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Consigne élargie : des industries s'unissent pour faire reculer Québec

Des syndicats réclament toujours l'instauration d'une consigne sur les bouteilles de vins et de spiritueux vendus à la SAQ.

Photo : Radio-Canada

Alexandre Duval

Opposés à une réforme complète de la consigne au Québec, des représentants industriels espèrent renverser la vapeur. Radio-Canada a appris qu'ils ont fait une proposition au gouvernement : ne pas élargir la consigne, mais créer un fonds de 25 millions de dollars pour améliorer la récupération des bouteilles.

Embouteilleurs, brasseurs, détaillants en alimentation, restaurateurs et transformateurs sont unis dans cette démarche. Selon nos informations, ils ont rencontré le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, le 3 septembre dernier.

Ce jour-là, ils ont demandé au ministre de maintenir la consigne telle qu'elle est actuellement au Québec : un remboursement de 5 ¢ à 20 ¢ pour certains contenants en verre, aluminium ou plastique qui contiennent de la bière, des boissons gazeuses ou énergisantes.

En échange, ils proposent que des frais de 1 ¢ soient imposés au consommateur sur chaque boisson non alcoolisée vendue dans un contenant de verre, d'aluminium ou de plastique au Québec.

L'argent collecté – évalué à 25 millions de dollars chaque année – serait versé dans un fonds spécial. Sa mission serait d'améliorer la collecte des matières recyclables hors des foyers, comme dans les parcs, les édifices ou sur les lieux de grands événements.

La coalition de représentants industriels a aussi proposé au ministre de l'Environnement d'investir plus massivement pour moderniser les centres de tri dans la province.

Une idée reçue froidement?

Ces propositions, d'après ce que nous avons appris, n'ont pas paru susciter un grand enthousiasme de la part du ministre Benoit Charette, qui a décliné notre demande d'entrevue.

Le ministre envisage pourtant de réformer la consigne au Québec de façon assez sérieuse. D'une part, il souhaiterait étendre la consigne à toutes les boissons vendues dans des bouteilles de verre ou de plastique.

Il est en entrevue.

Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Photo : Radio-Canada

D'autre part, le ministre envisagerait de faire construire 400 centres de dépôt dans la province, où les citoyens pourraient retourner leurs bouteilles vides et obtenir leur remboursement.

À cela s'ajouteraient jusqu'à 1500 détaillants en alimentation qui aurait suffisamment d'espace pour entreposer toute cette masse de contenants vides. Les écocentres de la province pourraient aussi être mis à profit.

Signe de la volonté du gouvernement d'aller dans cette direction, une petite délégation de Recyc-Québec a récemment été envoyée en Alberta et en Colombie-Britannique.

Le mandat des deux employés était d'observer le fonctionnement du système de consigne de ces provinces, où des centres de dépôt sont en place.

Trop cher, trop compliqué

On pense que c'est un modèle extrêmement coûteux avec un très faible potentiel d'augmentation de récupération, lance Martin-Pierre Pelletier, conseiller spécial à l'Association canadienne des boissons (ACB), au sujet des intentions du gouvernement.

Représentant la majorité des fabricants de boissons non alcoolisées partout au pays, l'ACB affirme que les centres de dépôts ont engendré descoûts exorbitants en Colombie-Britannique.

Selon M. Pelletier, le système québécois fonctionne relativement bien tel qu'il est. Les gens sont habitués de retourner certains contenants à l'épicerie et, pour le reste, il y a la collecte sélective.

Mieux vaut tabler là-dessus, dit M. Pelletier, tout en investissant dans la modernisation des centres de tri et en améliorant les infrastructures pour récupérer plus de contenants vides.

Ce qui garantit un succès dans les initiatives comme ça, dans la population, ça prend de l'éducation et de l'information, mais également, il faut rendre le geste simple pour le consommateur.

Martin-Pierre Pelletier, conseiller spécial à l'Association canadienne des boissons

Je ne suis pas sûr qu'on a le temps, le samedi matin, de rajouter un centre de dépôt sur notre trajet pour aller porter des contenants, faire la file pour déposer ces contenants-là, pour recevoir quelques dollars en échange, illustre M. Pelletier.

Conséquences en restauration

L'Association Restauration Québec (ARQ), qui représente l'intérêt de milliers de restaurateurs dans la Belle Province, craint pour ses membres si la volonté du gouvernement se matérialise.

Ce qu'on a peur, nous, c'est d'être sacrifiés, c'est de se retrouver à la fin de la chaîne et devoir, à chaque jour [...] aller porter des dizaines de bouteilles dans un centre de dépôt qui, disons-le, ne sera pas nécessairement près du lieu du restaurant, lance le porte-parole de l'ARQ, François Meunier.

Ses membres achètent pour environ 23 millions de dollars de vin chaque année à la Société des alcools du Québec (SAQ), rappelle-t-il. Des problématiques liées à l'entreposage des bouteilles vides pourraient émerger.

François Meunier, porte-parole de l'Association Restauration Québec

François Meunier, porte-parole de l'Association Restauration Québec

Photo : Radio-Canada

Garder des bouteilles de vin, ça fait des petites mouches et on est assujetti à des normes d'hygiène et de salubrité.

François Meunier, porte-parole de l'Association Restauration Québec

Le contexte de pénurie de main-d'oeuvre rend le projet du gouvernement encore plus complexe, prévient M. Meunier.

Est-ce qu'on peut se permettre de prendre un aide-cuisinier et de l'envoyer une heure, aller porter des bouteilles vides [au centre de dépôt], quand tout simplement on pourrait les mettre dans un bac [bleu] à l'arrière de l'établissement?, s'interroge-t-il.

M. Meunier dit cependant qu'il reste confiant puisque le dialogue se poursuit avec le gouvernement du Québec. La nouvelle stratégie de gestion des matières résiduelles doit être présentée par le ministre de l'Environnement cet automne.

Québec

Politique provinciale