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En Russie, perquisitions massives contre les équipes de l'opposant Navalny

Le militant de l'opposition russe Alexei Navalny après avoir voté dans un bureau de vote lors des élections à la Douma de Moscou, le 8 septembre 2019.

Le militant de l'opposition russe Alexei Navalny, après avoir voté dans un bureau de vote lors des élections à la Douma de Moscou, le 8 septembre 2019.

Photo : Getty Images / VASILY MAXIMOV

Agence France-Presse

Fouilles dans tout le pays, saisies de matériel et comptes gelés : la police russe a procédé jeudi à une opération de grande envergure contre les collaborateurs de l'opposant Alexeï Navalny, impliqué cet été dans un vaste mouvement de contestation électorale.

C'est la plus grande opération policière dans l'histoire de la Russie moderne, a soutenu M. Navalny dans un message publié sur son blogue. Selon lui, elle a été déclenchée par la déroute du pouvoir à l'élection du Parlement de Moscou, dimanche, où les candidats du Kremlin ont perdu près d'un tiers des sièges.

Le militant anticorruption de 43 ans, dont l'organisation est visée depuis août par une enquête pour « blanchiment », a indiqué que plus de 200 perquisitions avaient eu lieu dans au moins 41 villes du pays où travaillent ses équipes.

Leonid Volkov, le bras droit de l'opposant, a précisé que l'opération avait visé « les appartements des coordinateurs et les bureaux, mais aussi les domiciles des collaborateurs et des bénévoles actifs ». La police est notamment intervenue dans les villes de Nijni Novgorod, de Vladivostok, de Kazan et de Novossibirsk, ou encore à Saint-Pétersbourg et dans l'enclave de Kaliningrad.

À Ekaterinbourg, dans l'Oural, des images publiées par les médias locaux montrent des policiers cagoulés barrer l'accès au bureau local des partisans de M. Navalny. À Perm, des militants affirment que les forces de l'ordre se sont introduites dans leurs locaux en passant par la fenêtre.

Une photo prise à partir d'une vidéo montre un policier masqué s'adressant à des journalistes lors d'un raid dans un bureau local du critique du Kremlin Alexei Navalny à Perm, en Russie, le 12 septembre 2019.

Une photo prise à partir d'une vidéo montre un policier masqué s'adressant à des journalistes lors d'un raid dans un bureau local du critique du Kremlin Alexei Navalny à Perm, en Russie, le 12 septembre 2019.

Photo : Reuters / Handout

L'équipe de M. Navalny a également affirmé à l'Agence France-Presse que des policiers étaient présents devant leurs bureaux moscovites. La semaine dernière, ces locaux ainsi que le studio d'enregistrement de son équipe avaient déjà été visés par une perquisition.

« D'où vient cette hystérie? »

Pour les soutiens de l'opposant, cette opération massive est liée au mouvement de contestation – d'une ampleur inédite depuis 2012 – qui a secoué Moscou cet été. Des manifestations ont été organisées quasiment chaque week-end depuis la mi-juillet pour protester contre l'exclusion de candidats d'opposition à l'élection du Parlement de la capitale. Tous les candidats de l'équipe de M. Navalny avaient été interdits de participer au scrutin.

Dans les urnes, ce vote s'est traduit dimanche par un revers cinglant des candidats propouvoir à Moscou, où ils ont perdu près d'un tiers de leurs sièges par rapport à la précédente mandature. Alexeï Navalny avait appelé les électeurs à « voter intelligemment » en soutenant les candidats les mieux placés pour battre ceux du Kremlin, notamment les communistes.

D'où vient cette hystérie? Cela tient en deux mots : vote intelligent, a affirmé jeudi la principale figure de l'opposition russe en commentant ces opérations de police.

Pour la police, la seule façon de répondre à des manifestations massives était de mener des perquisitions massives, a ajouté Alexander Golovach, l'un des avocats du Fonds de lutte contre la corruption, l'organisation créée par Alexeï Navalny.

Pour les enquêteurs, ces perquisitions sont liées à une enquête sur le blanchiment supposé de 75 millions de roubles (plus de 1,5 million de dollars) par l'organisation de M. Navalny. Les investigations – au départ au sujet du blanchiment supposé de 1 milliard de roubles – ont débuté en août, au plus fort des manifestations à Moscou.

Dénonçant un « coup massif », Kira Iarmych, la porte-parole de l'opposant, a qualifié cette opération « d'acte d'intimidation » et de « vol » visant à paralyser le travail de son organisation. Elle a indiqué que les comptes en banque personnels de plusieurs partisans de M. Navalny ont été gelés dans cinq villes et qu'ils affichent chacun un débit de 75 millions de roubles, soit le montant que les enquêteurs estiment avoir été détourné.

Le mouvement indépendant Golos, spécialisé dans l'observation des élections en Russie, a également annoncé jeudi avoir été visé par deux opérations de police contre ses employés en région.

Selon le site d'information russe The Bell, ces interventions viseraient à empêcher le développement de l'organisation de M. Navalny en province afin d'éviter des déconvenues électorales semblables à celle de dimanche à Moscou.

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