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Les chefs évitent de s'avancer au sujet de l'aide médicale à mourir

« On demande formellement aux gouvernements, fédéral et provincial, de ne pas porter en appel cette cause-là » – Me Jean-Pierre Ménard

Nicole Gladu et Jean Truchon, qui ont contesté des dispositions limitant l'accès à l'aide médicale à mourir, tiennent une conférence de presse pour réagir à une décision de la Cour supérieure qui leur donne raison.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Anne Marie Lecomte

« Prudence, respect, dignité, équilibre » : les candidats au poste de premier ministre du Canada choisissent avec soin leurs mots lorsqu'ils sont interpellés sur l'obligation que leur fait la Cour de modifier la loi sur l'aide médicale à mourir.

Les Trudeau, Scheer, Singh et Blanchet ont tous eu à se prononcer sur ce dossier épineux jeudi, au lendemain d’une décision rendue en Cour supérieure du Québec qui invalide des pans des lois fédérale et québécoise sur l’aide médicale à mourir.

Et ils marchaient sur la pointe des pieds devant cet enjeu extrêmement sensible, selon le chef du Parti libéral du Canada (PLC) et premier ministre sortant, Justin Trudeau.

J’ai toujours dit que le gouvernement doit trouver le juste équilibre entre la protection des plus vulnérables et le respect des droits et des choix des individus, a-t-il ajouté, promettant de lire attentivement le jugement avant de prendre quelque décision que ce soit.

C'est un enjeu avec beaucoup d’aspects, a insisté le leader du Parti conservateur du Canada (PCC), Andrew Scheer, qui promet, lui, de dire quelque chose officiellement dans les prochains jours.

Certes, les chefs conviennent qu'il y a nécessité de rouvrir la question. La juge Christine Baudouin, de la Cour supérieure, a donné six mois aux législateurs canadien et québécois pour changer leurs lois.

Je suis vraiment ouvert à ce qu’on s’assure que chaque personne qui a besoin de ce service puisse y avoir accès, a affirmé Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Tout ça peut être bonifié, parce que les gens dont il est question souffrent profondément, a estimé Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois (BQ).

Mais aucun d’entre eux ne s'est risqué à dire si le procureur général du Canada doit en appeler ou pas de la décision de la juge Baudouin. La question est pressante puisqu’il dispose de 30 jours pour se décider.

Jean-Pierre Ménard, l’avocat qui a défendu avec succès la requête intentée par deux Montréalais gravement malades, a appelé formellement les gouvernements à ne pas porter cette cause en appel.

[Un appel] ne ferait qu’étirer le débat, qui deviendrait futile.

Jean-Pierre Ménard, avocat de Nicole Gladu et Jean Truchon

Jeudi matin, dans son cabinet de l’est de Montréal, et entouré de ses deux clients en fauteuil roulant, Me Ménard a déclaré que Nicole Gladu et Jean Truchon avaient assez attendu.

Leur recours en justice aura duré deux ans, ce qui est très rapide dans le système judiciaire, mais immensément long quand on souffre de façon quotidienne, a signalé Me Ménard.

Si le jugement de mercredi est censé les autoriser à demander l’aide médicale à mourir, un appel de la part des législateurs les ramènerait à la case départ.

Qui va se lever pour priver les requérants, et ceux dans leur condition, des avantages que leur donne le jugement?, a demandé Jean-Pierre Ménard.

Comme un escalier qu'on déboule

Aide médicale à mourir : entrevue avec Nicole Gladu

Atteinte durant l'enfance par une forme paralysante aiguë de poliomyélite, Nicole Gladu, 73 ans, souffre depuis plus d'un quart de siècle du syndrome dégénératif musculaire post-poliomyélite, une maladie neurologique dégénérative.

Elle compose avec les limites que lui impose son état, qu'elle décrit comme un escalier qu'on déboule, non pas marche par marche, mais palier par palier.

Dans sa décision, la juge Baudouin a prévu une exemption constitutionnelle pour Mme Gladu et M. Truchon, qui peuvent se prévaloir de l'aide médicale à mourir dès maintenant s'ils le souhaitent.

Nicole Gladu entend prendre le temps de digérer le jugement et de réfléchir à cette possibilité qu'elle a de demander à mourir.

D'ici là... Nous sommes en pleine campagne électorale, a-t-elle rappelé. On ne pouvait pas avoir un meilleur timing.

L'espoir de cette ancienne journaliste est que les leaders de parti et les candidats soient appelés sans relâche à suivre la direction tracée par la juge Baudouin.

Des citoyens qu'on regarde de haut

La bataille juridique entreprise par Mme Gladu et M. Truchon a été rendue nécessaire parce que les gouvernements, particulièrement le gouvernement fédéral, se sont traîné les pieds, a déclaré Me Ménard.

Au lieu de laisser deux citoyens s'attaquer à ces lois-là, Ottawa aurait pu demander un renvoi en Cour suprême, et Québec, en Cour d'appel, a expliqué l'avocat.

Il est malheureux qu'on laisse faire des citoyens, que l'on regarde de haut, et qu'on s'imagine peut-être que [leur requête] ne fonctionnera pas.

Jean-Pierre Ménard, avocat de Nicole Gladu et Jean Truchon

Même s'il a remporté une victoire, Me Ménard a soutenu que cela n’excusait pas la lâcheté des gouvernements dans cette situation-là.

L'aide médicale à mourir a été légalisée par le Parlement canadien dans la foulée de l'arrêt Carter, rendu par la Cour suprême en 2015. Mais, en adoptant par la suite la loi C-14, Ottawa a introduit l'obligation, pour les demandeurs, de faire face à une mort naturelle de manière raisonnablement prévisible.

Au Québec, on a introduit la notion de fin de vie.

Ce sont ces entraves, comme l'a dit Nicole Gladu, que la juge Baudouin a déclarées inconstitutionnelles, parce que contraires à la Charte des droits et libertés.

Selon Jean-Pierre Ménard, ce jugement historique rétablit la souffrance comme critère principal d'admissibilité à l'aide médicale à mourir.

Autrement dit, il n'est plus nécessaire d'avoir la mort en vue pour avoir accès à l'aide médicale à mourir.

Jean-Pierre Ménard, avocat de Nicole Gladu et Jean Truchon

Et si la loi est respectée à la lettre, il n'y aura pas de dérives, de pente glissante, a estimé l'avocat. Ce jugement ne procure pas aux personnes inaptes et aux personnes mineures le droit d'obtenir l'aide médicale à mourir, d'après lui.

Un homme dont le visage, en gros plan et de profil, exprime de la souffrance.

Jean Truchon, 51 ans, est paralysé cérébral depuis l'enfance.

Photo : Ivanoh Demers

Jean Truchon ne croit pas non plus que la décision de la cour entraînera des dérives. Âgé de 51 ans, paralysé cérébral depuis l'enfance et diplômé universitaire, M. Truchon a qualifié le jugement rendu en Cour supérieure d'avancée immense .

De sa souffrance, il a dit qu'elle est tant physique que psychologique. Avec son élocution laborieuse, il a confié que, dans ce contexte, la mort est pour [lui] un privilège.

Mais, à l'instar de Nicole Truchon, il n'entend rien précipiter.

Je vais passer l'hiver, puis le printemps, a-t-il dit. Après, on verra.

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