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Yellowknife en quête de mesures de réconciliation concrètes

Une salle remplie de personnes assises.

La salle où on discute de la réconciliation, à Yellowknife, est comble.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Noémie Moukanda

Afin de parvenir à la réconciliation, la Ville de Yellowknife veut élaborer un plan proposant des actions concrètes pour sensibiliser la population aux sévices que les Autochtones ont subis.

Jeudi soir, plusieurs dizaines de personnes ont répondu à l'invitation des autorités municipales de la capitale des Territoires du Nord-Ouest à venir discuter des actions à entreprendre dans le cadre du processus de la réconciliation au Canada.

Un espace de confiance

Roxane Landry, une survivante des pensionnats autochtones, faisait partie du panel réuni à la table. Son témoignage a révélé que les cicatrices de cette page sombre de l'histoire du Canada sont béantes et prendront du temps à se refermer.

De par mon expérience, j'estime qu'il faut s'attaquer à la question du trouble du stress post-traumatique généré par les [pensionnats autochtones] intergénérationnels. Car, pour l'instant, il n'y a pas d'endroit sacré où se réfugier, guérir de son traumatisme, pleurer et laisser sortir tout ça par un grand cri sans que quelqu'un n'appelle la police.

Roxane Landry
Roxane Landry tient une plume de la main gauche et un micro de la main droite.

Roxane Landry, une Autochtone dénée, regrette que le trouble de stress post-traumatique ne soit pas pris en compte au Canada lorsqu'il s'agit des exactions subies par les Premières Nations.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Roxane Landry croit que les Autochtones ont besoin d'un espace où se sentir en sécurité, où quelqu'un est à leur écoute et où ils se sentent en confiance parce qu'on leur fait confiance et les croit.

S'inspirer du modèle rwandais

Cet espace de confiance, imagine une autre panéliste, Angélique Ruzindana Umunyana, peut ressembler à celui que le Rwanda a créé, en 2003, dans son propre processus de réconciliation après le génocide de 1994. L'organisme Healing and Rebuilding Our Communities (« Soigner et reconstruire nos communautés »), explique la Rwandaise qui a immigré au Canada il y a 30 ans, joue un rôle clé dans cette démarche de guérison d'un peuple qui a vu plus d'un million des siens massacrés.

En effet, son pays natal panéliste a mis en place, dans différents villages, des ateliers où les victimes et ceux qui ont perpétré le génocide se rencontrent.

Ce sont des activités qui les amènent à interagir, sinon il y a de la méfiance.

Angélique Ruzindana Umunyana

Ces séances servent à rebâtir la confiance envers l'autre, mais elles mettent aussi en évidence les traumatismes que vivent les deux camps, souligne Mme Ruzindana Umunyama. Cette cohabitation fait que, à un moment donné, il y a de l'empathie qui se crée, relève-t-elle.

Quatre femmes et deux hommes sont assis autour d'une table recouverte d'un tissu sur lequel il est écrit « ville de Yellowknife ».

Marie Wilson, ancienne commissaire à la Commission de vérité et réconciliation du Canada, dirige les discussions sur le plan d'action concernant la réconciliation à Yellowknife.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Elle aimerait voir au Canada une approche similaire pour éviter de reproduire les erreurs du passé. Bien que le chemin soit long, elle ne doute pas qu'un tel programme porterait fruit au Canada parce que, pour le moment, elle croit que la cohabitation entre les peuples autochtones et les autres Canadiens est loin d'être harmonieuse.

On arrive peut-être à établir des relations au niveau professionnel, mais on marche un peu sur des oeufs, parce qu'on ne se connaît pas vraiment.

Angélique Ruzindana Umunyana

La femme de 50 ans a la conviction que cela prend tout un village pour changer les mentalités, mais qu’il faut aussi que les efforts soient fournis pour transmettre l’histoire à toute personne qui s’installe dans les Territoires.

Image et stéréotypes

La réconciliation passe aussi par le regard que se posent les uns sur les autres, ont affirmé plusieurs intervenants. Itinérance, dépendance, pauvreté et violence figurent parmi les nombreuses étiquettes qui collent à la peau des Premières Nations, ont-il dénoncé. Marie Coderre, directrice du Northern Arts and Cultural Centre (NACC), retient de cette soirée la dénonciation du racisme systémique et de ces stéréotypes récurrents qui montrent un manque de communication et de compréhension réciproques.

La Québécoise d’origine déplore que les Canadiens du Sud ne s’intéressent pas assez à une ville comme Yellowknife lorsqu’ils sont appelés à s’y installer pour des raisons professionnelles.

Il faut vraiment qu’il y ait une volonté de la part des non-Autochtones qui déménagent ici de vraiment s’intéresser d’une manière sincère et non stéréotypée. Pour ça, ça prend des relations, des contacts, [le fait] de développer des amitiés pour justement qu’ils ne restent pas dans leur ghetto blanc.

Marie Coderre, directrice du Northern Arts and Cultural Centre
Maggie Mercredi, debout à côté d'une affiche sur la réconciliation.

Maggie Mercredi est la première conseillère en relations autochtones de la Ville de Yellowknife.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Les stéréotypes qui sont véhiculés à propos du centre-ville de Yellowknife doivent également être pris au sérieux par les autorités, estime Peter Allen, un Ténois de longue date.

La perception de la violence, que la ville n'est pas sécuritaire, c'est constant et c'est quelque chose que la Ville doit gérer.

Peter Allen

Marie Wilson, une ancienne commissaire à la Commission de vérité et de réconciliation a invité les participants à imaginer l'image qu'ils aimeraient pour Yellowknife.

Une femme assise et qui tient un micro.

Marie Wilson souhaiterait que les gens qui vivent à Yellowknife changent d'attitude et sentent qu'il sont dans un endroit très privilégié.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Un long chemin et une communauté optimiste

Il y a des endroits au Canada où il faudra encore attendre avant que cela s'améliore.

Marie Wilson, ancienne commissaire à la Commission de vérité et de réconciliation du Canada

Marie Wilson estime que ces problématiques de marginalisation, de dépendance ou d'itinérance sont propres à n'importe quelle grande ville ou capitale du Canada, et qu'à Yellowknife, « cela saute aux yeux » tous les jours.

Un livret ouvert .

Un document de la Ville de Yellowknife sur la manière d'aborder la conversation sur la réconciliation

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Bien que les discussions aient peint un tableau sombre de la situation de cette ville de plus de 20 000 habitants, la présence nombreuse de participants lui a réchauffé le coeur. Elle regrette néanmoins que l'équilibre entre Autochtones et non-Autochtones n'ait pas été respecté, car la salle était majoritairement remplie de personnes non issues de Premières Nations.

Les différentes personnes qui ont pris la parole ainsi que Marie Coderre, du Northern Arts and Cultural Centre, croient qu’il est maintenant impératif que le plan de réconciliation de la Ville de Yellowknife voie le jour.

C’est vraiment important qu’on ouvre nos oreilles et qu’on mette en place des programmes afin que des Autochtones puissent avoir une place au sommet de la hiérarchie, un pouvoir décisionnel au sein des organisations.

Marie Coderre, directrice du Northern Arts and Cultural Centre

Grand-Nord

Autochtones