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Les démocrates jettent les gants lors de la troisième ronde de débats

Bernie Sanders, Joe Biden et Elizabeth Warren lèvent tous la main pour prendre la parole.

Joe Biden a eu de vifs échanges avec ses rivaux Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

Photo : Reuters / Mike Blake

Sophie-Hélène Lebeuf
Mis à jour le 

Des divergences portant notamment sur l’assurance maladie, des candidats moins dominants sortant de l’ombre, un plaidoyer passionné sur la confiscation des armes d'assaut, une pique sur l’âge de Joe Biden : le troisième débat, qui réunissait pour la première fois les 10 meneurs, jeudi, a donné lieu à des échanges musclés et à des moments parfois drôles et même à des malaises.

Pendant près de trois heures, les débatteurs ont, pour la troisième fois depuis juin, tenté de séduire les électeurs démocrates à coups d'arguments et d'attaques souvent vigoureuses.

Le ton a été donné rapidement : les échanges sur la santé, premier thème de la soirée, ont souligné le contraste entre l'ex-vice-président Joe Biden, davantage au centre de l'échiquier politique, et les deux figures de proue progressistes de la course, les sénateurs Bernie Sanders, du Vermont, et Elizabeth Warren, du Massachusetts.

Les trois candidats en tête des sondages ont largement dominé les échanges sur cet enjeu.

Disant vouloir construire sur les bases de l'Obamacare, qui laisse une large place aux assureurs privés, M. Biden a accusé ses rivaux de proposer un plan trop coûteux qu'ils ne parviendraient pas à financer.

Je sais que la sénatrice [Warren] dit qu'elle est avec Bernie. Bien, moi, je suis pour Barack, a soutenu M. Biden, qui a souvent évoqué l'héritage de l'ex-président Obama au cours de la soirée, comme il le fait depuis le début de la campagne.

Mon plan [...] coûte 740 milliards. Il ne coûte pas 30 000 milliards. 3 400 milliards par an, c'est deux fois plus que le budget fédéral total.

Joe Biden, ex-vice-président des États-Unis

Le statu quo, dans 10 ans, coûtera 50 000 milliards, a répliqué Bernie Sanders.

Appuyée par Mme Warren, sa mesure phare consiste à instaurer un régime d'assurance maladie entièrement public.

Le meneur de la course les a en outre accusés de vouloir priver les Américains de couvertures d'assurance qu'ils aimaient.

Saluant le travail de Barack Obama, la sénatrice Warren a soutenu qu'il était maintenant temps d'aller plus loin.

Je n'ai jamais rencontré personne qui aimait sa compagnie d'assurance! Mais j'ai rencontré des gens qui aiment leur médecin, leurs infirmières ou leur pharmacien [...].

Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts

Ce qu'ils veulent, c'est avoir accès à des soins de santé, a-t-elle répondu.

Nous dépensons deux fois plus par habitant pour les soins de santé que les Canadiens ou tout autre pays développé, a ajouté M. Sanders.

Talonnée par le modérateur, qui voulait savoir si son plan augmenterait les impôts des Américains de la classe moyenne, Mme Warren a esquivé la question, soulignant qu'en tenant compte des primes, ceux-ci paieraient moins tandis qu'il en coûterait davantage aux Américains les plus riches et aux entreprises.

Je fais confiance aux Américains pour faire le bon choix pour eux. Pourquoi pas vous? a pour sa part lancé aux deux politiciens les plus à gauche de la course, le maire de South Bend, en Indiana, Pete Buttigieg. Celui-ci a plutôt mis en avant une disposition appelée option publique, qui laisserait aux consommateurs le choix d'adhérer à un régime d'assurance public ou privé.

L'échange le plus tendu de ce segment – et même du débat – a impliqué Julián Castro, qui a travaillé aux côtés de M. Biden dans l'administration Obama.

Accusant son ancien collègue de se contredire, l'ex-secrétaire au logement a semblé sous-entendre que l'ex-vice-président, âgé de 76 ans perdait la mémoire.

Avez-vous oublié ce que vous avez dit il y a deux minutes? a-t-il martelé à plusieurs reprises, s'attirant des réactions de la foule.

Se posant en rassembleurs, M. Buttigieg et la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar l'ont même rappelé à l'ordre.

