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Débat Maclean’s : Scheer, Singh et May s’attaquent au bilan de Trudeau en son absence

Elizabeth May, Andrew Scheer et Jagmeet Singh débattent.

La chef du Parti vert Elizabeth May, le chef du Parti conservateur Andrew Scheer et le chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh ont répondu à l'invitation du magazine Maclean's.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Marc-Antoine Ménard
Valérie Boisclair

Les absents ont toujours tort, dit-on. Et ce ne sont certainement pas les adversaires de Justin Trudeau qui allaient permettre au chef du Parti libéral de faire mentir l’adage, jeudi soir, lors du premier débat de cette campagne électorale fédérale organisé par le magazine Maclean’s, à Toronto.

S’ils voulaient profiter de l’occasion pour présenter leurs propositions politiques, Andrew Scheer, Jagmeet Singh et Elizabeth May n’ont pas hésité à lancer des attaques contre le premier ministre sortant, qu’ils avaient déjà critiqué pour son choix de faire campagne dans l’Ouest canadien et de miser plutôt sur les joutes oratoires à venir en octobre.

Aux côtés des chefs des verts, des conservateurs et des néo-démocrates, un lutrin laissé vacant rappelait l'absence de Justin Trudeau.

Ce soir, Maclean’s et Citytv vous offrent le premier débat des chefs de cette campagne, maintenant avec 25 % moins de chefs! a déclaré le modérateur, le journaliste Paul Wells, avant l'introduction du premier thème.

M. Trudeau a peur de son bilan, c’est pourquoi il n’est pas ici ce soir, a lancé plus tard le chef du Parti conservateur. Nous nous entendons là-dessus, a poursuivi la chef du Parti vert.

Économie

Andrew Scheer a encore une fois rappelé la promesse de Justin Trudeau d’un budget « qui s’équilibrerait de lui-même » à la fin du premier mandat libéral. Nous voyons d’énormes déficits aussi loin que nous pouvons voir, a-t-il illustré, ajoutant que M. Trudeau avait fait au Canada, ce que Kathleen Wynne a fait à l’Ontario, alors que son adversaire libéral le compare souvent au premier ministre ontarien Doug Ford.

M. Scheer promet un « plan responsable » pour revenir à l’équilibre budgétaire en cinq ans.

Jagmeet Singh parle au micro. En fond, derrière lui, Andrew Scheer fixe droit devant lui.

Jagmeet Singh a mis de l'avant son projet d'assurance médicaments universelle, qui prévoit notamment une couverture des soins en santé mentale et des soins dentaires.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Cela comprendrait-il des compressions? lui a demandé le modérateur Paul Wells. Nous allons contrôler le rythme d’augmentation des dépenses du gouvernement, a répondu M. Scheer, promettant, comme le veut le slogan conservateur, de remettre de l’argent dans les poches des contribuables.

Quand les conservateurs parlent de baisses d’impôt, ils parlent de coupes dans les services. Nous les avons vus le faire en Alberta et en Ontario, a rétorqué le chef du Nouveau Parti démocratique.

Jagmeet Singh a accusé l’ancien gouvernement Harper, dont faisait partie M. Scheer, d’avoir seulement aidé les plus riches, « comme les libéraux », mentionnant au passage l’achat, pour 4,5 milliards de dollars, du pipeline Trans Mountain par le gouvernement Trudeau.

La loi 21

Le modérateur Paul Wells a inclus une question surprise sur la Loi sur la laïcité de l’État au Québec, qui interdit à certains employés en position d'autorité et enseignants du secteur public de porter des signes religieux. Il a demandé aux chefs si un gouvernement qu’ils dirigeraient contesterait cette loi.

M. Scheer, M. Singh et Mme May s’entendent pour laisser les cours de justice faire leur travail, alors que la loi y est déjà contestée. La chef du Parti vert a toutefois ajouté : Laissons le Québec tranquille, mais trouvons des emplois pour les gens qui doivent partir.

En point de presse après le débat, elle a précisé que son parti offrirait seulement des emplois dans le système fédéral au Québec. Elle a donné l'exemple d'un policier qui perdrait son emploi parce qu'il refuse d'enlever son signe religieux, et qui pourrait alors se faire offrir un poste à la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Affaires autochtones

Malgré les tentatives du modérateur Paul Wells de faire interagir les chefs sur le dossier des communautés autochtones privées d’eau potable, le débat a dévié sur l’affaire SNC-Lavalin, Jagmeet Singh en profitant pour rappeler que le gouvernement Trudeau n’a de cesse de « favoriser ses riches amis et les grandes entreprises » au détriment des Canadiens.

Saisissant la balle au bond, Andrew Scheer a de nouveau invité le premier ministre à lever le privilège qui empêche les membres de son cabinet de parler de l’affaire SNC-Lavalin à la Gendarmerie royale du Canada,qui mène une enquête sur de possibles entraves à la justice.

SNC-Lavalin doit subir le test des tribunaux, a rappelé Elizabeth May, soulignant que quelle que soit l’issue de cette élection, des questions restées en suspens avant la campagne fédérale devront être résolues.

Elizabeth May répond à une question posée par le modérateur du débat.

