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6 questions pour mieux comprendre ce qu'est un « approvisionnement en drogues sûr »

Zoom sur des mains sales qui utilisent une seringue pour extraire de la drogue d'un petit contenant. En arrière-plan des seringues traînent sur le sol.

Le fentanyl, une drogue à peine connue il y a quelques années, fait aujourd'hui des ravages un peu partout au Canada et aux États-Unis.

Photo : Spencer Platt/Getty Images

Radio-Canada

Les gouvernements fédéral et provinciaux s'entendent pour dire que le nombre de décès liés aux surdoses d'opioïdes équivaut à une crise sanitaire nationale. En Colombie-Britannique, où cette situation a mené à un état d'urgence qui est en vigueur depuis trois ans, les défenseurs des droits humains réclament un « approvisionnement sûr » en médicaments pour en contrer les ravages.

Voici les réponses à 6 questions pour mieux comprendre ce que cela signifie.


1. Qu'est-ce qu'un approvisionnement sûr?

Plan serré d'une main gantée tenant une seringue souillée.

La médecin en chef de la Colombie-Britannique, Bonnie Henry, réclame depuis le mois d'avril la décriminalisation de la possession de drogue pour usage personnel.

Photo : Associated Press / Ted S. Warren

Dans un « document conceptuel » remis au conseil municipal de Vancouver en février 2019, l'Association canadienne des personnes qui utilisent des drogues (ACSL) décrit un approvisionnement sûr comme l'offre légale et réglementée de médicaments dotés de propriétés altérant l'esprit et/ou le corps et traditionnellement accessibles uniquement par l'intermédiaire du marché des drogues illicites.

L'offre comprend de l'héroïne et d'autres opioïdes, de la cocaïne, de la méthamphétamine en cristaux, des hallucinogènes tels que la MDMA et le LSD, ainsi que de la marijuana, et ce, gratuitement.


2. Pourquoi les défenseurs disent-ils que c'est nécessaire?

Une personne marche devant le centre d'injection supervisée SisterSpace, dans le quartier du Down Town East Side.

SisterSpace est l'un des centres d'injection supervisée du quartier du Downtown Eastside, à Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Des milliers de Canadiens ont perdu la vie dans la crise des opioïdes au cours des dernières années. Les morts touchent des personnes de tous les âges et de tous les horizons.

En juillet dernier, la Ville de Vancouver a publié une déclaration concernant la sécurité des approvisionnements , un plaidoyer en faveur de l'accès réglementé à des médicaments également réglementés.

Nous décrivons souvent cette crise comme une crise de surdose, mais en réalité, nous sommes dans une crise d'empoisonnement par la drogue.

Déclaration concernant la sécurité des approvisionnements

L'une des principales causes de surdose est la contamination de l'offre de drogues illicites. Nous pensons que des décès futurs pourraient être évités si les personnes pouvaient accéder à une alimentation réglementée et sans danger, lit-on dans la déclaration.


3. Comment cela fonctionnerait-il?

Photo d'une seringue usagée sur le pont Cambie, à Vancouver.

La crise des opioïdes a déjà coûté la vie de plus de 10 000 personnes au Canada. L’espérance de vie en Colombie-Britannique en a même souffert.

Photo : Radio-Canada / Rafferty Baker/CBC

Selon Donald MacPherson, directeur général de la Coalition canadienne des politiques sur les drogues, aucun modèle définitif ne fait encore l'unanimité, et les médicaments pourraient être fournis aux utilisateurs de différentes manières.

Parmi celles-ci figurent les centres de consommation supervisée, les cabinets de médecin et les pharmacies. L'idée d'un distributeur automatique a également été suggérée.

C'est ce que nous faisons de toute façon, croit M. MacPherson.

Nous distribuons des camions de médicaments tous les jours par le biais du système de pharmacie. Donc, distribuer des médicaments n'est pas une nouveauté pour nous.

Donald MacPherson, directeur général, Coalition canadienne des politiques sur les drogues

La Colombie-Britannique fait l'essai de deux types de programmes d'approvisionnement sans risque.

Dans le premier cas, les participants doivent se rendre dans un dispensaire plusieurs fois par jour et s'injecter les médicaments prescrits sous la supervision d'une infirmière.

Le second est plus flexible. Il est conçu pour s'adapter au calendrier et aux besoins des utilisateurs, qui reçoivent une forme de comprimé qu'ils peuvent injecter, renifler ou avaler sous supervision.


4. Qui serait admissible, et comment?

Des secouristes sont accroupis pour traiter un homme étendu au sol, sur le dos, dans une ruelle dont les murs sont couverts de graffiti.

En Colombie-Britannique, on estime que trois personnes meurent chaque jour d'une surdose de drogue.

Photo : Marché du DTES

Les défenseurs de l'approvisionnement sûr préfèrent un seuil de qualification peu élevé parce que les profils varient.

La plupart des modèles ont un certain niveau de diagnostic pour déterminer quel type d'utilisateur vous êtes, explique M. MacPherson.

La Dre Christy Sutherland, directrice médicale du Portland Hotel Society, un groupe de défense des droits de Vancouver, affirme que 60 % des personnes mortes de surdose d'opioïdes dans la région de Vancouver n'étaient pas des utilisateurs quotidiens.

Il s'agit notamment de consommateurs de stimulants qui essayaient de se calmer après être restés éveillés pendant des jours et de gros buveurs essayant de se débarrasser de leur accoutumance à l'alcool.

Cela signifie que les modèles qui tiennent uniquement compte de ceux qui ont reçu un diagnostic de dépendance aux opioïdes rateraient de nombreuses personnes qu'un approvisionnement en médicaments sûrs pourrait aider, dit la Dre Sutherland.


5. L'État devrait-il « permettre » la dépendance de quelqu'un?

Une main gantée tient une petite bouteille avec un capuchon sur un agitateur.

L'utilisation d'un nouveau médicament, l'hydromorphone injectable, a été approuvée par Santé Canada, mercredi, pour traiter la dépendance aux opioïdes.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

Des critiques comme Jeremy Devine, résident en psychiatrie à l'Université McMaster, soutiennent que les personnes aux prises avec une dépendance aux opioïdes ont besoin de compassion, de dignité et de respect. Toutefois, il remet en question la pertinence de la distribution de drogues gratuites.

Les activistes et les responsables des politiques en matière de drogue rejettent l'approche de la justice pénale en matière de toxicomanie, dit-il, mais créent involontairement un autre système carcéral : une prison mentale pour consommation de drogue perpétuelle, commanditée par l'État.

Cette prison est encore plus insidieuse, car elle est censée offrir un traitement tout en maintenant les patients prisonniers de leur dépendance.

Jeremy Devine, résident en psychiatrie, Université McMaster

La Dre Sutherland souligne que l'idée que distribuer des drogues sécuritaires gratuitement maintient la dépendance des toxicomanes découle d'une croyance que les toxicomanes devraient être punis parce qu'ils se droguent.


6. Qu'en est-il de la loi?

La vente, la production et la distribution de drogues au Canada sont régies par la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.

Les gens peuvent toutefois demander des exemptions en vertu de l'article 56 de la loi. Le ministre de la Santé peut donner une exemption si elle est jugée nécessaire à des fins médicales, scientifiques, ou est dans l'intérêt public.

Des exemptions ont déjà été accordées pour la recherche scientifique et la distribution de méthadone.

Avec les informations de Jason Proctor

Colombie-Britannique et Yukon

Drogues et stupéfiants