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Des cadavres conservés dans un camion de location

Un homme, debout dans un semi-remorque, tient un sac blanc dans les mains. Un brancard est placé à la sortie du camion où se trouve une autre personne prête à réceptionner le sac.

Un employé d'une entreprise de pompes funèbres décharge un corps humain d'un camion frigorifique qui a servi de morgue au Bureau du médecin légiste de l’Alberta.

Photo :  CBC / Sam Martin

Nafi Alibert

Faute de place, le Bureau de la médecin légiste de l’Alberta (OCME) a loué un camion frigorifique pour entreposer des corps à proximité de ses locaux, à Edmonton. La chambre froide atypique soulève des questions sur le respect de la dignité de ces cadavres.

Le semi-remorque stationné en arrière des locaux de l’OCME aurait pu passer inaperçu lundi. À l’intérieur, un homme vêtu de noir disparaît dans l’obscurité du camion. Il tâtonne entre les sacs blancs qui sont étendus sur le sol du camion. Il en saisit un par une de ses extrémités et le fait basculer sur son dos.

Cet homme est un employé d’une entreprise de pompes funèbres. Il vient de trouver le corps qu’il cherchait, parmi les 16 autres qui étaient entreposés à même le sol du camion frigorifique.

La scène a été captée en plein jour par un journaliste de CBC qui regarde l’homme faire glisser, tant bien que mal, le cadavre sur le brancard qui l’attendait à la sortie du semi-remorque.

Un employé de l’OCME est avec lui. Il recouvre alors le sac blanc longiligne d’un drap qui tombe par terre avant d’être replacé sur la dépouille.

Des corps déchargés en plein jour d'un semi-remorque frigorifique de location à Edmonton

Indignation

Saturé, l’OCME a pris cette décision vendredi, pour répondre à un afflux soudain de corps qu’il n’avait plus la capacité d’entreposer dans sa morgue, a-t-il indiqué à CBC.

Elizabeth Brooks-Lim, médecin légiste en chef de l'Alberta.

Elizabeth Brooks-Lim, médecin légiste en chef de l'Alberta.

Photo : Gracieuseté

La veille, des collègues de la médecin légiste en chef de l'Alberta, Elizabeth Brooks-Lim, lui ont fait part de leur malaise en voyant des corps sans vie traités de la sorte.

Je pense que les familles ne trouveraient pas cela correct, lui écrit un d’entre eux par courriel. Comment en parler aux familles?

Pour répondre à ce genre d’interrogations, la Dre Brooks-Lim envoie le message suivant à toute l’équipe : Le sol est propre, les dépouilles seront conservées dans des sacs mortuaires, et les familles n’ont pas besoin de connaître nos procédures d’entreposage des corps.

Spécialiste de la sociologie de la mort, le professeur Herb Northcott ne se satisferait pas de cette réponse pragmatique. Après avoir visionné des images de la scène, il parle d’une situation déraisonnable qui aurait pu être évitée.

Non seulement les familles ont le droit de savoir comment leurs proches décédés sont traités, mais cette mesure laisse croire que l’OCME est sous-financé et que le Bureau manque d'effectifs, déplore-t-il.

Herb Northcott, professeur à l'Université de l'Alberta.

Pour Herb Northcott, les camions frigorifiques ne devraient être utilisés comme chambre froide d'appoint qu'en cas de catastrophes entraînant un grand nombre de morts.

Photo :  CBC / Sam Martin

Le porte-parole de l’opposition en matière de santé, David Shepherd, a réagi en appelant le gouvernement à doter l’OCME de davantage de moyens si nécessaire.

Des employés du Bureau de la médecin légiste de l’Alberta avaient également suggéré l’achat de tables mortuaires supplémentaires, un investissement qu’ils avaient estimé potentiellement moindre à la location d'un camion frigorifique.

Toutefois, pour Elizabeth Brooks-Lim, cette solution n’aurait pas résolu le manque d’espace auquel l’OCME fait face maintenant.

On ne peut pas refuser de corps.

Elizabeth Brooks-Lim, médecin légiste en chef

Choqué à son tour à la vue des images de CBC, le ministre de la Justice, Doug Schwitzer, a adressé, par voie de communiqué, ses excuses aux familles des défunts.

L’amour que vous portez à vos proches justifie l’importance que nous accordons à leur respect et à leur dignité quand ils décèdent et que nous nous occupons de leur dépouille , a-t-il affirmé.

Le ministère de la Justice a ouvert une enquête pour déterminer comment la décision de mettre des corps dans un camion stationné dans la rue a pu être prise.

La remorque d'un camion et une voiture sont stationnées dans ce qui ressemble à une ruelle.

Stationné à côté de l'OCME, dans le sud d'Edmonton, le camion de location est verrouillé et surveillé par des caméras et un garde de sécurité 24 heures sur 24.

Photo :  CBC / Sam Martin

On s’attend que les morts soient traités en tout temps avec dignité et il semblerait que les lignes directrices de l’OCME n’aient pas été suivies, affirme le ministère.

L’idée de transformer des camions frigorifiques en morgue temporaire a déjà été utilisée ailleurs, en France, notamment, quand l’Hôpital de Montpellier a manqué d’espace dans sa chambre froide, ou à Gatineau, durant la rénovation de la morgue de l’Hôpital de Hull.

Avec les informations de Jennie Russell et Charles Rusnell, CBC News

Alberta

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