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Crise du canola : lourdes pertes pour les fermiers sans le marché chinois

Champ de canola en fleur à l'avant-plan avec une ferme derrière.

Le canola est la source de revenus la plus importante pour les producteurs de grains au Canada depuis une dizaine d’années.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Marc-Yvan Hébert

La crise diplomatique avec la Chine pourrait coûter un milliard de dollars aux producteurs de grains canadiens.

Gilbert Sabourin cultive du grain sur 1600 hectares dans la vallée de la rivière Rouge, au Manitoba.

Au printemps 2019, il a réduit ses hectares semés en canola de 15 % et il a remplacé cette culture par de l’avoine et du maïs. Il estime qu’il a plus de chance de faire du profit avec ces cultures, puisque le prix du canola a chuté à la fin de l’hiver.

Ça fait trois mois qu'on n’a pas vendu de canola. Il reste dans la grainerie.

Gilbert Sabourin, producteur de grains
Gilbert Sabourin au volant d'un tracteur dans un champ.

Gilbert Sabourin photographié alors qu'il sème ses champs au printemps 2019, près de Saint-Jean-Baptiste, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Pourtant, depuis une dizaine d’années, le canola est la source de revenus la plus importante pour les producteurs de grains au Canada.

Les fermiers au milieu d’une crise diplomatique

Tout a basculé pour eux le 1er décembre 2018. Meng Wanzhou, la directrice financière du géant des télécommunications Huawei, est arrêtée ce jour-là par les autorités canadiennes à l’aéroport de Vancouver.

Malgré les protestations du gouvernement chinois, elle est assignée à résidence en attente d’une audience concernant une demande d’extradition vers les États-Unis.

Quelques semaines plus tard, la Chine révoque les permis d’importation de canola des deux plus grandes sociétés céréalières au Canada, Richardson International et Viterra.

Des parasites auraient été trouvés dans des cargaisons de canola canadien, des allégations que l’Agence canadienne d’inspection des aliments ne réussit pas à confirmer.

La nouvelle a secoué le monde agricole, affirme Jean-Marc Ruest, vice-président de Richardson International.

C'était vraiment, à court terme, essayer de voir ce qu’on allait faire avec nos exportations : éteindre les feux, puis limiter les pertes.

Jean-Marc Ruest, vice-président de Richardson International
Élévateur à grain de la société Richardson avec une autoroute à l'avant-plan.

La société Richardson International possède un élévateur à grains à Portage-la-Prairie, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Le prix du canola dégringole

50 % du canola exporté par le Canada est vendu en Chine. En 2018, cela représentait près de cinq millions de tonnes, ce qui correspond à une valeur de 2,7 milliards de dollars.

La perte du marché chinois fait dégringoler le prix de la récolte. À la fin de janvier 2019, le canola se vendait presque 490 dollars la tonne. Début mai, le prix avait chuté à 430 dollars, une baisse de 12 % de sa valeur.

Dans l'industrie canadienne de canola, nous vivons des exportations.

Brian Innes, vice-président du Conseil canadien du canola

Chez les producteurs de grains, c’est la consternation. Le canola a été une récolte profitable pour eux et il se vend facilement à une usine de transformation lorsqu'ils ont besoin d’argent rapidement.

Des grains noirs de canola coulent et s'empilent sous un entrepôt.

Le prix du canola a connu une forte baisse au cours des derniers mois.

Photo : Radio-Canada

À Saint-Jean-Baptiste, au Manitoba, Gilbert Sabourin conservait en entrepôt 10 000 boisseaux de canola de sa récolte de 2018. Il avait l’intention de vendre son inventaire pour aider à payer les semences du printemps 2019.

Il explique qu’il a dû vendre son canola à perte.« Il te faut de l’argent liquide. Si c’est deux, trois dollars de moins le boisseau, c’est 20 à 30 000 dollars de moins », dit-il.

Les producteurs de grains canadiens ont semé en moyenne 10 % de moins de canola cette année, soit 600 000 hectares – une superficie plus grande que celle de l’Île-du-Prince-Édouard.

Le soja aussi touché

Mais le canola n’est pas la seule culture affectée par la crise diplomatique avec le gouvernement chinois.

En temps normal, la Chine achète aussi 60 % du soja canadien destiné à l’exportation – des ventes d’une valeur de près de deux milliards de dollars par année.

Or, les clients chinois ont aussi cessé presque complètement l’importation de soja canadien depuis janvier 2019.

Fin mars, près de trois millions de tonnes de soja se trouvaient dans les entrepôts des fermiers et des exportateurs, en attente d’un contrat de vente. Des stocks inégalés pour cette culture dont le prix a baissé d’environ 8 %.

Les exportateurs tentent de trouver de nouveaux marchés pour ces récoltes. Un million de tonnes supplémentaires de canola ont été vendus en Europe cette année, notamment.

Mais il est difficile, voire impossible, de remplacer complètement un marché de la taille de la Chine.

Vue aérienne de plusieurs champs verts sous un ciel bleu avec quelques nuages.

L'Argentine possède aussi de vastes champs de soja et de maïs.

Photo : Shutterstock

Certains craignent que le Canada ne perde pour toujours sa part du marché chinois, puisque les acheteurs doivent maintenant se tourner vers des oléagineux provenant d’ailleurs.

Sans le canola, nos clients chinois n’ont pas le choix, ils doivent chercher d’autres huiles.

Brian Innes, vice-président du Conseil canadien du canola

Une délégation chinoise a d’ailleurs visité l’Argentine en août dans le but d’acheter, pour la première fois, du tourteau de soja de ce pays.

Pertes financières importantes

Fin août 2019, Gilbert Sabourin constate que les rendements de ses champs d’avoine et de maïs seront bien inférieurs à la moyenne. Les cultures ont souffert en raison d’un été beaucoup trop sec.

Le producteur de grains est convaincu qu’une récolte normale de canola lui aurait permis d’atténuer ces pertes.

L'avoine, c'est une récolte qui prend beaucoup d'eau pour finir sa saison, tandis que le canola a besoin d’un peu moins d'eau. Avec mon canola régulier, j'aurais probablement une meilleure récolte, affirme-t-il.

Une moissonneuse-batteuse récolte un champ d'avoine sous un ciel bleu.

Gilbert Sabourin considère que sa récolte en avoine pour la saison 2019 n'a pas offert le rendement attendu.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

La crise actuelle coûtera un milliard de dollars aux agriculteurs canadiens en 2019, selon le Conseil canadien du canola.

Gilbert Sabourin sait déjà que ses revenus seront réduits de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Et il n’est guère plus optimiste lorsqu'il pense aux années à venir. La Chine ne va pas changer d'idée juste comme ça. Je pense que tout ce dommage, c'est permanent, pense-t-il.

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