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Sida : le prix de la vérité

Daniel Robichaud a survécu au sida.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Janique LeBlanc

Daniel Robichaud est presque un miraculé. En 2017, il a frôlé la mort. Fatigue extrême, grande confusion, multiples infections, le corps et le visage couverts de zona, Daniel est gravement malade. Il consulte plusieurs médecins et spécialistes. Le diagnostic frappe aussi fort que la maladie : il a le sida. Le VIH a envahi son corps et presque anéanti son système immunitaire.

Le dommage qui arrive au corps humain quand tes lymphocytes tombent à 50 copies, même en dessous de 200, le monde en meurt à 200, moi j’étais à 2, confie Daniel Robichaud.

Daniel perd plus de 60 livres. Il est très faible et désorienté. Il devient difficile de cacher sa maladie. À Meteghan, une petite communauté de Clare, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, les rumeurs commencent à circuler. Daniel décide de prendre le taureau par les cornes et de révéler qu’il est atteint du sida. Cet aveu le soulage, mais une autre épreuve l’attend : la perte d’amis proches dans la communauté homosexuelle.

Un village sur le bord de la mer avec des maisons de différentes couleurs.

La communauté de Meteghan en Nouvelle-Écossse

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Du jour au lendemain, des amis proches avec qui Daniel communiquait fréquemment ont disparu de sa vie. Il s’agissait d’amis, de confidents, certains séropositifs, qui l’aidaient et l’appuyaient dans cette épreuve. Daniel croit qu’ils ont eu peur d’être associés à un homme ouvertement séropositif.

Ç’a été traumatisant parce que quand tu es un peu perdu et très malade et que tu vis une grande confusion et un grand trauma comme ça, ces gens-là, c’est le sang dans les veines. Ç’a été très, très dur de perdre ça. Là, j’étais tout seul.

Daniel Robichaud

Selon lui, il existe une culture du silence entourant le sida et le VIH dans la communauté homosexuelle. Les gens ont peur d’être stigmatisés par leurs proches, leur employeur ou leur église.

Si tu n'es point partie de la culture de cacher le secret, tu es exproprié de cette communauté-là, déplore l’Acadien.

Daniel se retrouve isolé et malade. Sa famille devient son principal soutien émotionnel, psychologique et financier. Une épreuve difficile pour ses parents Marie-Colombe et Camille Robichaud, qui ont déjà perdu leur fils aîné, mort du cancer à l’âge de 36 ans. Sa mère déplore la discrimination dont Daniel fait l’objet dans la communauté.

Deux ans après son diagnostic, Daniel Robichaud va un peu mieux. Sa survie, il la doit à une panoplie de médicaments et à la trithérapie, à plusieurs opérations ainsi qu’à des soins et des traitements réguliers.

Témoignage de Marie-Colombe Robichaud, mère de Daniel Robichaud

Le VIH n’est plus détectable chez Daniel. Il ne peut donc plus transmettre le virus, mais il ne peut pas travailler en raison des séquelles importantes laissées par la maladie.

Je suis déjà deux ans dans le voyage permanent du sida. J’attends encore une autre chirurgie. J’ai des effets secondaires à gérer. J’attends encore mon mapping psychoneurologique parce que dans le traitement j’ai eu des dommages cérébraux. [...] Il y a du dommage au cerveau. Ça m’affecte tous les jours, explique Daniel.

Une boîte de carton remplie de plusieurs bouteilles vides de médicaments.

Les bouteilles vides des médicaments qui ont sauvé la vie de Daniel Robichaud

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

La motricité fine de Daniel est diminuée. Il éprouve des hallucinations tactiles lui donnant la sensation que des insectes se promènent sur son corps. Il ressent aussi chaque poil, chaque cheveu.

Tes cheveux, tu n'es pas au courant que tu les as, mais moi je le suis. Tu ne peux point fermer la switch. Ça devient délirant.

Daniel Robichaud

Nouvelle mission : lutter contre la stigmatisation

Recouvrer sa santé et une qualité de vie est devenu un combat quotidien pour Daniel Robichaud. Il s’investit aussi dans la lutte contre la stigmatisation des gens porteurs du VIH.

Un montage d'images artistiques que l'intervenant partage sur les médias sociaux.

Daniel Robichaud se tourne vers les médias sociaux, dont Instagram, où il partage des images afin de contrer la stigmatisation des gens séropositifs.

Photo : Gracieuseté/Daniel Robichaud

Avec ses photos et ses dessins, il décrit de façon artistique les conséquences du sida sur sa vie quotidienne dans les médias sociaux, comme Instagram. En août dernier, il a franchi un pas supplémentaire en participant à une première conférence publique sur la stigmatisation des gens séropositifs à Moncton.

Depuis qu’il a reconnu avoir eu le sida, Daniel dit avoir reçu beaucoup plus d’amour que de commentaires négatifs, mais il subit fréquemment la stigmatisation qu’il dénonce. Il a reçu des messages blessants dans les médias sociaux. Récemment, une personne de sa communauté a écrit un commentaire désobligeant sous un article au sujet de sa conférence à Moncton. Daniel est tellement conscient de la stigmatisation qu’il refuse d’accorder une entrevue à la radio communautaire de sa région. Et il n’ose pas accepter les propositions de gens voulant organiser des activités pour l’aider financièrement.

Témoignage de Daniel Robichaud

Heureusement, les messages de soutien sont plus nombreux que ceux qui font mal. Daniel a été enchanté par le message d’une vedette de Hollywood le félicitant de s’être libéré de son secret et de s’être mis au service des gens séropositifs.

Ce genre d’appui encourage Daniel à poursuivre son combat.

Il faut partager le message que c'est okay d'en parler, que c'est okay d'être vu avec des gens séropositifs. [...] Ça n'empêche pas l'amour ou l'amitié et que c'est encore un virus qui peut être très destructeur.

Daniel Robichaud

Et ce message, Daniel Robichaud espère pouvoir le diffuser le plus souvent et le plus loin possible, peut-être même en faire son métier, pour éviter à d'autres la souffrance qu'il vit.

Nouveau-Brunswick

Sida