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Le vieillissement devrait être un enjeu central des élections en Atlantique, dit Donald Savoie

« On va avoir une crise économique qui va avoir des implications énormes », Donald Savoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique et gouvernance à l'Université de Moncton

Donald Savoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique et en gouvernance à l'Université de Moncton.

Donald Savoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique et en gouvernance à l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Nicolas Steinbach

Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique et gouvernance à l’Université de Moncton, Donald Savoie, affirme que le vieillissement de la population en Atlantique fait peser une grande menace sur l'économie de cette région du pays. Ottawa devra faire partie de la solution, dit-il.

Le vieillissement de la population, ça va amener un enjeu sur les finances publiques et des implications énormes. Donc, les gens veulent voir des solutions.

Donald Savoie estime que l’enjeu premier des élections fédérales pour les provinces atlantiques est le développement économique.

Une infirmière auxiliaire note dans un dossier des informations au sujet de sa patiente au foyer de soins du Nouveau-Brunswick.

Une infirmière auxiliaire note dans un dossier des informations au sujet de sa patiente au foyer de soins du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Selon lui, la situation économique de ces provinces est extrêmement fragile et elle pourrait s’aggraver rapidement avec le vieillissement de la population.

On va faire face à des défis économiques qu'on n'aura jamais vus, on ne sera pas en mesure de soutenir l'infrastructure, les hôpitaux, les universités, les écoles.

Justin Trudeau célébrant avec des Acadiens.

Justin Trudeau à Dieppe, au Nouveau-Brunswick, lors du Tintamarre du 15 août, jour de la fête des Acadiens.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

À l'aube de la campagne électorale, il exhorte Ottawa à en faire davantage pour l’Atlantique. Il va falloir que le gouvernement fédéral nous aide à gérer la situation.

Selon Donald Savoie, il va falloir augmenter les transferts fédéraux en santé, entre autres. Le gouvernement de Justin Trudeau a au contraire freiné la croissance des transferts en santé en 2017. (Nouvelle fenêtre)

Avec le secteur de la santé où on est appelé à payer 75 % plutôt que 50 %, on ne peut pas financer à 75 % les infrastructures qu’on a mises en place à ce niveau-là.

Le Nouveau-Brunswick affiche l’une des proportions les plus élevées de personnes âgées du pays. Le vieillissement est un frein à la croissance économique dans la province, la plus basse du pays après l’Alberta.

Augmenter les plafonds d’immigration

La croissance démographique, ça passe par l'arrivée des nouveaux Canadiens, avance Donald Savoie.

En conséquence, il faudrait doubler le nombre d'immigrants économiques accueillis chaque année, préconise-t-il.

Avant, le défi c'était d'apporter des emplois dans les provinces atlantiques. Aujourd'hui, on a les emplois; le défi, c'est de trouver les travailleurs.

Donald Savoie estime que le programme pilote d’immigration au Canada Atlantique mis en place par le gouvernement Trudeau en 2017 est une réussite. Le programme aide les employeurs en manque de main-d'oeuvre à trouver à l'étranger les travailleurs qualifiés qui leur font défaut, en accélérant le processus d'immigration de ces derniers.

Des personnes dont on ne voit pas le visage sont assises et tiennent dans leurs mains un drapeau canadien.

Donald Savoie préconise de doubler le plafond annuel d'immigrants économiques au Canada atlantique.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Le programme limite pour l’instant le nombre de places à 2500 immigrants par année pour toute la région atlantique. Donald Savoie estime qu’Ottawa devrait bonifier le programme à 5000 places par année.

Les entreprises de l'est du pays connaissent une grave pénurie de main-d’oeuvre, souligne-t-il : elle a déjà stoppé la croissance de plusieurs d'entre elles.

Jean Chrétien disait : "Il n'y a rien qui coure plus vite qu'un million". Si les propriétaires d'usines disent que non seulement les taxes augmentent, [mais que de plus] on ne peut pas trouver de travailleurs, elles vont déménager.

La scierie de J.D Irving de Saint-Léonard au Nouveau-Brunswick.