Bannière vers notre dossier sur les candidats démocrates à la présidentielle de 2020

L'écho des balles meurtrières

Beto O’Rourke, le corps un peu penché vers l'avant, répond à une question.

Beto O’Rourke a offert sa performance la plus solide de ses trois débats, notamment grâce à son plaidoyer pour un meilleur contrôle des armes à feu.

Photo : Reuters / Mike Blake

Si le premier duel Biden-Warren était particulièrement attendu, plusieurs des candidats à la traîne dans les intentions de vote se sont illustrés.

Comme c’était prévisible dans la foulée de trois fusillades meurtrières perpétrées au Texas et en Ohio depuis le mois dernier, la question du contrôle des armes à feu s’est imposée.

Issu d’El Paso, lieu de la fusillade du 4 août dernier, l’ex-représentant Beto O’Rourke a été louangé par plusieurs de ses adversaires pour la façon dont il a aidé sa communauté endeuillée. Après avoir mis sa campagne en veilleuse, il a recentré son message autour du contrôle des armes à feu et de la lutte contre le racisme.

Invité à dire s’il proposait de confisquer les armes d’assaut comme celle utilisée dans la tragédie ayant meurtri sa ville, le Texan n’a pas reculé, au contraire, s’assurant ainsi la meilleure performance de tous ses débats.

Oh que oui! [Hell, yes!] Nous allons prendre votre AR-15, votre AK-47. Nous n'allons plus permettre qu’elles soient utilisées contre d'autres Américains.

Beto O'Rourke, ex-représentant du Texas

C’est une arme conçue pour tuer des gens sur un champ de bataille, pas pour déchiqueter des enfants, a-t-il plaidé, chaudement applaudi par les spectateurs.

La sénatrice Klobuchar a pour sa part défendu un programme de rachat volontaire.

Ce qui nous unit est tellement plus important que ce qui nous divise, a-t-elle ajouté, précisant que tous les candidats à l'investiture démocrate veulent bannir les armes d’assaut et restreindre l'accès aux chargeurs de grande capacité.

Ce qui nous unit, c'est qu’il y a en ce moment trois projets de loi [adoptés par la Chambre des représentants et resserrant le contrôle des armes à feu] qui dorment sur le bureau de Mitch McConnell [le leader de la majorité du Sénat, NDLR], a-t-elle rappelé. On ne peut pas attendre que l'un de nous arrive à la Maison-Blanche. Nous devons adopter ces projets de loi tout de suite.

Énumérant la mort d'enfants, de victimes de violence conjugale ainsi que les suicides, la sénatrice Warren a pour sa part souligné que la violence par les armes à feu dépassait les fusillades.

Seule candidate en lice à prôner la suppression du filibuster, une procédure qui requiert une majorité de 60 voix (sur un total de 100) plutôt qu'une majorité simple pour l'adoption d'un projet de loi au Sénat, elle a soutenu qu'il fallait s'en débarrasser pour pouvoir s'attaquer au problème.

La sénatrice de Californie Kamala Harris a blâmé la rhétorique de Donald Trump, similaire à celle du tireur d'El Paso, qui avait publié un manifeste dénonçant une invasion hispanique du Texas.

Il n'a pas tiré la gâchette, mais il a certainement tweeté les munitions, a-t-elle soutenu.

Les tarifs douaniers et les cheveux de Justin Trudeau

Les candidats à la primaire démocrate Amy Klobuchar, Cory Booker, Pete Buttigieg, Bernie Sanders, Joe Biden, Elizabeth Warren, Kamala Harris, Andrew Yang, Beto O'Rourke et Julian Castro.

Seuls 10 candidats à l'investiture démocrate pour la présidentielle de novembre 2020 ont été sélectionnés sur les 20 encore en lice.

Photo : Reuters / Jonathan Bachman

Si les candidats ont affiché des divergences en matière de commerce, ils ont aussi attaqué le président Trump sur ce thème, notamment pour sa guerre tarifaire avec la Chine, qui laisse planer des incertitudes sur l'économie américaine.

Trump pense que la politique commerciale se fait en envoyant un tweet à 3 h du matin, a ironisé Bernie Sanders.