Elizabeth May a déclaré qu'un gouvernement du Parti vert veillerait à faire suite aux recommandations formulées par le rapport de l’ENFFADA.

Photo : Citytv

Interrogée à propos d’une déclaration selon laquelle la firme d'ingénierie, si trouvée coupable, devrait réparer les systèmes d'approvisionnement en eau potable déficients des communautés autochtones, la chef du Parti vert a répondu qu’il reviendrait à la Cour d’en juger.

C’est une idée grotesque, s’est empressé de commenter Jagmeet Singh. Nous devons construire des infrastructures à l’aide de fonds publics; pas en proposant [ce genre de projet] à une entreprise privée.

L’accusant de déformer ses propos, Elizabeth May a assuré qu’une telle décision ne permettrait pas à la firme d’en tirer profit.

S’il y a bien un dossier où Justin Trudeau a généré de hautes attentes qui se sont soldées en une grande déception, c’est bien celui des Autochtones, avait déclaré un peu plus tôt Andrew Scheer.

Tandis que Mme May et M. Singh s'entendent pour dire que le Canada doit donner son appui à la Déclaration des Nations unies sur les peuples autochtones, Andrew Scheer, lui, doute qu'il soit réaliste de l'appliquer. Un projet de loi en ce sens (C-262) est mort au Feuilleton en juin dernier, bloqué au Sénat par les conservateurs.

Il a toutefois indiqué qu'il serait prêt à s'asseoir avec les leaders des Premières Nations, s'il était porté au pouvoir.

Consulter ne veut pas dire "Je vais vous consulter jusqu’à ce que vous approuviez ce que nous souhaitons réaliser", a fait remarquer Elizabeth May.

Notre dossier Élections Canada 2019

Énergie et environnement

La chef du Parti vert estime l’urgence climatique si grave qu’elle a affirmé qu’en cas de gouvernement minoritaire, sa formation n’appuierait jamais un parti qui ne s’attaquerait pas aux changements climatiques et la cible de réduction de la température globale de 1,5 degrés, « même si cela signifie défaire le gouvernement au discours du Trône ».

Le chef du Parti conservateur considère pour sa part la question environnementale sous l’angle économique. Pour Andrew Scheer, le bilan du gouvernement Trudeau est simple : les émissions augmentent et la « taxe carbone » complique les choses pour les résidents des quatre provinces où elle s’applique, soit la Saskatchewan, le Manitoba, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick.

M. Scheer veut abolir cette tarification et la remplacer par une taxation des grands émetteurs qui servirait à la production d’énergie propre. Mais, lui a rappelé Paul Wells, l’ex-premier ministre conservateur Stephen Harper affirmait, en 2014, qu’il serait « insensé », lorsque les prix des ressources énergétiques sont bas, de recourir à de telles mesures.

J’ai mon propre plan, a simplement répondu le chef conservateur, dont les libéraux rappellent constamment les liens avec cet ancien gouvernement.

Si Elizabeth May et Jagmeet Singh s’entendent sur plusieurs moyens de combattre les changements climatiques et le bilan mitigé des libéraux en la matière, la rivalité entre leurs partis, qui luttent pour la troisième place des sondages nationaux, a donné lieu à un échange corsé sur un tout autre sujet.

Nous avons une position claire sur le droit des femmes de choisir, a asséné M. Singh, rappelant les deux candidats verts qui ont été rattrapés par leurs positions passées.

Les gens peuvent vérifier, rien de ce qu’il a dit est vrai, s’est défendue Mme May.

Politique étrangère

Andrew Scheer et Jagmeet Singh ont été prompts à juger la façon dont Justin Trudeau s’est illustré à l’international, le chef du NPD qualifiant sa gestion d'importants dossiers, notamment ceux de la renégociation de l'ALENA et des relations avec la Chine, de désastre total.

La diplomatie a été écorchée par les années de Stephen Harper, et Justin Trudeau n’a pas su faire mieux, a-t-il fait valoir.

Abondant dans le même sens, le chef conservateur a déploré la nomination tardive d’un nouvel ambassadeur canadien en Chine, début septembre, alors que les tensions entre Pékin et Ottawa se sont traduites par des sanctions commerciales.

« [Bien que] le blocage des importations de canola m’inquiète, notre priorité numéro un devrait être la sécurité des Canadiens », a pour sa part déclaré Mme May, faisant ainsi référence à Michael Spavor et Michael Kovrig, détenus par Pékin depuis la mi-décembre.

Les deux Canadiens ont été interpellés peu de temps après que les autorités canadiennes eurent procédé à l’arrestation de Meng Wanzhou, la directrice financière du géant des télécommunications chinois Huawei, à la demande des États-Unis, le 1er décembre 2018.

Malgré une question dont s’est lui-même félicité Paul Wells – M. Scheer, vous avez dit que vous étiez pro-Brexit avant que ce soit cool. Êtes-vous encore pro-Brexit maintenant que ce ne l’est plus? – le débat est irrémédiablement revenu à la gestion des relations sino-canadiennes.

S’engageant à repartir sur de nouvelles bases afin de rectifier la dynamique entre Pékin et Ottawa, le chef conservateur a assuré qu’il fallait « montrer notre détermination et se tenir debout ».

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