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L’enquête policière sur un viol présumé en N.-É. accumule les ratés et les contretemps

La silhouette d'une victime d'agression sexuelle.

Carrie Low dit avoir subi un cauchemar non seulement pendant un viol collectif, mais aussi après, à cause des longueurs et des ratés de l'enquête policière.

Photo : CBC/Illustration Dave Irish

Radio-Canada

L'enquête policière sur la plainte pour agression sexuelle d'une femme de la région d'Halifax sera sous la loupe, la semaine prochaine, lors d'une audience de la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse.

Carrie Low, 42 ans, soutient que le service policier d’Halifax a bâclé l’enquête sur son cas. Elle a pris des notes détaillées tout au long de l’enquête de 18 mois et compte les soumettre comme preuve.

Ces notes mettent en lumière une série de défaillances de l’enquête : par exemple, le dossier de Mme Low est passé entre les mains d’une demi-douzaine d’enquêteurs; les policiers ne se sont jamais rendus sur les lieux du crime présumé, même si elle leur avait clairement indiqué l’adresse; et l’enquête a été ralentie par un manque de communication et le traitement lent des prélèvements toxicologiques.

Elle a fait exactement ce qu’elle devait faire, affirme Emma Halpern, directrice générale de la section locale de la Société Elizabeth Fry, qui défend les femmes incarcérées ou victimes de violence.

Elle a pu fournir [aux enquêteurs] beaucoup d’information. Et malgré tout, rien n’avance! Il est difficile de comprendre comment les choses ont pu si mal se passer!

Emma Halpern, Société Elizabeth Fry
Emma Halpern, de la Société Elizabeth Fry en Nouvelle-Écosse.

Emma Halpern, de la Société Elizabeth Fry, affirme qu'aucune victime de crime ne devrait vivre ce que Mme Low a vécu.

Photo : CBC/Dave Halpern

Le service policier d'Halifax a refusé de commenter, plus tôt cette semaine, puisque l'enquête est toujours active.

Des faits qui remontent à mai 2018

Les faits se seraient produits en mai 2018. Mme Low s’était rendue dans un bar de quartier à Dartmouth, en compagnie de quelques amis. Elle perdu le souvenir d’une partie de la soirée, sans doute, croit-elle, parce qu’une drogue du viol avait été introduite dans sa consommation.

Elle se rappelle, toutefois, le cauchemar qu’elle a vécu par la suite.

Je me rappelle avoir été couchée sur le siège arrière d’une voiture avec quelqu’un sur moi, relate-t-elle. Ensuite, j’ai le souvenir d’avoir été écrasée contre la portière d’une voiture dont j’essayais de m’échapper. J’entendais le cliquetis répété de la portière qu’on verrouillait, je demandais qu’on me laisse partir et ils refusaient.

Les heures suivantes lui sont revenues par bribes. Elle se rappelle avoir été étendue sur un matelas avec quelqu’un sur elle qui la violait. Elle a perdu connaissance et, plus tard, elle se souvient qu’une deuxième personne la violait à son tour.

À un moment donné, je me suis réveillée dans une roulotte défraîchie. Je ne savais pas où j’étais.

Elle a réussi à s’enfuir, avec un seul soulier. Elle a demandé à une personne qu’elle a croisée de faire venir un taxi, qui l’a reconduite à Dartmouth. Elle était à une demi-heure de route de la maison, où elle est arrivée au petit jour.

En arrivant chez elle, en état de choc, elle a suivi l’horaire prévu et s’est rendue au match de soccer de sa fille adolescente. Ce n’est qu’après qu’une amie l’a conduite à l’hôpital général de Dartmouth, où une infirmière spécialisée dans les cas de viol l’a examinée et a fait des prélèvements.

L'entrée du service d'urgence de l'hôpital.

Mme Low a eu un premier contact avec un policier à l'hôpital de Dartmouth où elle s'était rendue après sa nuit d'horreur. Mais il s'est écoulé 10 jours avant que des enquêteurs viennent recueillir chez elle les vêtements qu'elle portait la nuit des agressions présumées.

Photo : CBC/Robert Short

On lui a présenté un formulaire pour qu'elle indique si elle souhaitait ou non que la police soit prévenue. Elle n’a pas hésité à donner son accord : elle avait déjà été violée dans la jeune vingtaine et n’avait pas porté plainte, ce qu’elle regrettait.

Un policier se trouvait à l’hôpital ce matin-là. Il lui a donné un sac pour pièces à conviction en lui demandant d’y mettre ses vêtements. Quelqu’un, lui a-t-il dit, viendrait le chercher le soir chez elle.

Une longue attente

Personne n’est venu toutefois et lorsqu’elle a appelé le poste de police, le lendemain, on lui a dit qu’il lui faudrait attendre au mardi suivant, puisque c’était la longue fin de semaine de la fête de la Reine.

Ce n’est que 10 jours plus tard que des policiers sont venus chercher le sac avec ses vêtements.

Dans l’intervalle, elle s’était servie de Google Maps pour localiser le lieu exact où elle avait été violée.

L'écusson des policiers d'Halifax, sur la manche d'un policier.

Les enquêteurs du service policier d'Halifax ne se sont pas rendus sur les lieux du crime, selon Carrie Low.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Elle a fourni cette information aux enquêteurs, en leur disant qu’il y avait sans doute toujours sur place des pièces de vêtement lui appartenant. Ils ne s’y sont pas rendus.

De nombreuses fois, au fil des mois [...], je leur ai dit : “Vous savez, je ne sais pas pourquoi vous n’êtes pas allés à cette adresse”. Un enquêteur lui aurait répondu : On ne peut pas aller défoncer des portes comme ça! L’explication a changé plus tard : on lui disait qu’il était inutile de se rendre sur place parce qu’on la croyait sur parole.

Deux « personnes d'intérêt » interrogées

Après que son dossier eut changé de mains six fois et qu’elle ait dû donner trois dépositions filmées, les policiers ont interrogé deux « personnes d’intérêt », d’après des documents obtenus par CBC.

Huit mois s’étaient alors écoulés depuis les faits. Carrie Low avait subi déceptions et angoisse au cours de ces mois. Elle avait appris, par exemple, que les examens de toxicologie qu’elle avait subis n’avaient pas été traités, à cause, lui avait-on expliqué, d’une erreur sur un formulaire. Ils ont révélé peu de choses lorsqu’ils ont finalement été traités.

Elle s’était mise à faire de l’insomnie et avait perdu 14 kilos (30 livres).

Un an et demi après le début de l’enquête, le service policier d’Halifax n’a toujours effectué aucune arrestation. Mince consolation pour Mme Low : le policier qui est désormais responsable de son dossier est prévenant et la tient au courant de tous les développements.

Une plainte contre le service policier d'Halifax

Fatiguée des contretemps qui se multipliaient, lors de l’enquête, Carrie Low avait déposé une plainte devant la commission des plaintes du public contre les services policiers de la Nouvelle-Écosse, mais on lui avait répondu qu’il était trop tard : la période de six mois prévue par la Loi sur la police de la Nouvelle-Écosse était écoulée.

La Société Elizabeth Fry a demandé une révision judiciaire en son nom. C’est cette cause qui sera entendue lundi par la Cour suprême provinciale. Mme Low s’accroche à l’espoir que ce processus judiciaire permettra d’éviter, à l’avenir, que d'autres personnes vivent le même calvaire qu'elle.

D'après un reportage de Maggie Rahr, CBC

Nouvelle-Écosse

Forces de l'ordre