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Une mère explique pourquoi elle préfère le CPE à la maternelle 4 ans

Un enfant joue avec des blocs.

644 classes de maternelle 4 ans sont maintenant ouvertes sur le territoire québécois. Le ministère de l'Éducation prévoit d'en ouvrir jusqu'à 2600 au cours des prochaines années.

Photo : Radio-Canada

Mathieu Dion

Si les classes de maternelle 4 ans débordent rapidement à certains endroits du Québec, en région éloignée, c’est parfois tout le contraire qui se produit. Les enfants de cet âge, peu nombreux, peuvent être facilement accueillis par les écoles, mais au détriment des centres de la petite enfance (CPE).

Nous sommes en Abitibi-Témiscamingue, à la fin du mois d’août. Un garçon de 4 ans, que nous nommerons ici Félix pour protéger son identité, est inscrit au CPE Au village des petits lutins, à Lorrainville.

Mais à la toute dernière minute, sa mère hésite : pourquoi pas la maternelle 4 ans? Elle contacte la direction de l’École Notre-Dame pour savoir s’il est possible d’y inscrire son enfant. Sa résidence ne se situerait pas dans un milieu très défavorisé – une exigence que veut abolir le gouvernement caquiste –, mais on évoque une « zone grise » dans son cas. L’admission est acceptée.

Madame se rend donc visiter l’école en compagnie de son fils. « Ça n’a pas été le gros coup de cœur, admet-elle. Il était timide, il se cachait derrière moi. »

C’est que l’école primaire est divisée en deux établissements : celui de Béarn qui compte une classe de maternelle 4 ans et les classes de 3e, 4e, 5e et 6e années, et celui de Fabre où se trouvent la maternelle 5 ans ainsi que la 1re et la 2e années.

Depuis plus de trois années maintenant, les enfants de 4 ans sont donc séparés des autres élèves plus jeunes « en raison d’une problématique d’espace » à l’établissement de Fabre, nous explique la directrice des services éducatifs de la Commission scolaire du Lac-Témiscamingue, Nicole Lavoie. « Ça permet aux enfants plus vieux d’être des grands frères et des grandes sœurs, ajoute-t-elle. On prend le soin de rajouter une surveillante dans la cour. »

C’est sûr que dans le meilleur des mondes, les maternelles 4 ans auraient été avec le préscolaire 5 ans et le 1er cycle.

Nicole Lavoie, directrice des services éducatifs de la Commission scolaire du Lac-Témiscamingue

Un service de garde dans l’autre établissement

Ce qui chicotait aussi la maman de Félix, c'était l’absence d’un service de garde à l’école. À l’heure du midi, seuls quelques surveillants sont chargés de superviser les enfants. Au dernier son de cloche en milieu d’après-midi, pour avoir accès à un service de garde, les enfants doivent être transférés ailleurs par autobus, soit à Lorrainville ou à Fabre, où les parents peuvent les recueillir après le travail.

Présentement, sur les 14 élèves de maternelle 4 ans, un seul doit ainsi se déplacer pendant une dizaine de minutes chaque fin d’après-midi.

« On me disait qu’il allait y avoir des transferts, rapporte la mère. C’était plus difficile pour le transport scolaire. »

Elle indique que l’école ferme bien plus tôt que le CPE : « Il aurait fallu que je paye une heure de service de garde pour aller chercher mes enfants à la même heure et que je sois obligée de me trouver une gardienne un an de plus à l’avance pour l’été. Ça a quand même pesé dans la balance. »

Les parents de Félix se sont donc ravisés et ont confirmé le maintien de la place de leur enfant au CPE.

Le CPE subit les contrecoups de la maternelle 4 ans

Contrairement aux grands centres urbains du Québec, les listes d’attente en CPE sont parfois courtes en régions éloignées, comme à Lorrainville. Si courtes qu’il manque parfois d’enfants pour constituer de nouveaux groupes.

Le CPE que fréquente Félix se trouve dans cette situation. À cela s'ajoute la décision du ministère de l’Éducation de permettre cette année à des enfants en milieu moins défavorisé d’être admis à la maternelle 4 ans.

« L’effet, explique la directrice générale par intérim du CPE Francine Champoux, est qu’on doit mixer des enfants de 3 ans et de 4 ans. »

Selon le ratio prévu par le gouvernement et puisque chaque enfant équivaut à une subvention, il faut normalement 10 enfants pour former un groupe avec une éducatrice. Il en manque présentement à Francine Champoux 2 de 4 ans pour créer un groupe du même âge.

Je viens de priver par le fait même deux enfants d’une place en CPE.

Francine Champoux, directrice générale par intérim, Au village des petits lutins

Mme Champoux estime ainsi « subir » des contrecoups du déploiement de la maternelle 4 ans tout en reconnaissant que ces effets peuvent être bénéfiques. Mais, comme dans le cas du petit Félix, « ce n’est pas bénéfique pour tous les enfants », fait-elle valoir.

Un appel à une « politique 0-6 ans »

Dans ce contexte, l’Association québécoise des CPE demande au gouvernement de plancher sur une étude qui analyserait les besoins de chaque région afin d’offrir des « services suivant une logique populationnelle ». Une véritable « politique 0-6 ans » éviterait le développement de « programmes en silos ».

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, admettait d’ailleurs à la rentrée scolaire ne pas connaître le nombre d’enfants s’étant déplacés de la garderie à la maternelle 4 ans.

Mathieu Dion est correspondant parlementaire à Québec

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