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Traduire Là où le sang se mêle « allait de soi » pour Charles Bender

Une femme est en avant-plan et on voit un homme flou en arrière.

« Là où le sang se mêle » rappelle les pensionnats et les sévices vécus par les communautés autochtones du Canada.

Photo : Avec la gracieuseté du Centre national des arts / Guillaume Sabourin

Christelle D'Amours

Charles Bender a traduit en français la pièce Là où le sang se mêle, un texte original anglais de Kevin Loring. L'objectif était de permettre au plus grand nombre de saisir le message de résilience des Premières Nations. Les versions anglaise et française sont présentées jusqu’au 18 septembre au Centre national des Arts (CNA).

La première fois que le comédien et metteur en scène Charles Bender a lu la pièce Where the Blood Mixes, de Kevin Loring - aujourd’hui directeur général du nouveau Théâtre autochtone du CNA -, il a su qu’il voulait l’adapter en français. C’était il y a huit ans.

Le barbu comédien sourit.

Le comédien d'origine huronne-wendate Charles Bender présente un extrait de la pièce « Là où le sang se mêle », de Kevin Loring.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

À l’époque, il tenait le rôle de Mooch - le Quêteux, en français - dans la version originale en anglais. Je pouvais l’entendre en français au fur et à mesure qu’on travaillait sur le texte. J’avais déjà ce projet-là, raconte M. Bender.

Près d’une décennie plus tard, il a fondé sa compagnie, Les productions Menuentakuan, et a demandé la permission à son ancien directeur artistique d’adapter les répliques à la scène francophone. Kevin Loring a tout de suite accepté et s’en est suivie une première distribution de Là où le sang se mêle.

Cette pièce-là me touchait profondément. J’étais tellement touché, que je me suis dit que d’autres le seraient aussi.

Charles Bender, traducteur et metteur en scène de « Là où le sang se mêle »

Entre-temps, le premier Théâtre autochtone du CNA est né, avec Kevin Loring à sa tête. Ce dernier a imposé deux conditions pour permettre à l’adaptation de Charles Bender d’être présentée- en français et en anglais - au cours de la première saison : 

  • la distribution devait inclure des comédiens autochtones
  • les comédiens francophones devaient aussi jouer la version anglaise.

Un défi de taille apparaissait alors pour le metteur en scène.

Lâcher prise

Traduire et faire vivre la pièce du grand patron du Théâtre autochtone du CNA sur les planches était, en soi, quelque peu intimidant pour Charles Bender. Mais encore fallait-il qu’il guide ses comédiens pour les amener à jouer deux versions de calibre professionnel.

Du coaching a été nécessaire, mais la troupe en est arrivée à un résultat satisfaisant.Ça va être bon même si l’anglais n’est pas parfait, affirme M. Bender.

On va le jouer avec toute la volonté, la force, le bonheur, tout le talent qu’on a, mais ça va paraître qu’on est des francophones. On a dû lâcher prise là-dessus.

Charles Bender, traducteur et metteur en scène de « Là où le sang se mêle »

Pour le metteur en scène d’origine huronne-wendate de la communauté de Wendake, utiliser des « langues coloniales » comme le français et l’anglais pour illustrer des enjeux autochtones était une considération importante.

Marco Collin et Soleil Launière dans la pièce Là où le sang se mêle, mise en scène par Charles Bender.

Marco Collin et Soleil Launière dans la pièce « Là où le sang se mêle », mise en scène par Charles Bender

Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

C’est sûr que la question d’appropriation culturelle, ça nous est passé par la tête, avoue-t-il.

Ce dernier s’est donc assuré de faire des recherches pour situer sa pièce en territoire autochtone et l’a d’abord imaginée dans une communauté atikamekw au Québec.

Kevin Loring a refusé , relate-t-il en rappelant que le texte original se déroule en Colombie-Britannique. Et il avait 100 % raison. Ça n’a pas d’importance, l’endroit où ça se passe. L’histoire est la même à travers le Canada.

Résilience

Là où le sang se mêle relate l’histoire de Floyd, un survivant des pensionnats, qui noie ses souvenirs dans l’alcool. Il tente d'oublier la douleur causée par le suicide de sa conjointe, sa dépression et, ensuite, le retrait de sa fille par les services sociaux. Mais il ne réussit jamais tout à fait.

Et sa douleur refait surface lorsque sa fille, âgée de 20 ans, lui écrit pour le rencontrer. La douleur ressurgit et la guérison commence, explique le metteur en scène.

Les pensionnats et autres sévices perpétrés contre des communautés autochtones du Canada sont, selon Charles Bender, de grandes blessures dont les survivants et leurs descendants se souviennent encore. Ils vivent aujourd'hui avec les conséquences de cette histoire douloureuse.

Des robes rouges sont suspendues aux arbres du parc Seaforth Peace à Vancouver pour souligner la Journée nationale d'action en faveur des femmes autochtones assassinées et disparues.

Des robes rouges sont suspendues aux arbres du parc Seaforth Peace, à Vancouver, pour souligner la Journée nationale d'action en faveur des femmes autochtones assassinées et disparues.

Photo : Radio-Canada

Toutefois, le metteur en scène croit qu’il reste du travail à faire pour sensibiliser les allochtones à ces enjeux.

La réception des non-Autochtones, c’est constamment dans la surprise, soutient-il en ajoutant que le dépôt du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation en 2015 a rafraîchi le mémoire collective. On va essayer de se servir de cette initiative-là pour être sûrs que le message ne meurt pas.

Après tant d’écoles résidentielles et tant d’autres sévices, à chaque fois, il a fallu apprendre à laisser aller et dire : "Non, on retourne sur le chemin de la guérison''. Ça devient épuisant et on se demande où les Premières Nations trouvent leur résilience encore et encore et encore.

Charles Bender, traducteur et metteur en scène de « Là où le sang se mêle »

La clé de cette guérison, selon M. Bender? Le rire.

Quand on est entre Autochtones, puis qu’on fait du théâtre ensemble, l’humour est toujours la chose la plus importante qu’on place dans nos spectacles, explique-t-il.

Le traducteur de Là où le sang se mêle espère que d’autres pièces comme celles-ci seront présentées dans les prochaines années au Théâtre autochtone du CNA. Enfin les portes s’ouvrent et on prouve qu’on a une proposition sérieuse, forte et qu’on n’a rien à envier au restant du milieu du théâtre professionnel, conclut Charles Bender.

POUR Y ALLER
Là où le sang se mêle - Where the Blood Mixes
En français du 12 au 14 septembre
En anglais du 16 au 18 septembre
Centre national des Arts

Avec les informations de Mélanye Boissonneault

Ottawa-Gatineau

Théâtre