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La chorale libératoire des « trans » musicaux en Chine

Des membres de la chorale se produisent sur une scène.

La chorale est avant tout un moyen de partager des expériences de vie au sein d'une communauté marginalisée en Chine.

Photo : Getty Images / Hector Retamal

Agence France-Presse

« Mon reflet dans le miroir est celui d'un étranger. Qui est le vrai, qui est le faux? », chantent une dizaine de personnes transsexuelles dans un vieux théâtre du sud-ouest de la Chine.

Au pied des tours de Chengdu, une métropole considérée comme la capitale LGBT chinoise, la chorale est avant tout un moyen de partager des expériences de vie au sein d'une communauté toujours officiellement considérée comme souffrant de «maladie mentale».

Alors que la musique s'évanouit, l'un des membres du choeur, Fang Yuran, bandeau mauve et veste noire sur chemisier rose, raconte son passé d'adolescente dans l'Anhui, l'une des provinces les plus pauvres de l'est du pays.

Le public manifeste son émotion quand Yuran évoque sa ville natale de Hefei, qui « s'est bien développée ces dernières années », mais où «l'attitude des gens et leur façon de penser restent à la traîne».

Fang Yuran, née fille il y a 31 ans, s'est d'abord identifiée comme lesbienne à son entrée à l'université, avant de suivre une thérapie, pensant pouvoir se « guérir » de son homosexualité.

Finalement, avec l'acceptation croissante de la transsexualité en Chine, elle a commencé en 2015 à prendre de la testostérone, mais ne s'identifie à aucun des deux sexes.

Un jour, un ami m'a dit qu'il fallait que je découvre qui j'étais et que j'écoute qui je suis, raconte Yuran à l'AFP. Petit à petit, j'ai commencé à découvrir la personne que je suis devenue aujourd'hui.

Le rejet

Trois chanteurs posent sur une scène.

Plusieurs transgenres chinois se disent encore victimes de rejet et confient souffrir de dépression.

Photo : Getty Images / Hector Retamal

Si les transsexuels sont désormais mieux acceptés en Chine, beaucoup d'entre eux se disent encore victimes de rejet et confient souffrir de dépression.

Fang Yuran parle d'une relation parfois troublée avec ses parents. Ceux-ci ont fini par accepter son homosexualité, mais pas vraiment son identité transgenre.

Quand j'ai coupé mes cheveux, et que ma mère m'a vue lorsqu'on a discuté ensuite en vidéo sur Internet, elle m'a engueulée, raconte Yuran. Mais quand je lui ai parlé de ma copine, elle a juste froncé les sourcils, sans plus. Peu importe la personne tant que je suis avec quelqu'un.

À Chengdu, la chorale se produit au Milk LGBT Gala, un festival qui porte le nom d'Harvey Milk, le premier homme politique ouvertement gai aux États-Unis.

L'événement présente un ballet d'hommes habillés en robes ainsi qu'une pièce de théâtre sur la transsexualité.

Un contraste

Fang Yuran tient la main de son amoureuse.

Fang Yuran (gauche) marche en compagnie de sa copine dans les rues de Chengdu.

Photo : Getty Images / Hector Retamal

L'ouverture de cette grande ville du sud-ouest de la Chine aux questions d'identité sexuelle contraste fortement avec la vie quotidienne de Fang Yuran dans sa province d'origine, où elle reste officiellement une femme dans sa vie professionnelle de travailleuse sociale.

Hefei, la capitale de l'Anhui, compte peu d'associations LGBT et le sujet n'apparaît pas au grand jour.

Fang Yuran n'en organise pas moins là-bas des soirées ciné-club, avec des films consacrés aux thèmes LGBT, lors desquelles les membres de la communauté peuvent se retrouver en toute quiétude.

Son espoir est qu'avec le temps la société acceptera les trans tels qu'ils sont.

Après tout, nous sommes une minorité au sein d'une minorité. Les gens ne nous connaissent pas vraiment, témoigne Yuran. Il y a aussi beaucoup de trans, comme moi, qui préfèrent se cacher.

Communauté LGBTQ+

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