Il nous a placés au beau milieu de cette guerre commerciale et il traite nos agriculteurs et nos travailleurs comme des jetons de poker dans un de ses casinos en faillite. Et si nous ne faisons pas attention, il va ruiner ce pays, a de son côté raillé Amy Klobuchar.

La politique de l'Amérique d'abord de Donald Trump est en fait une Amérique isolée, a renchéri le sénateur du New Jersey Cory Booker. Il a en outre critiqué les tarifs douaniers imposés sur l'acier et l'aluminium canadiens, imposés au printemps 2018, sous prétexte d'une menace nationale, et levés un an plus tard.

Je suis le seul sur la scène à trouver les cheveux [du premier ministre Justin] Trudeau très menaçants, mais ils ne sont pas une menace à la sécurité nationale!

Cory Booker, sénateur du New Jersey

Interrogé sur les déportations records d'immigrants sans papier sous l'administration Obama, Joe Biden a refusé de dire si le tandem avait erré en agissant ainsi.

Nous n'avons pas emprisonné des gens dans des cages, nous n'avons pas séparé les familles, a-t-il répondu.

Le président a fait ce qu'il y avait de mieux à faire à l'époque, a-t-il ajouté quand le modérateur est revenu à la charge. Et vous? a insisté le journaliste. J'[étais] le vice-président des États-Unis, a-t-il laissé tomber.

Il veut prendre le crédit pour travail de Barack Obama, mais sans avoir à répondre aux questions, a attaqué Julián Castro.

Joe Biden n'a cependant pas été le seul cette fois-ci à rendre hommage aux réalisations de l'ex-président démocrate : plusieurs de ses rivaux l'ont fait aussi, alors que son héritage avait été critiqué lors de la précédente joute oratoire.

Les 10 débatteurs ont aussi croisé le fer sur des enjeux comme la politique étrangère, les changements climatiques et l'éducation.

Attirer l'attention pour aller plus loin

Certains candidats ont usé de créativité pour s'attirer les projecteurs.

Kamala Harris a profité de sa déclaration d'ouverture pour s'adresser à Donald Trump, qui, nous le savons tous, nous regarde.

Affirmant qu'il avait évité une inculpation dans la foulée de l'enquête Mueller sur la Russie uniquement grâce à son département de la Justice, elle a martelé que les Américains méritaient mieux que la haine, l'intimidation et la peur qu'il utilise comme tactiques. Maintenant, vous pouvez retourner à Fox News, a-t-elle conclu sous les rires de la foule.

L'entrepreneur Andrew Yang, qui a réussi à se hisser dans le peloton des 10 favoris alors que des politiciens aguerris ont dû jeter l'éponge, a lui aussi fait réagir dès les premières minutes.

En Amérique aujourd'hui, tout tourne autour du dollar tout puissant, a-t-il dit. ll est temps de nous faire plus confiance qu'à nos politiciens, a-t-il lancé, offrant de verser 1 000 $ par mois pendant un an à 10 citoyens. Symbole de sa promesse phare d'instaurer un revenu minimal garanti de 12 000 $, cette loterie lui permettra au passage d'enrichir sa liste d'envoi, à cinq mois du début de la saison des caucus et des primaires.

Pour la première fois dans l'histoire politique américaine, le véganisme s'est invité dans un débat. Cory Booker, végétalien convaincu, a répondu par la négative quand le modérateur lui a demandé s'il croyait que les Américains devaient cesser de manger de la viande comme lui. Premièrement, je veux dire non. En fait, je veux aussi traduire cela en espagnol : non, a-t-il dit (les deux mots étant identiques dans les deux langues), suscitant lui aussi les rires des spectateurs.

Prochain rendez-vous dans un mois

La quatrième ronde de débats aura lieu le 15 et peut-être le 16 octobre prochain, en fonction du nombre de candidats qui se qualifieront.

Les critères étant les mêmes, mais les candidats ayant plus de temps pour les remplir, les 10 débatteurs de jeudi bénéficient donc déjà d'un laissez-passer automatique pour la prochaine joute oratoire.

Un onzième candidat, le financier et philanthrope Tom Steyer, qui a raté la cible de justesse en septembre, est venu ajouter son nom à la liste cette semaine.

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