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Aide médicale à mourir : les médecins plaident pour des lois sans équivoque

Mme Gladu sort d'un véhicule adapté pour handicapés.

Nicole Gladu, qui sort d'un taxi adapté, a contesté, avec Jean Truchon, l'une des dispositions limitant l'accès à l'aide médicale à mourir.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Isabelle Maltais

Alors que la Cour supérieure du Québec a invalidé mercredi l'un des critères d'admissibilité à l'aide médicale à mourir, les médecins québécois n’espèrent qu’une chose : que les futures lois dans ce domaine soient claires et qu’elles ne laissent aucune place à l’interprétation.

Le jugement a donné gain de cause à deux Montréalais qui contestaient l'un des critères d'admissibilité à l'aide médicale à mourir, soit l'obligation que « leur mort naturelle soit raisonnablement prévisible », l'estimant trop restrictif.

Si certains médecins se réjouissent du jugement plus que d’autres, tous appellent à voir la loi relative à cette question composée de critères clairs qui les guideront dans leur travail et qui ne demanderont pas d’interprétation juridique pour chacun des malades qu’on rencontre, selon le Dr Alain Naud.

Le Dr Naud qui offre l’aide médicale à mourir depuis sa légalisation, en 2015 au Québec, se dit très heureux pour les « grands malades ». Mais il espère surtout que le jugement permettra de donner aux médecins des lignes directrices « claires, précises et applicables ».

Parce que, si on nous donne la responsabilité de déterminer qu’un malade est admissible ou non à l’aide médicale à mourir, on doit nous donner des outils qui sont clairs pour pouvoir faire notre travail.

Le Dr Alain Naud, médecin prodiguant l’aide médicale à mourir

L’espoir est le même au Collège des médecins, lequel ne s’oppose pas au changement que propose le jugement, « au contraire », d'après son secrétaire, le Dr Yves Robert. Il espère cependant que la réflexion qui suivra permettra une harmonisation des lois fédérale et provinciale.

Présentement, au fédéral, le Code criminel précise que la mort naturelle d'une personne doit être « raisonnablement prévisible » pour que cette personne obtienne l'aide médicale à mourir. Au Québec, la loi exige que la personne soit « en fin de vie ».

« Les deux lois ne sont pas incompatibles, mais ne sont pas identiques, alors ça prête à interprétation. […] La difficulté vient davantage de la confusion qu’il y avait entre les deux lois, qui n’avaient pas tout à fait les mêmes critères et étaient interprétables de plusieurs façons », explique le Dr Robert.

Selon lui, des lois sans ambiguïtés pousseront plus de médecins à offrir les soins de fin de vie.

Le Dr Naud partage cet avis.

Faute de lois claires, il est certain qu’il y a de nombreux médecins qui refusent de s’engager dans l’aide médicale à mourir. C’est l’une des grandes contraintes qui explique qu’il y a peu de médecins actuellement impliqués dans l’aide médicale à mourir.

Le Dr Alain Naud, médecin prodiguant l’aide médicale à mourir

Il espère que les gouvernements ne feront pas appel du jugement, ce qui ne ferait que complexifier la situation et renforcer le désengagement des médecins, pense-t-il, tout en étant « dramatique » pour les personnes souffrantes qui ne sont pas pour le moment admissibles à l’aide médicale à mourir.

« Si les gouvernements portent la cause en appel, on peut en avoir pour des années encore avant que ça retourne devant la Cour suprême du Canada », commente-t-il.

« Même si on a de l’aide médicale à mourir et des lois en vigueur depuis un peu plus de trois ans au Canada, on a vu de trop nombreux malades continuer d’aller mourir en Suisse ou se suicider parce qu’ils n’avaient pas d’autres choix », souligne-t-il.

Quant à Yves Robert, il reconnaît que la réflexion du Collège des médecins a évolué sur le sujet au fil des années, grâce à l’expérience – « on voit que les demandes sont là, les situations cliniques sont là » –, mais aussi à « l’évolution du droit et le consensus de la société ».

Il rappelle toutefois que son organisation a toujours défendu le besoin de donner les soins les plus appropriés à tout patient.

« Une des options, c’est l’aide médicale à mourir, mais ce n’est pas la seule. Le danger, c’est de ne voir que celle-là », dit le Dr Robert.

L’objectif, ce n’est pas d’avoir une belle mort, c’est de faire en sorte que la vie soit bien traitée et que le patient souffre le moins possible.

Le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins

Aide médicale à mourir

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