La pénurie de travailleurs a déjà jugulé la croissance de certaines entreprises en Atlantique.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Dans ce contexte, la taxe carbone imposée au Nouveau-Brunswick arrive à un bien mauvais moment, estime le professeur.

La taxe carbone, c'est un enjeu au niveau du développement économique. Il y a des entreprises qui vont avoir de sérieux problèmes! Pour l'entreprise qui doit payer plus cher pour ses activités, ça, c'est un problème. Ça pourrait coûter des votes, mais ce ne sera pas la question [centrale des élections].

L’occasion manquée

Donald Savoie estime que Justin Trudeau a très mal géré le dossier du pipeline Énergie Est de TransCanada, qui aurait permis de transporter le pétrole de l’Alberta jusqu’à la raffinerie Irving à Saint-Jean.

La raffinerie Irving est visible du centre-ville de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick.

Les installations de l'entreprise Irving Oil dans la région de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick

Photo : Radio-Canada / Thierry Laflamme

Ça [aurait amené] un développement économique extraordinaire et [créé] un lien entre l'Ouest et les provinces atlantiques.

Trudeau n'a pas voulu perdre le Québec, il a fait son calcul.

Donald Savoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique et gouvernance à l'Université de Moncton

Le chef libéral n’a pas défendu le projet alors que le Québec critiquait vertement la construction éventuelle du pipeline sur son territoire. Le premier ministre du Canada a l'autorité de dire oui. Non seulement il a dit non, mais il a ajouté des conditions au processus qui a fait en sorte que ce n’était pas viable. C'est une question de perception.

Je crois que certaines personnes vont se souvenir. C'était un très beau projet, ça va leur coûter [aux libéraux de Justin Trudeau] la région Saint-Jean.

Donald Savoie

Le projet Énergie Est est une occasion manquée qui ne se représentera pas, dit-il.

J'y crois encore, mais c'est cause perdue : on ne verra jamais le pipeline, c'est fini.

Gagner et perdre la majorité

Les libéraux ont balayé la région atlantique en 2015.

C'était la première fois dans l'histoire du Canada qu'on a vu les quatre provinces atlantiques, les trois provinces maritimes donner toutes [les circonscriptions] à un parti politique.

Donald Savoie estime que le gouvernement de Justin Trudeau a remporté sa majorité en 2015 en mettant la main sur la totalité des 32 sièges en Atlantique. Il est redevable, estime le professeur. Il croit que l'Atlantique pourrait bien faire perdre aux libéraux leur majorité cette fois.

Il reconnaissant toutefois que les Acadiens et les autres francophones en situation minoritaire ont été bien servis par le gouvernement Trudeau.

Le premier ministre Justin Trudeau serre la main de Dominic LeBlanc, ministre des Affaires intergouvernementales et du Nord et du Commerce intérieur à l’occasion de la cérémonie d’assermentation à Rideau Hall à Ottawa

L'Atlantique a envoyé à Ottawa 32 députés lors des dernières élections, dont Dominic LeBlanc, devenu un ministre important au sein du gouvernement Trudeau.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Selon l'expert en gouvernance, les 32 députés de l'Atlantique n'ont pas donné à la région une plus grande influence à Ottawa.

Nous avons eu cinq ministres, mais ils occupé des postes juniors; on n’a pas les gros ministères. On peut avoir donné les 32 comtés sur 32 [...], mais si tu as un ministère qui n’a pas beaucoup de sous, c’est difficile de négocier. On n’a pas eu des ministres forts.

Justin Trudeau a voulu abolir les ministres régionaux.

Donald Savoie

Donald Savoie ne pardonne pas non plus au premier ministre sortant d’avoir confié l’agence fédérale de développement économique de la région atlantique à un ministre de la banlieue de Toronto.

C'est presque une injure de nommer un ministre de l'extérieur des provinces de l'Atlantique. C’est la première fois de l’histoire de l’Agence de promotion économique du Canada Atlantique (APECA) qu’on a un ministre de l’extérieur de l'Atlantique. Pour certaines personnes des provinces atlantiques, c’est presque une injure, c’est très mal accepté.

Il estime d'autre part que l’APECA aurait pu en faire davantage pour stimuler l'économie des provinces atlantiques.

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