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La fréquence des inondations, un casse-tête pour les agriculteurs

Un arbre au milieu d'un champ agricole inondé.

Les inondations forcent le milieu agricole à se questionner.

Photo : Radio-Canada

Catherine Mercier
Mis à jour le 

Les récoltes ne sont pas terminées, mais on prévoit que la facture des inondations du printemps 2019 sera aussi élevée qu’en 2017. Cette année encore, des milliers d’hectares de terres se sont retrouvés sous l’eau. Dans le milieu agricole, certains se questionnent sur l’avenir des cultures en zone inondable.

Avril 2019. Daniel Barrette, un jeune producteur laitier de Saint-Barthélemy, sur les rives du lac Saint-Pierre, est inquiet.

Dans la troisième semaine d'avril, [ça a] monté en deux jours. Un phénomène que je n'ai jamais vu. J'ai 36 ans. Je n'ai jamais vu autant d'eau... De l'eau monter si vite que ça dans un temps record.

Daniel Barrette, producteur laitier

Comme tous les agriculteurs qui cultivent dans la grande plaine inondable du lac Saint-Pierre, il a l’habitude des inondations printanières.

C'est normal d'avoir de l'eau deux semaines. Là, on en a eu pendant un mois et demi, ce qui n'est pas normal, dit-il.

Sol perturbé

Quand l’eau stagne si longtemps dans les champs, cela bouleverse le calendrier des semis. Mais toute la vie dans le sol est aussi perturbée : privés d’oxygène, les vers de terre disparaissent et les racines des plantes sont asphyxiées.

Les premières espèces à disparaître, ce sont les légumineuses. On parle de la luzerne, le lotier, les trèfles. Tout ça, ce sont des plantes qui ont besoin d'aération au niveau du sol, explique l'agronome David Girardville.

M. Girardville parle à la caméra. Il est de profil, au milieu d'un champ.

David Girardville, agronome

Photo : Radio-Canada

Les légumineuses sont des plantes très protéinées qui entrent dans la composition du foin, que l’on donne notamment aux vaches laitières. À Saint-Barthélemy, Daniel Barrette a perdu 90 % de ses superficies en foin cette année. Dès le printemps, il a dû dépenser 20 000 $ pour pouvoir nourrir son troupeau de 130 vaches, alors que sa ferme est normalement autosuffisante en foin.

Économiquement, ça nous touche : c’est du foin qu’on avait budgété, qui était dans nos réserves à venir. Là, il faut se retourner de bord et il faut dépenser pour acheter du foin. [...] C’est un coup de jambette qui va nous suivre pour une couple d’années.

Daniel Barrette, producteur laitier

Un scénario qui se répète

Au Québec, le portrait de la saison 2019 ressemble à celui de 2017. Plus de 2500 hectares de terres ont subi des dommages liés aux inondations et la Financière agricole, qui assure les récoltes des producteurs de la province, leur a déjà versé des indemnités de près d’un million de dollars.

Les experts du climat s’entendent : le réchauffement de la planète entraînera plus de précipitations extrêmes, la principale cause des inondations. Au Canada, les inondations sont déjà les catastrophes naturelles qui provoquent le plus de dégâts matériels. Et elles coûtent de plus en plus cher.

Un champ inondé en été. Au loin, il y a une grange et des arbres.

Les inondations peuvent causer des dommages importants.

Photo : Radio-Canada

Selon le Bureau d’assurance du Canada, de 1983 à 2008, les événements météorologiques extrêmes liés à l’eau, incluant les inondations, ont coûté 136 millions de dollars en moyenne par année aux assureurs.

Depuis 2009, ce montant a bondi à 595 millions par année au pays. Et cela ne comprend pas les biens non assurés, ni les pertes agricoles et les dommages aux infrastructures.

C’est sûr qu’avec les changements climatiques, c’est le genre d’événements qui risque de se produire de plus en plus. Ça va amener le MAPAQ et la Financière agricole à revoir leurs programmes, leurs politiques. Il pourrait y avoir des endroits où on n’assure pas les cultures.

Bruno Larue, Centre de recherche en économie de l'environnement, de l'agroalimentaire, des transports et de l'énergie à l’Université Laval

Pour l’instant, les agriculteurs peuvent assurer toutes leurs cultures, même celles situées en zones 0-2 ans, où la probabilité qu'il y ait une inondation est de 50 % chaque année. De plus, ils sont libres d’y semer ce qu’ils veulent.

Au Québec, l’assurance récolte est un programme à frais partagés : 40 % des frais sont assumés par les producteurs et 60 % sont remboursés à même les fonds publics.

Un champ inondé au printemps. Des tiges pointent hors de l'eau ainsi qu'une clôture en métal. Au loin, il y a des bâtiments agricoles.

Inondations printanières

Photo : Radio-Canada

Se tourner vers d’autres cultures?

À l’heure où le gouvernement Legault propose un montant pour racheter les maisons dans les zones à risque, les options pour les agriculteurs, inondés année après année, ne sont pas évoquées. Mais déjà, certains producteurs remettent en question leurs pratiques dans les secteurs qui sont en proie aux inondations.

Encore cette année, Daniel Barrette a dû abandonner plusieurs hectares de terres : l’eau s’est retirée trop tard pour qu’il puisse semer les cultures prévues. Au lieu du maïs et du soya, il songe à se tourner vers d’autres cultures annuelles qui poussent plus rapidement, comme les haricots.

« Les haricots de conserverie, entre le semis et la récolte [...], on parle d’une soixantaine de jours de croissance. Le soya, la saison de croissance est de juin à octobre et le maïs, c’est 30 à 40 jours de plus que le soya », explique Daniel Barrette.

M. Barrette parle à la caméra. Il est dans son étable.

Daniel Barrette, producteur laitier

Photo : Radio-Canada

Mais certains poussent la réflexion plus loin encore et suggèrent d’abandonner les cultures annuelles comme le maïs et le soya dans les zones inondables, où elles sont aujourd’hui abondamment cultivées.

On devrait, au fond, adapter nos zones humides à des cultures pérennes comme du foin. Les zones inondables, ça devrait rester en foin puis tout simplement remettre nos espèces, si on a une inondation comme on a vécu en 2019, ça serait peut-être de remettre de la semence, dit David Girardville.

Après la récolte, les cultures annuelles laissent peu de résidus aux champs. Le sol est donc plus vulnérable à l’érosion. Un couvert végétal comme le foin permettrait d’avoir en permanence des racines qui retiennent la terre, ce qui aurait pour effet de diminuer l’érosion et la pollution de l’eau.

Certains programmes en ce sens ont déjà été lancés dans le passé, mais leur succès a été mitigé. Il faudrait donc trouver un nouveau moyen d'inciter les agriculteurs à adopter une culture, parfois moins lucrative, mais meilleure pour la santé des écosystèmes.

Le reportage de Catherine Mercier et d'André Raymond est diffusé à l’émission La semaine verte, samedi, à 17 h, à ICI Radio-Canada Télé.

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