l'attaque ait été menée avec des missiles de croisière lancés depuis l'Irak ou l'Iran. Or, Bagdad a aussi réfuté dimanche toute implication.

L'ampleur et la précision des attaques qui ont visé samedi des installations pétrolières en Arabie saoudite sont telles que les rebelles Houthis du Yémen ne peuvent pas en être les auteurs, a déclaré dimanche un haut responsable de l'administration américaine.

Les attaques contre Abkaïk et Khouraïs provenaient, a-t-il ajouté, d'une direction nord/nord-ouest, et donc pas du Yémen, qui se trouve au sud. Un drone, dit ce responsable du gouvernement Trump, a par ailleurs été repéré dans l'espace aérien du Koweït, au nord, attestant que l'attaque ne venait pas du Yémen.

Selon les éléments cités par ce responsable américain à l'appui des accusations de Washington, 19 points d'impact ont, dit-il, été recensés, ce qui cadrerait mal avec les déclarations des rebelles Houthis qui ont affirmé que dix drones avaient été utilisés pour cette double attaque.

Ces attaques, qui ont provoqué une réduction brutale de production de 5,7 millions de barils par jour, soit environ 6 % de l'approvisionnement mondial, pourraient faire grimper les prix de l'or noir lorsque les marchés rouvriront lundi, en plus d'ébranler la confiance des investisseurs.

Donald Trump a autorisé dimanche les autorités américaines à puiser dans la réserve stratégique de pétrole, si nécessaire, afin de maintenir un bon approvisionnement des marchés et de prévenir une augmentation des cours pétroliers.

L'annonce n'a pas suffit à rassurer les investisseurs. Dimanche soir, le prix du baril de pétrole augmentait de plus de 10 % sur les marchés mondiaux.

La Bourse de Riyad – capitale et principal centre financier d'Arabie saoudite – a chuté de 3 % même si le groupe Aramco a déclaré qu'il puiserait dans ses stocks pour compenser partiellement la baisse.

Le prince Abdel Aziz ben Salmane, nouvellement nommé ministre de l'Énergie, a, quant à lui, assuré qu'une partie de la baisse serait compensée par le recours à de vastes stocks.

Le géant pétrolier Aramco en chiffres :

  • 1949 : 500 000 barils de pétrole par jour
  • 1990 : 12 millions de barils par jour
  • 2018 : 111,1 milliards de dollars (US) de bénéfice net
  • 2018 : 356 milliards de dollars (US) de revenu annuel

S'il advenait que la responsabilité directe de l'Iran soit établie, un nouveau casse-tête de sécurité nationale s'annoncerait pour Donald Trump. Néanmoins, la conseillère à la Maison-Blanche, Kellyanne Conway, a annoncé sur les ondes de Fox News que « le président considérera toujours quelles sont ses options » ajoutant que les « conditions devaient être bonnes pour conclure un accord ou organiser une rencontre ».

De plus, si l'implication des rebelles yéménites houthis était avérée, les pourparlers que Washington a confirmés pourraient également être reportés.

Toutefois, l'ampleur des dégâts et les armes utilisées restent incertaines, les journalistes n'étant pas autorisés à s'approcher des installations. Le porte-parole du ministère saoudien de l'Intérieur, le général Mansour al-Turki, a néanmoins déclaré à l'Agence France-Presse que les attaques n'avaient fait aucune victime.

Des flammes orange et de la fumée noire tapissent le ciel de la localité d'Abqaiq.

Un incendie a éclaté à l'installation de Abqaiq de la pétrolière Aramco, en Arabie saoudite, à la suite d'une attaque au drone, samedi.

Photo : Reuters

Grands ennemis régionaux

James Dorsey, expert à la S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour, estime peu probable des représailles directes : Les Saoudiens ne veulent pas d'un conflit ouvert avec l'Iran. [...] Ils aimeraient que d'autres se battent pour eux, mais les autres sont réticents, a-t-il déclaré.

De son côté, le puissant prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, a déclaré que le royaume était « capable » de répondre à cette « agression terroriste », sans autres détails.

Cela va néanmoins attirer l'attention sur la guerre au Yémen, dans laquelle l'Arabie saoudite intervient depuis 2015 à la tête d'une coalition armée, a expliqué M. Dorsey.

L'envoyé de l'ONU au Yémen, Martin Griffiths, s'est déclaré « extrêmement préoccupé » par les attaques, qui ont été rapidement condamnées par des alliés de Riyad, soit les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït.

Paris a également exprimé sa « pleine solidarité avec l'Arabie saoudite ». Des ministres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), réunis à Jeddah, en Arabie saoudite, ont de leur côté condamné l'attaque.

Lors d'un entretien téléphonique entre le président américain Donald Trump et le prince héritier, la Maison-Blanche a condamné les attaques contre des « infrastructures vitales pour l'économie mondiale ».

Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, a déclaré que « toute turbulence de ce genre ne contribue pas à la stabilisation du marché des hydrocarbures ».

Bien que les puits de pétrole du royaume, dispersés sur de vastes régions, soient difficiles à atteindre, ses installations de traitement du brut sont beaucoup plus exposées, l'usine d'Abqaiq étant la plus « vulnérable », selon le Center for Strategic and International Studies, basé à Washington.

Avec les informations de Agence France-Presse

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