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Deux candidats « antisystème » en tête après le 1er tour de la présidentielle en Tunisie

Des Tunisiens célèbrent le résultat dans la capitale.

Les partisans du candidat à la présidence emprisonné, Nabil Karoui, ont célébré le résultat, dimanche, à Tunis.

Photo : AFP/Getty Images / Fethi Belaid

Radio-Canada

Le taux de participation au premier tour de la présidentielle en Tunisie, dimanche, a atteint 45 %, a annoncé l'instance chargée d'organiser les élections. On retrouve en tête deux candidats qui veulent une réforme en profondeur de l'État, alors que le premier ministre sortant est loin derrière.

« C'est un taux acceptable », a estimé le président de cette instance, Nabil Baffoun, qui avait rappelé qu'en 2014, la participation pour le premier tour s'était établie à 64 % en fin de journée.

Dans ce pays pionnier du Printemps arabe, sept millions d'électeurs sont appelés à choisir leur président parmi 26 candidats, notamment le premier ministre au bilan contesté, Youssef Chahed, le magnat des médias poursuivi pour blanchiment d'argent et incarcéré, Nabil Karoui, ou encore le premier candidat du parti d'inspiration islamiste Ennahdha, Abdelfattah Mourou.

Après une campagne intense sans clivage politique clair, des sondages circulant sous le manteau, car leur publication est interdite depuis juillet, montraient, dimanche matin encore, une grande indécision des électeurs face à une offre difficilement lisible.

Après un clivage pour ou contre la révolution lors de la première élection libre en 2011, puis pour ou contre les islamistes lors de la présidentielle de 2014, certains candidats ont tenté de se présenter comme candidats « antisystème », une façon de se distinguer d'une élite politique discréditée par des querelles de personnes, qui ont d'ailleurs favorisé l'émergence de figures indépendantes comme l'universitaire conservateur Kaïs Saïed.

Les sondages de sortie des urnes, effectués par les instituts tunisiens Sigma Conseil et Emrhod, donnaient Kais Saied à environ 19 % et Nabil Karoui, à environ 15 %.

Abdelfattah Mourou, du parti d'inspiration islamiste Ennahdha, arrive troisième avec 11 à 12 %, loin devant le premier ministre Chahed, situé entre 7 et 8 % selon ces sondages.

« Nabil Karoui est au second tour », a indiqué à l'AFP une responsable de son parti Qalb Tounes. Kais Saied a déclaré être arrivé « le premier au premier tour », s'appuyant sur ces mêmes sondages.

« Nous espérons qu'il sera libéré demain et qu'il pourra mener campagne de façon équitable », a déclaré de son côté l'épouse de M. Karoui, Salwa Smaoui, devant la presse, avant de lire une lettre écrite par son mari.

« Nous espérons pour ce second tour que l'injustice cesse et que la compétition électorale soit équitable envers les deux candidats, avec un respect total de la Constitution, des lois et de la volonté des citoyens et des électeurs », a-t-elle lu.

Des soldats surveillent le transport des urnes.

Environ 70 000 membres de forces de sécurité ont été déployés dimanche en Tunisie pour assurer le bon déroulement du scrutin.

Photo : Reuters / Muhammad Hamed

Crise sociale

Les Tunisiens sont avant tout préoccupés par la crise sociale dans un pays sous perfusion du Fonds monétaire international (FMI), où le chômage ronge les rêves de nombreux jeunes et l'inflation pèse sur des revenus déjà faibles.

Le premier ministre sortant est handicapé par le bilan controversé de ses trois années au pouvoir, marquées par une nette amélioration de la sécurité, mais une dégradation du pouvoir d'achat des Tunisiens, qui lui a valu des grèves inédites, en janvier notamment.

Face à lui, Nabil Karoui a gagné en popularité ces dernières années en organisant des distributions de nourriture et d'électroménagers médiatisées par la chaîne de télévision qu'il a fondée, Nessma.

Ses détracteurs voient en lui un mafieux s'inspirant de l'ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi, ses partisans soulignent qu'il a sillonné la Tunisie défavorisée comme aucun dirigeant politique.

Sous le coup d'une enquête pour blanchiment et évasion fiscale depuis 2017, il a été arrêté dix jours avant le début de la campagne électorale et a annoncé jeudi qu'il entamait une grève de la faim pour protester contre la « persécution » dont il s'estime victime. Son parti avait directement accusé Youssef Chahed d'être derrière son arrestation.

Celui qui se classe actuellement premier, Kais Saied, est surnommé « Robocop » en raison de son débit saccadé. Constitutionnaliste, il a fait campagne uniquement par du porte-à-porte après s'être fait connaître en décryptant depuis 2011 les premiers soubresauts de la démocratie tunisienne sur les plateaux télévisés.

Kais Saied, dimanche, peu de temps après avoir voté à Tunis.

Kais Saied, dimanche, peu de temps après avoir voté à Tunis.

Photo : AFP/Getty Images / Fethi Belaid

Visage de cire, posture rigide, cet universitaire de 61 ans toujours impeccablement sanglé dans son costume, est un indépendant sans parti politique, au credo « antisystème » et très conservateur.

Pontifiant sur les manquements à la Constitution, dans un arabe châtié, parfois ampoulé, il a souvent éclairé les débats et les rebondissements parlementaires de la Tunisie post-révolutionnaire, lorsqu'il était invité par les principales chaînes de télévision du pays.

Ce néophyte en politique, commentateur des chamailleries partisanes, est apparu dans les sondages au printemps, et son ascension est perçue comme l'expression du ras-le-bol vis-à-vis de la classe politique traditionnelle.

Son principal axe de campagne a d'ailleurs été de critiquer les élites au pouvoir, renvoyant dos à dos tous les partis, et refusant tout programme vendant de « l'illusion ».

M. Saied propose un changement de système en changeant d'institutions : réforme de la Constitution et des modes de scrutins, décentralisation « afin que la volonté du peuple parvienne jusqu'au pouvoir central et mette fin à la corruption », a-t-il indiqué durant sa campagne.

Un test pour la démocratie

Ce scrutin est un « test » pour la jeune démocratie tunisienne, car il « pourrait nécessiter d'accepter la victoire d'un candidat clivant », affirme la chercheuse Isabelle Werenfels.

La Tunisie ne sera pas sauvée ni ne va sombrer, tempère l'éditorialiste Ziyed Krichen. Les Tunisiens ont expérimenté l'islamisme, les centristes, peut être vont-ils expérimenter d'autres aventures mirobolantes, un peu inquiétantes, mais je pense que [...] il y aura toujours de la résistance.

Des estimations et sondages sont attendus dans la nuit de dimanche à lundi, mais les résultats préliminaires ne seront annoncés que mardi par l'instance chargée des élections.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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